Édito #46 – En Ukraine comme ailleurs, l’OTAN est l’adversaire de la paix

Depuis plusieurs semaines, la menace d’un conflit majeur plane sur l’Ukraine. En réponse à l’accélération soudaine du rapprochement entre l’Ukraine et l’OTAN et à la perspective d’une installation de forces militaires occidentales à ses portes, la Russie déploie d’importants moyens militaires à la frontière avec ce pays et y procède à des exercices réguliers. Les Etats-Unis et l’essentiel de ses alliés ont appelé leurs ressortissants à quitter le territoire ukrainien et agitent quotidiennement la menace d’une invasion imminente du pays par son voisin russe, installant un climat de panique tel que le président ukrainien lui-même appelle au calme ses nouveaux alliés.

Cet épisode de tension est le dernier jalon de l’entreprise d’encerclement et de soumission de la Russie voulue par Washington dès l’effondrement de l’URSS en 1991, au mépris des engagements pris vis-à-vis du Kremlin à l’époque, aux dépens des peuples voisins et avec le soutien décisif des Etats d’Europe occidentale.

Ainsi, alors que l’ensemble des pays d’Europe de l’Est se sont aujourd’hui ralliés à l’UE et à l’OTAN, des pays baltes à la Bulgarie en passant par la Pologne, la Roumanie ou la Hongrie, sans évoquer l’insistance étasunienne à faire de la Georgie une tête de pont militaire occidentale, voici donc que Kiev capte l’attention américaine depuis 2014. C’est à cette date qu’a éclaté une guerre civile meurtrière dans le pays, conséquence d’un putsch mené par les forces les plus réactionnaires et antirusses d’Ukraine avec le soutien sans faille des Occidentaux. Celle-ci ayant poussé les régions à majorité russophone de l’est du pays à faire sécession, par crainte d’une répression les ciblant.

Il faudrait certes évoquer la doctrine Russe dite de « l’étranger proche » mais pour l’instant concentrons-nous, sur les menées édifiantes de l’OTAN. Alors que ses statuts ne prévoient une intervention qu’en cas d’agression avérée d’un de ses membres par un autre Etat, elle a multiplié les interventions militaires agressives totalement illégales au regard du droit international et à son propre fonctionnement, en provoquant à chaque fois la mort et le chaos. Du bombardement de Belgrade en 1999 à l’agression contre la Libye en 2011, en passant par la destruction pure et simple de l’Afghanistan de 2001 à 2021 ou celle de l’Irak de 1991 à 2003, son histoire récente est jalonnée d’interventions militaires funestes.

Née en 1949 dans le contexte de la guerre froide, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord justifiait son existence par la menace que le bloc de l’Est, prétendait-on, faisait peser sur l’ensemble du « Monde libre », celui-là même qui a financé et armé les régimes les plus brutaux, racistes et réactionnaires de la planète (Chili de Pinochet, Afrique du Sud de l’apartheid, Israël, dictatures militaires argentine et brésilienne, contras nicaraguayens …). L’ordre mondial bipolaire plaçait à l’époque l’OTAN dans un contexte de confrontation entre égaux, bien que les moyens du complexe militaro-industriel américain et de ses supplétifs occidentaux aient toujours été infiniment plus conséquents que ceux du reste du monde. Elle était tant bien que mal tenue en respect par l’adversaire soviétique. Contrairement à une idée reçue, c’est bien pour s’opposer à cette pression militaire de l’OTAN que l’URSS suscitera la création de l’alliance militaire dite du Pacte de Varsovie. Mais seulement six ans après la création de l’OTAN, le 14 mai 1955.

Aujourd’hui, à quoi sert l’OTAN ? Contre qui Washington prétend-t-il défendre le « monde civilisé », alors même que son hégémonie diplomatique et militaire est absolue depuis la chute de l’Est communiste. Il est grand temps de reconnaître l’évidence : l’OTAN n’est et n’a jamais été que l’outil militaire au service les desseins stratégiques de la désormais unique puissance impérialiste de la planète, renforcée dans sa quête d’hégémonie par un impressionnant réseau de pays vassaux qui mettent à sa disposition leurs moyens militaires et territoriaux. Aujourd’hui, l’OTAN représente 80% des dépenses militaires mondiales, soit 16 fois celles de la Russie. Grâce à l’Organisation, les Etats-Unis déploient actuellement 200 000 hommes de 1er choc sur 800 bases militaires réparties dans près de 180 pays. L’emprise militaire étasunienne sur la planète est sans pareille et l’OTAN est la pièce-maîtresse de cette puissance, secondée aux Proche et Moyen Orient, par Israël l’allié fondamental à qui tant est permis mais aussi par la Turquie et puis les supplétifs des pétro-monarchies militarisées, Arabie saoudite et EAU en tête.

Alors que le spectre d’un conflit ravageur plane à nouveau sur l’Europe, il est aujourd’hui grand temps d’affirmer avec force que la dissolution de l’OTAN est d’une urgence absolue. Non seulement par anti impérialisme militant mais comme prérequis à l’apaisement durable des relations internationales et pour épargner au monde une nouvelle conflagration. Il est mensonger de présenter Moscou, Pékin, Téhéran ou tout adversaire de circonstance des Etats-Unis comme les principales menaces pour la paix et l’ordre mondiaux, car les faits sont têtus. Depuis des décennies, Washington et l’OTAN taraudés par l’appétit insatiable du complexe lobbyiste militaro industriel propagent la mort et les destructions aux quatre coins de la planète. Et ce, sous les prétextes les plus fallacieux (cf la fable des armes irakiennes de destruction massive de 2003).

Loin de nous l’idée de céder au manichéisme et de mépriser le désir de souveraineté et de sécurité de l’Ukraine. Comme toutes les nations, la Russie joue sa propre partition de grande puissance et ses intérêts ne coïncident pas nécessairement avec ceux de son voisin ukrainien. Sauf que la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Ukraine ne pourront jamais être garantis par les fusées étasuniennes, c’est à dire sans la mise à l’encan du militarisme étasunien et de son désir d’hégémonie absolue. Partout où elle intervient, l’OTAN fait partie du problème et pas de la solution.

Sans la refonte complète des relations internationales sur la base d’un ordre juste enfin respecté, où l’Assemblée Générale de l’ONU ne serait plus cantonnée à un rôle consultatif mais deviendrait un véritable organe d’application de la volonté des peuples souverains, aucune avancée pacifique durable ne sera possible.

L’Europe ne sortira de l’ornière guerrière qu’avec l’arrêt immédiat de l’encerclement de la Russie par les forces étasuniennes déguisées en OTAN et le démantèlement de leurs bases, La souveraineté de l’Ukraine ne sera garantie que par la cessation du suivisme européen pro OTAN, notamment britannique, français et allemand. Il est inadmissible que les Etats-Unis, qui sont à des milliers de kilomètres et donc à l’abri de tout dommage immédiat, fassent de l’Europe le théâtre d’un conflit militaire majeur au titre d’un rôle de décisionnaire privilégié qu’ils ont usurpé et qu’ils incarnent à travers une organisation agressive et dominatrice.

Alors même que les crises planétaires se multiplient et font craindre une conflagration généralisée, signe que la “pax americana” était un leurre, il devient urgent de mettre le gendarme du monde à la retraite.

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