Youssef s’la raconte ! #9 –Comment la langue kabyle a sauvé Arafat

Yasser Arafat, le leader du Fatah et de l’OLP avant qu’Ariel Sharon ne réussisse à le faire assassiner, avait réussi à déjouer tous les complots ourdis contre lui. Une légende tenace courait à son propos selon laquelle le plomb de la balle qui le tuerait n’avait pas encore été fondu. De fait, « le vieux », comme il était appelé affectueusement par ses hommes, semblait jouir d’une fabuleuse baraka. Sans aucun doute cette légende n’était pas surfaite si on veut bien songer aux multiples champs de bataille sur lesquels les hasards de la guerre et de la condition des Palestiniens l’avaient amené. Que ce soit en Jordanie contre l’armée de bédouins du roi Hussein, lors des combats de 1970/71, du fameux Septembre noir, ou au Liban contre les phalanges libanaises d’extrême droite, dirigées par les Gemayel pendant la terrible guerre civile des années 70, ou encore contre l’armée israélienne lors des multiples incursions et invasions du Liban, 1978, 1982 notamment mais encore contre l’armée syrienne au Liban que ce soit en 1976 ou 1983. La période de la résistance à l’invasion israélienne de 1982 plus particulièrement contribua à forger la légende d’un Arafat insaisissable. Cet été 1982, Ariel Sharon, mandaté par Menahem Begin, avait la ferme intention d’assassiner Yasser Arafat. On ne compte pas le nombre de fois durant le siège de Beyrouth où le leader palestinien se déplaçant sans cesse dans la ville afin d’échapper aux agents et aux bombardement israéliens était à peine sorti d’un abri ou d’une salle de commandement que les avions de chasse se précipitaient et pulvérisaient cette cible mais toujours quelques minutes trop tard. Effectivement Beyrouth pullulait d’agents de toutes sortes et de membres de tous les services secrets arabes, occidentaux et bien sûr israéliens soutenus par leur alliés phalangistes. Comment expliquer l’aptitude de Yasser Arafat à échapper sans cesse à ses poursuivants sachant que ses propres forces de sécurité devaient faire face au Mossad, les services secrets qui passent pour être parmi les meilleurs du monde ? Pour mesurer l’état de tension permanent durant cette période et la pression exercée par les agents israéliens sur Arafat, il y a une anecdote rapportée par différentes sources selon laquelle Yasser Arafat découvrant lui-même un agent israélien parmi sa suite l’aurait aussitôt abattu de son pistolet d’ordonnance. Un petit émetteur radio aurait été dissimulé dans la crosse de sa kalachnikov qui indiquait la position de l’homme en question et donc du chef palestinien qu’il suivait pas à pas. Cependant cette légende magique fait l’impasse sur une autre explication plus rationnelle :  l’efficacité des services de sécurité rapprochés palestiniens.

La sécurité personnelle de Yasser Arafat aux prises avec de multiples ennemis a toujours été prise très au sérieux par l’organisation palestinienne. C’est dès l’arrivées des feddayines palestiniens au Liban après le départ forcé de Jordanie en 1971 que celle-ci, dénommée la « Force 17″ s’est mise en place. Totalisant environ 3000 hommes aujourd’hui, elle a été rebaptisée sécurité présidentielle. A l’époque de la guerre civile libanaise, beaucoup moins nombreuse sans doute, peut-être une centaine d’hommes, elle était cependant dirigée par des hommes de confiance du « vieux » Des combattants de la première heure qu’il connaissait personnellement, des exilés des « territoires de 1948 » (Israël) comme lui, sur qui il pouvait totalement compter.  Le nom de celle-ci « Force 17 » provenant tout simplement du n° 17 de la rue de Beyrouth où se trouvait son quartier général. D’ailleurs très rapidement, l’efficacité de cette unité fut reconnue aussi par les ennemis des Palestiniens. Beaucoup d’observateurs et de journalistes ont tenté de comprendre comment la Force 17 put tenir tête aussi longtemps au Mossad et autres services de renseignement israéliens, en assurant toujours sa mission, la sécurité de Yasser Arafat. A l’exception du moment où le leader palestinien fut reclus par Ariel Sharon dans le bâtiment de la Mouqataa à Ramallah, et où privé de sa force de protection, son assassinat fut rendu possible. Un jour, l’un des membres de cette Force 17 donna l’une des clefs de cette véritable énigme. Bien entendu l’affrontement entre services israéliens et services palestiniens, véritable guerre secrète, était permanent. Comme tout bon service de renseignement chacun des deux s’efforçait de décrypter les communications de l’autre. Naturellement, les Israéliens partaient du principe que le cryptage et les différents codes des communications palestiniens étaient basés sur l’arabe. C’était sans compter avec le fait que la diaspora palestinienne comprennait des Palestiniens d’ascendance maghrébine, notamment algérienne, descendants des multiples vagues de migrations algériennes vers la Syrie/Palestine au cours du XIX e siècle. Il se trouve que plusieurs chefs de la Force 17 étaient eux-mêmes issus de ces communautés palestino-algériennes peuplant les camps de réfugiés palestiniens dont on sait que nombre des membres de celles-ci ont conservé leur langue d’origine, le berbère algérien. Comme ils avaient coutume parfois de parler entre eux en kabyle ou chaoui ces officiers de la Force 17 avaient tout simplement établi un code de communication chiffré basé sur la langue amazighe et ainsi ont pu si longtemps déjouer les efforts des fins limiers israéliens.

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1 Commentaire Youssef s’la raconte ! #9 –Comment la langue kabyle a sauvé Arafat

  1. Manuel Montero 2 avril 2021 et 13h30

    comme dit mon amie Anne, quant aux affaires de guerrilla urbaine, « bien joué »

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