Youssef s’la raconte #19 – Guerre contre le Mexique : quand les Etats-Unis sont punis par où ils ont péché

Encore un mythe yankee à démonter. Tout le monde connaît la fameuse bataille de Fort Alamo. Sinistre page de la construction des Etats-Unis d’Amérique que d’habiles scénaristes sans scrupules d’Hollywood ont transformé en une héroïque et larmoyante épopée à travers un film éponyme. En effet, selon la légende au début du XIX e siècle, environ 180 courageux colons étasuniens dont le fameux Davy Crockett, incarné par John Wayne, réfugiés dans un petit monastère fortifié de la région de San Antonio au Texas, décident de proclamer leur autonomie vis-à-vis des autorités mexicaines et tiennent tête à 5000 soldats mexicains venus les déloger. Après quelques jours de combat, les colons étasuniens succombent tous sous le nombre. Mais heureusement, le général Sam Houston, le chef des colons du Texas à la tête d’une armée, rattrape les troupes du général Santa Anna quelques semaines plus tard et venge les héros morts aux cris de « Remember Alamo ». Tout le monde est content, les spectateurs sortent de la salle avec l’idée renouvelée que décidément les EU sont les plus forts et comme par miracle toujours du côté de la morale. Ça c’est la fiction.

La réalité maintenant. Tout commence aux alentours de 1836 quand le Texas fait encore partie du Mexique. Il compte alors 4.000 habitants hispaniques. Cependant depuis l’indépendance du Mexique en 1821, de plus en plus de colons nord-américains s’installent dans ce territoire, accompagnés de leurs esclaves. Les nouveaux occupants non seulement y accaparent librement et gratis des terres mais en plus s’opposent ouvertement au gouvernement mexicain, refusant de reconnaître les lois de la nouvelle république en dépit des conditions favorables qui leur sont faites. Motif ? Le gouvernement, comble d’arrogance entend interdire aux colons la pratique de l’esclavage au Texas comme il le fait dans tout le Mexique depuis 1829 ! Rappelons que non seulement l’abolition de l’esclavage était un des mots d’ordre de la guerre d’indépendance mexicaine contre l’Espagne mais qu’en plus la poursuite illégale de l’esclavage après l’abolition selon un décret pourra même être puni de mort. A une époque où la traite et le travail servile battent leur plein dans le monde occidental. C’en est trop pour les colons qui, du coup, proclament leur autonomie à l’initiative de l’un d’eux, Sam Houston. C’est comme ça que le général Santa Anna marche contre les rebelles en mars 1936 et donne l’assaut au réduit fortifié le 6 mars. La bataille d’Alamo même si elle est gagnée par les Mexicains est très couteuse en vies humaines. Près de six cents soldats y trouvent la mort mais en plus elle donne le temps à Sam Houston d’organiser plus au nord une armée de volontaires après avoir reçu des armes et des munitions de la part des E.U. C’est ainsi que la république indépendante (et coloniale !) du Texas voit le jour. Peu de temps après le gouvernement des EU annexe purement et simplement le Texas et c’est là un des casus-belli de la guerre étasuno-mexicaine. Précisons que le gouvernement mexicain en envoyant une armée défendre l’intégrité de son territoire opère dans la stricte légalité. La jeune république mexicaine naissante et pauvre ne pouvait pas grand-chose face à la puissance des Etats-Unis.

A la suite de la victoire contre Santa Anna, l’arrogance des EU n’a plus de limites. Une dizaine d’années plus tard, le gouvernement des EU désireux de s’étendre aux détriments du Mexique offre à celui-ci de lui acheter le Nouveau Mexique et la Californie. Devant le refus du président mexicain, le président des EU James Knox Polk chantre de la conquête de l’Ouest, théorisée par O’Sullivan sous le nom de Manifest Destiny * et soutenu par la presse et la classe politique décide de déclarer la guerre au Mexique. A l’issue de cette guerre terriblement meurtrière pour le Mexique, par le traité de Guadeloupe Hidalgo du 2 février 1848, lorsque les troupes des États-Unis ont occupé Mexico, ce pays est obligé de céder aux États-Unis, après le Texas, la Californie, l’Utah, le Nevada, le Colorado, le Wyoming, le Nouveau-Mexique, et l’Arizona (la moitié du territoire mexicain représentant le quart du territoire des EU ), pour 15 millions de dollars de l’époque ( en vérité une bouchée de pain, seulement 600 millions de dollars de l’an 2000). Evidemment les troupes mexicaines, une fois de plus, ne pouvaient pas grand-chose contre la puissance des Etats-Unis, dotés d’armes modernes, d’un meilleur entrainement et de moyens industriels considérables.

Encore une fois les EU semblent triompher magistralement. Pas si sûr car douze ans après cette guerre d’agression contre le Mexique, le sud et le nord des EU s’affronteront dans la plus sanglante des guerres de leur histoire, la guerre de Sécession. Celle-ci fera au total 650 000 morts militaires. C’est-à-dire deux fois plus que toutes les pertes étasuniennes de la seconde guerre mondiale. Cependant comment ne pas percevoir dans cette guerre de Sécession une sorte d’expiation divine pour la lâche agression des Etats Unis contre le Mexique surtout si l’on retient que son objet principal est cette même question de l’esclavage qui fut le prétexte de la bataille d’Al Alamo.

C’est ainsi que s’exprimant dans les années 1880, le président Ulysses S. Grant qui fut un des généraux de la guerre de Sécession ne s’y trompe pas et déclare :

« La rébellion du sud (et la guerre de Sécession qui s’ensuivit) fut l’avatar de la guerre avec le Mexique. Nations et individus sont punis de leurs transgressions. Nous reçûmes notre châtiment sous la forme de la plus sanguinaire et coûteuse guerre des temps modernes. »

 

Youssef Boussoumah

 

*« C’est manifestement notre destinée de nous répandre sur le continent que la Providence nous a alloué pour y assurer le libre développement d’une population qui, chaque année, se multiplie par millions. »1

 

 

 

 

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