Édito #41–PCF : peut-on encore se suicider quand on est déjà mort ?

Pour le septième anniversaire de la tuerie de Charlie Hebdo, le Parti communiste français a convié à son siège de la Place du Colonel Fabien des figures médiatiques liées à l’hebdomadaire satirique et républicain comme Caroline Fourest mais plus largement, des représentantes et des représentants du courant « laïc et républicain » qui se retrouvent politiquement dans le Comité laïcité République et/ou le Printemps républicain. Comme l’a remarqué dans un tweet Elsa Faucillon, députée communiste des Hauts-de-Seine, rendre hommage à Charlie Hebdo est légitime mais inviter les représentants d’un groupe dont la mémoire d’un des dirigeants – Laurent Bouvet – a été saluée par toute la fachosphère, du Figaro à l’identitaire niçois Philippe Vardon en passant par Zemmour est pour le moins hautement problématique.

Cet épisode s’inscrit cependant dans la continuité d’un autre dans la même veine républicaine. Au printemps, en effet, le candidat du PCF, Fabien Roussel, s’est joint à la manifestation parisienne de policiers d’extrême-droite. Il s’agissait d’une manifestation en réaction à la montée en puissance de la dénonciation des violences policières après le tabassage du producteur de musique noir Michel Zecler dans son studio d’enregistrement quelques mois plus tôt. Ce tabassage qui a valu au producteur de musique plusieurs jours d’ITT n’a été révélé à l’opinion publique que parce qu’une caméra tournait dans le studio du producteur. Cette vidéo a ruiné l’antienne policière de rigueur après chaque tabassage ou même meurtre policier. L’existence d’une vidéo a pour une fois posé problème au pouvoir qui d’habitude prend le parti de la police et nie l’existence de violences policières (et de crimes). En compagnie de Yannick Jadot d’EÉLV et d’Anne Hidalgo du PS, il s’est rendu à la manifestation des policiers « factieux », pour reprendre le mot de Mélenchon. A cette occasion, les policiers ont conspué l’État de droit et l’indépendance de la justice sans que cela ne trouble ni l’exécutif ni Roussel.

L’invitation au siège du PCF de représentants éminents du courant « laïc et républicain » est dans le prolongement de la ligne d’un candidat dont on est fondé à se demander ce qu’il représente politiquement et partant ce que signifie le « C » de PCF. Disons le tout net, Fabien Roussel n’a rien à voir avec l’idéal communiste. Celui-ci est supposé défendre une autre société que la démocratie bourgeoise et impérialiste avec sa police qui blesse et éborgne des Gilets jaunes, pour la plupart prolétaires de ce pays, et qui traite les indigènes des banlieues pauvres comme au temps des colonies.

Nous ne sommes toutefois pas surpris.

Dès sa fondation ou presque, le Parti communiste français a consterné les bolcheviks russes. Trotsky rapporte en 1935 des propos de Lénine qualifiant Marcel Cachin de « planche pourrie ». De façon générale, les deux dirigeants bolcheviks, pointent avec inquiétude la nature du PC français. Cette nature, disent-ils encore, produit un mouvement de balancier perpétuel entre opportunisme parlementaire et sectarisme stérile. Sans remonter si loin et en se limitant aux quarante dernières années, on ne peut que constater leur lucidité. La candidature Roussel réunit les deux écueils cités plus haut. Elle relève en effet à la fois d’un sectarisme suicidaire – mais peut-on se suicider quand on est déjà mort ? – et d’un opportunisme parlementaire crasse comme l’illustrent les participations de Valérie Pécresse et de Gabriel Attal à la Fête de l’Humanité en septembre 2021.

Plus grave, le pas de deux du PCF avec la police et la nébuleuse Printemps Républicain s’inscrit dans la politique de ce parti contre le peuple multinational de ce pays. Pour être tout à fait exact, le racisme du PCF contre le prolétariat étranger des municipalités de la banlieue rouge qu’il gérait s’était quelque peu estompé ces dernières années. Hélas, Roussel, du vieux parti ouvriériste thorézien fantasmant un temps révolu, remet en selle le pire de la période Marchais.

Rappelons ainsi que le PCF a été islamophobe avant le PS, avec notamment à la fin des années 1970 son opposition à la construction d’une mosquée à Rennes comme l’indique Thomas Deltombe au début de son livre L’islam imaginaire. Mentionnons encore le « problème de l’immigration » posé par Marchais avant d’être repris et amplifié par la Mitterrandie notamment lors des grèves ouvrières dans l’automobile entre 1982 et 1984. Évoquons enfin la croisade républicaine de Robert Hue en février 1981 contre une famille marocaine accusée de trafic de drogue sur dénonciation par ailleurs calomnieuse. Cette année-là, le maire de Montigny-les-Cormeilles a appelé à une manifestation sous les fenêtres de ladite famille ainsi désignée à la vindicte.

La part de responsabilité politique du PC dans le consensus raciste républicain n’est donc pas mince. Qu’il ait par ailleurs capitulé sur la question de l’indépendance nationale après une bonne campagne, pourtant, contre le Traité de Maastricht a incontestablement fait les affaires de l’extrême-droite. Encourager le racisme tout en cédant sur la souveraineté nationale par rapport à l’UE est un cocktail politique désastreux. Sa participation aux gouvernements Mauroy jusqu’en 1984 (alors que selon Ludivine Bantigny le tournant libéral du PS a eu lieu dès l’automne 1981) puis celui de Jospin entre 1997 et 2002 qui a privatisé à tout va a fini de le marginaliser.

La question de savoir ce que désigne le « C » de PCF se pose donc depuis longtemps. A quelques exceptions près dont celle, notable, de la Guerre du Rif dans les années 1920, le PCF n’a jamais mené de réel combat au nom du communisme. Jamais il n’a dénoncé de façon conséquente et prolongée l’impérialisme français. Lors de la Guerre d’Algérie, les communistes aux côtés des moudjahidins ne représentaient pas le PC officiel (Fernand Iveton, Maurice Audin, Henri Alleg, …) et le sort de ceux-ci n’a pas empêché le Parti de se ranger en 1965 derrière Mitterrand pour l’élection présidentielle. La ligne du PC n’était pas en faveur de l’indépendance. Elle se contentait d’exiger la « paix en Algérie ».

Aujourd’hui, au lieu de deviser paisiblement avec Caroline Fourest et Sophia Aram Place du Colonel Fabien, le PC devrait défendre les habitants des quartiers et sa frange de confession ou de culture musulmane contre le racisme et l’islamophobie d’État. Mais ce serait là rompre avec presque toute son histoire ; celle, récente, des bulldozers envoyés par les maires de Vitry-sur-Seine, de Montreuil ou d’Aubervilliers contre des foyers de prolétaires venus d’Afrique. Nombre de ses intellectuels ont d’ailleurs quitté le PC ou en ont été exclus du fait de son absence absolue de solidarité internationale.

La seule raison de la candidature de Roussel est en vérité misérable et bassement politicienne. Le Parti communiste français depuis longtemps déjà n’est plus que l’ombre de lui-même. Sous assistance respiratoire PS, il n’espère plus désormais que conserver des sièges pour ses permanents, notamment à la Mairie de Paris où il souscrit à la politique de Hidalgo. Il a perdu l’an dernier le Conseil général du Val-de-Marne et la mairie de Saint-Denis après avoir refusé que Madjid Messaoudène, conseiller municipal Front de gauche dyonisien mais cible du Printemps républicain, ne figure sur une liste d’union avec la FI au second tour.

Tout cela importe peu au PC. Il pourra toujours tendre sa sébile au PS car l’hypothèque Mélenchon ne lui garantit pas une agonie assez longue pour rémunérer ses cadres. Ainsi est le PC. Ainsi va ce spectre qui ne hante même plus, sinon pathétiquement, la vie parlementaire française dont il épouse les fondamentaux racistes et impérialistes.

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