Youssef s’la raconte #15 – La bataille de Karameh : quand la résistance palestinienne a gagné son aura internationale

La guerre dite des Six Jours appelée guerre d’agression de juin 67 par les Arabes, nous le savons a été une défaite humiliante et a provoqué un effondrement moral arabe considérable. C’est depuis cette guerre qu’Israël occupe jusqu’à aujourd’hui la Cisjordanie après en avoir chassé l’armée jordanienne.

En 1968, les chefs de la résistance palestinienne ont compris que les régimes arabes étant incapables de libérer la Palestine, et qu’il leur faudrait compter sur leurs propres forces.
Installés sur la rive est du Jourdain, les combattants palestiniens ou fedayin, organisés en groupes de guérilla très mobiles mènent dès février 1968 depuis ce sanctuaire jordanien des actions armées vers la Cisjordanie et Israël. Ces actions sont revendiquées par Al-Assifa ( la tempête) la branche armée du Fatah mais aussi par d’autres forces armées émanant du FPLP ou FDPLP. A la suite de l’occupation de la Cisjordanie en 1967, 400 000 Palestiniens après les 800 000 de 1948 ont dû prendre eux aussi le chemin de l’exil dont un grand nombre vers le Liban et la Jordanie. Dans ce dernier pays, des jeunes Palestiniens réfugiés viennent jour après jour grossir les rangs des combattants qui sont environ 2 à 3000.

Les Israéliens quant à eux convaincus d’être quasi invincibles sont aussi persuadés qu’ils viendront facilement à bout de cette guérilla.

Au début 1968, Yasser Arafat[3], le chef du Fatah, principal mouvement de résistance palestinienne, décide d’installer son quartier général dans un village de Jordanie, Karameh (dignité arabe) situé près de la frontière où se sont réfugiés depuis 1948 plusieurs centaines de Palestiniens.

Le 18 mars 1968, Al-Assifa pose une mine sur une route israélienne causant la mort d’un médecin et faisant plusieurs blessés. Israël décidé à répliquer avec force à cette nouvelle attaque concentre aussitôt des forces importantes dans le but de prendre le village de Karameh et surtout de capturer ou tuer les chefs de la Résistance palestinienne.

Pour cela Israël confie à un officier le général Gonen le soin d’effectuer cette opération 3 jours seulement après l’attaque palestinienne. Les forces sont très importantes : une brigade interarmes, « regroupant environ six mille cinq cents hommes et cent vingt chars, appuyés par un bataillon d’artillerie de quatre-vingts canons, un bataillon du génie et deux escadrilles de chasseurs bombardiers ». L’idée est de prendre en tenaille Karameh situé à 10 km du principal pont, le pont Allenby, en attaquant simultanément par les trois ponts sur le Jourdain.

Toutes les forces de guérilla palestiniennes disponibles sont concentrées à Karameh, environ cinq cents hommes, équipés de pistolets mitrailleurs, de grenades et d’explosifs. Il y a là non seulement Al Assifa, la branche armée du Fatah mais aussi toutes les autres formations militaires palestiniennes, notamment celle du FPLP, l’organisation dirigée par Georges Habache. Pour un grand nombre de combattants jeunes recrues ce sera la première grande bataille contre l’ennemi sioniste. Le 20 mars les autorités militaires jordaniennes, alors alliées des Palestiniens, proposent à Yasser Arafat de se replier dans les collines voisines afin d’échapper à l’encerclement. Le chef palestinien refuse car il est décidé à prouver au monde entier la détermination de la Résistance palestinienne en regard de la piteuse prestation des armées nationales arabes dans la récente guerre de juin 67. En tout état de cause, le général jordanien annonce à Arafat que ses forces notamment l’artillerie épauleront les fedayins depuis les collines environnantes où il a fait disposer ses chars et canons. Et ce d’autant plus que nombre d’officiers jordaniens sont d’origine palestinienne.

La bataille commence dès 7h 30 au matin du 21 mars 68 par des affrontements dans la vallée du Jourdain entre blindés jordaniens et blindés israéliens. Vers midi les forces israéliennes ont atteint Karameh qu’elles encerclent. Les chars font irruption aux abords du village, ainsi que les parachutistes israéliens et là pendant près de 10 h des combats extrêmement acharnés vont se dérouler. On se bat au corps à corps dans chaque maison, chaque pièce. Pour contrer les blindés israéliens plusieurs fedayins se jettent sur eux munis de ceintures d’explosifs, ce sont les premières attaques suicides connus au Proche Orient. Vers 21 h les forces israéliennes se retirent du champ de bataille après avoir dynamité les maisons du village.

Les pertes sont importantes. L’armée jordanienne compte une centaine de tués, 150 blessés, 13 chars et deux obusiers détruits. Quant aux combattants palestiniens sur 500 présents au départ ils reconnaissent environ 130 morts et autant de blessés pour la plupart faits prisonniers. C’est-à-dire un tiers des combattants tués ou blessés. L’armée israélienne elle aurait eu 33 morts et reconnaît 161 blessés, elle aurait perdu 4 chars de combat, 3 half-tracks, 2 voitures blindées ainsi qu’un chasseur-bombardier Phantom.

L’impact de la bataille de Karameh, véritable victoire pour la Résistance palestinienne puisque sa direction sort indemne est énorme dans le monde arabe et au-delà. Les Palestiniens ont non seulement prouvé que l’armée israélienne n’est pas invincible mais ils ont aussi restauré la dignité arabe.

Non seulement Yasser Arafat qui a pris part aux combats acquiert une véritable aura internationale mais l’héroïsme des fedayins entraine l’admiration de milliers de jeunes du monde arabe qui arrivent par milliers depuis même le lointain Maghreb. Les dons affluent aussi. De mille, le nombre de combattants passe à 10 000. La considération pour la lutte palestinienne au plan mondial est immense. Partout dans le monde arabe on parle désormais du tournant de la bataille de Karameh. Véritable point de départ de la deuxième révolution palestinienne après celle de 1936/39.

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Merci au site https://www.penseemiliterre.fr/la-bataille-de-karameh-21-mars-1968-defaite-fondatrice-pour-le-fatah_394_1013077.html d’où j’ai tiré un certain nombre d’informations.

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