Édito #55 – À chaque fièvre sociale, son affaire du voile

« Je pense : Kamel aussi, c’est la classe ouvrière »

(Robert Linhart, L’Établi).

 

Il serait hasardeux, bien sûr, de dire comment évoluera ces prochains jours et semaines, la situation politique et sociale en France. Toujours est-il qu’à cette heure et malgré les menaces et réquisitions du gouvernement, le carburant vient à manquer ainsi que l’illustrent les queues et les embrouilles dans les stations-service au point que le pouvoir craint une paralysie générale et les renseignements, une « contagion ».

La marche contre la vie chère appelée ce dimanche par Mélenchon et la NUPES semble avoir connu un réel succès, n’en déplaise aux médias à la botte et autres chiens de garde de la Macronie. Tout indique donc que pour reprendre Mao Zedong, une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine.

La contestation, à défaut d’être générale (comme la grève), peut se généraliser, notamment dans certains lycées comme à Nanterre (banlieue parisienne) le lycée Joliot-Curie.

La révolte des lycéennes et lycéens de cet établissement vient évidemment de la mutation sanction de l’un de leurs professeurs de mathématiques mais aussi, comme le documente le reportage de Paroles d’Honneur, du zèle de la proviseure à traquer les élèves qui portent des jupes trop longues aux yeux lubriques de la laïcité républicaine.

Cette histoire de robes longues a déjà été esquissée il y a quelques années mais ce  délire persécutoire républicain reprend.

Il perdure aujourd’hui, du fait d’un Macron un peu anglo-saxon sur les questions de laïcité en 2017 qui a basculé – ténacité structurelle du racisme d’État postcolonial – sur la ligne classique du bloc bourgeois républicain, à savoir une islamophobie tracassière au point d’enfreindre l’État de droit comme l’a montré l’affaire Iquioussen.

Ce qui se passe au lycée Joliot-Curie de Nanterre est emblématique de la période qui rejoue un air connu de la République islamophobe, air qui jusque-là a hélas parfaitement fonctionné.

Qu’en sera-t-il dans la séquence politique qui commence ?

Le couplet du danger islamiste qui nécessiterait que « le corps organique » de la nation (pour reprendre l’expression racialiste de Macron) fasse bloc contre un ennemi intérieur ruinera-t-il un mouvement social encore embryonnaire mais au potentiel politique prometteur ?

Nous l’ignorons à cette heure. Il faut toutefois avoir en tête que les shoots républicains islamophobes, au-delà de leur dimension coloniale, ont aussi pour dessein de la part de l’Etat de reprendre la main via un consensus national qui ruinerait une reprise de la lutte des classes.

Il ne s’agit pas ici de reprendre l’antienne du racisme comme diversion ; l’islamophobie est un avatar puissant du courant républicain endeuillé par la disparition de son empire. Toutefois, cette dimension rend son usage judicieux pour l’État et il est d’autant plus impérieux de le dénoncer.

Cela s’est vu lors des grandes grèves des OS maghrébins au début des années 1980 dans les usines de l’automobile en région parisienne où la dénonciation par le PS de grévistes « chiites » a invisibilisé ces derniers ; cela s’est produit dans l’organisation par Macron des hommages à Samuel Paty  – que sa hiérarchie, pourtant, n’a pas protégé sérieusement –  pour mettre fin à un climat de contestation sociale, y compris dans l’École.

Aujourd’hui, la surenchère obscène des déclarations de Pap N’Diaye sur les « tenues religieuses »  traduit une nouvelle occurrence de ce qu’on a déjà vu.

La question de l’islamophobie, si elle a sa singularité, n’est pas étanche au « mouvement social ». Elle concerne des salariés, des chômeurs, des ouvriers… Donner toute sa place au combat antiraciste politique dans la contestation de la violence libérale, c’est aussi travailler à l’unité prolétarienne et à d’éventuelles victoires.

 

 

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