Karim Benzema : le ballon d’or du tiers-peuple

Le ballon d’or de Karim Benzema n’a surpris personne. Qu’importent, au fond, un prix et la pénible cérémonie qui l’accompagne, dont les critères d’attribution sont souvent davantage motivés par la publicité que par le mérite sportif ? Dans ce cas précis, en plus d’être incontestable et incontesté sur le plan sportif, il revêt une importance symbolique singulière. Il a été salué unanimement et sans aucune réserve par le milieu du football, notamment par ceux qui ont compté dans sa formation et sa carrière, comme étant le couronnement d’une carrière exemplaire et d’une saison exceptionnelle. Néanmoins, on se souvient qu’il n’y a encore pas si longtemps, Benzema était considéré comme un paria par une bonne partie des décideurs du football, du monde politique et de la société française. De fait, certaines réactions, par exemple provenant de l’extrême-droite, traduisent cette animosité hargneuse. On y déplore qu’un joueur jugé et condamné à un an de prison avec sursis pour avoir participé au chantage de l’un de ses anciens coéquipiers en équipe de France soit récompensé. D’autres qui avaient contribué à sa disgrâce, comme l’ex-premier ministre Manuel Valls, ont préféré garder le silence. Malgré tout, en général et au sein-même du gouvernement français, l’heure est aux félicitations. Bien entendu, le contentement a été particulièrement palpable au sein des descendants de l’immigration postcoloniale, en premier lieu nord-africaine. En effet, à leurs yeux, Benzema a été la cible privilégiée du racisme structurel qui les frappe et qui, dans un environnement d’islamophobie galopante, impulsée depuis les plus hautes instances de l’État, ne fait que se radicaliser. On rappelle ainsi que, tandis que Benzema avait été écarté avant d’être jugé, d’autres figures sportives françaises condamnées par la justice avaient bénéficié de davantage de clémence. Benzema, déjà ciblé par maintes critiques montées en épingle à partir de presque rien avant l’affaire, était en quelque sorte le bouc émissaire idéal. C’est sans aucun doute en réponse à leur soutien inconditionnel qu’il a déclaré être le « ballon d’or du peuple », entendons du tiers-peuple, celui des banlieues, dont il provient, et de ces mêmes descendants de l’immigration postcoloniale.

La portée symbolique de sa consécration, du moins dans le contexte français, a été amplifiée par la date de son attribution, le 17 octobre, date anniversaire du massacre d’État de 1961 contre les Algériens à Paris. Le fait que soit Zidane le lui remette n’était bien sûr aucunement anodin. L’humilité avec laquelle il l’a reçu était touchante. Ballon d’or du peuple ! Cela résonne un peu comme « Garrincha, alegria do povo » (Garrincha, joie du peuple), en référence à un célèbre joueur brésilien d’extraction populaire, vainqueur des coupes du monde 1958 et 1962. Mais sous la joie perce la mélancolie. Dans un essai sur le football, El fútbol a sol y sombra, l’écrivain uruguayen, Eduardo Galeano, qualifiait précisément Zidane en ces termes : élégance mélancolique. Dans un autre style footballistique, Benzema emprunte au même registre. Élégance. Mélancolie. Grâce. Et une pointe de timidité ! Football mis à part, cela n’est sans doute pas étranger à l’histoire particulière sur laquelle il faut maintenant revenir, celle de Benzema et de l’équipe de France, inscrite dans une plus grande histoire, et de sa signification politique.

 

Un tout petit peu de football

C’est un fait. La carrière de Benzema est exemplaire. Formé au club de L’Olympique Lyonnais, quand ce club était au sommet du football français, il est très jeune devenu un joueur incontournable de l’équipe première. Bientôt transféré au Réal Madrid, le plus grand club du monde aux yeux de nombreux suiveurs du football, il a mis un peu plus de temps à s’imposer comme un titulaire indiscutable. Toutefois, malgré la pression et à force de persévérance, surtout sous Ancelotti puis évidemment Zidane, il s’est progressivement transformé en pièce-maîtresse de l’équipe, quatre fois vainqueur de la ligue des champions, dont trois consécutives, fait unique dans l’histoire de la compétition. Il était le fidèle lieutenant de Cristiano Ronaldo, celui qui abattait le travail afin de permettre à ce dernier de briller de mille feux. Ce travail de l’ombre ne lui a pas toujours valu la reconnaissance méritée, mais il est justement le témoignage d’une capacité à se mettre au service du collectif, à contrepied de l’individualisme forcené qu’on reproche souvent aux joueurs de sa génération et de sa condition. Une fois Ronaldo parti, tandis que le Real Madrid traversait une difficile période de transition, il n’a pas échappé aux critiques. Or, c’est là qu’il a pris ses responsabilités. Après une saison déjà réussie qui l’avait vu revenir en sélection nationale, il a su porter l’équipe, pourtant considérée peu fringante, pour devenir le principal artisan d’une saison où son club a tout gagné. Meilleur buteur des deux compétitions majeures et décisif dans de nombreux matchs de ligue des champions, face au PSG, où il a lancé la révolte et tout fait basculer, à Chelsea et à Manchester City, il est devenu à trente-cinq ans le candidat naturel pour succéder à Messi au palmarès du ballon d’or.

En revanche, en équipe nationale, sa carrière a été plus accidentée. Après une sélection précoce, en 2007, qui lui permit de participer à l’euro 2008, lequel fut un sévère échec pour l’équipe de France, il fut écarté de la coupe du monde 2010 par Raymond Domenech, pour son plus grand bien devrait-on dire, quand on sait comment cela s’est terminé. Après un retour qui lui permit de participer à l’euro 2012 et à la coupe du monde 2014, sur laquelle nous reviendrons, l’affaire de la sextape de Valbuena provoqua son exclusion de l’équipe de France, ainsi que celle de son coéquipier, durant une période qui inclut l’euro 2016 et la coupe du monde 2018, jusqu’à sa réintégration-surprise par Deschamps, juste avant l’euro 2021. Figure incontestable du Real Madrid, Benzema a donc toujours été un joueur contesté en équipe de France.

 

Karim l’anti-France

Aujourd’hui, on évoque les affaires : l’affaire Zahia d’abord, où il a été impliqué avec d’autres joueurs ; et l’affaire Valbuena surtout. En réalité, bien qu’il ait pu compter sur le soutien de Deschamps jusqu’à la seconde affaire, sa présence en équipe de France était contestée dans les médias et le public dès avant et indépendamment des affaires. Sportivement, on lui reprochait de ne pas marquer assez de buts et d’être nonchalant, mettant en doute sa motivation, voire son professionnalisme. Certes davantage lieutenant que buteur au Real Madrid, dont ironiquement il est en passe de devenir le second meilleur buteur de l’histoire (derrière… Ronaldo), personne n’y mettait en cause son attitude, ni son professionnalisme. En France, un autre facteur intervenait. En premier lieu, on observait qu’il ne chantait pas la Marseillaise. Par ailleurs, il avait eu le malheur de dire que son cœur était algérien. Comme tous les descendants de l’immigration postcoloniale, en particulier maghrébins et à plus forte raison algériens, on le soupçonnait de manquer de patriotisme et de n’avoir opté pour la sélection française que par opportunisme et carriérisme.

A ce moment du texte, il faut revenir sur le cas Zidane et l’épopée de la France, vainqueur de la coupe du monde 1998 et de l’euro 2000. Entre exaltation de la méritocratie républicaine et valorisation de la « diversité », réunie sous les valeurs universelles de la France humaniste, cette sélection estampillée « Black-Blanc-Beur » était sensée représenter la réussite du modèle intégrationniste français. Zidane en était le joueur le plus doué et le principal symbole et, quand il baisa le maillot tricolore, après l’un de ses buts en finale, il semblait avoir scellé la réconciliation nationale entre la France et ses minorités, ou les « divers », généralement relégués vers les périphéries et au bas de l’échelle sociale. On retenait l’engouement populaire, où tout le pays semblait fusionner, ainsi que la présence massive des « jeunes des banlieues », même si on ne pouvait éviter de remarquer qu’ils agitaient des drapeaux algériens, marocains, tunisiens, etc. Après la finale de de l’euro 2000, les médias espéraient transmettre le même frisson, mais l’engouement fut moindre et le spectacle de la fête collective décevant. Le fameux match de « réconciliation » avec l’Algérie, voulu par Marie-Georges Buffet, à Paris, en 2001, où la Marseillaise fut sifflée et le terrain envahi, apporta un sérieux démenti à l’harmonie de la société française et à la façon dont les descendants de l’immigration postcoloniale s’y sentaient considérés. D’une certaine façon, ils firent exploser le décor qu’on avait monté et dont ils étaient destinés à être les figurants.

La saturation raciste et islamophobe de l’espace politique et médiatique durant la décennie suivante, inaugurée par l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, puis le débridement raciste qui s’abattit sur la sélection, à la coupe du monde 2010, enterraient la fable de la sélection « Black-Blanc-Beur », rebaptisée par Finkielkraut avec sa morgue comme étant la sélection « Black-Black-Black » et la « risée du monde ». Après la parenthèse de 2006 et le chef d’œuvre inachevé de Zidane, terminé par un coup de boule, sorte d’estocade ultime d’un passé glorieux sur le point d’être englouti, peut-être aussi un coup de griffe dans l’apparence lisse du mythe, et les défaites aidant, le sentiment général était clairement distinct. Une nouvelle génération était entrée en sélection, celle de 1987, comme on avait coutume de le dire, où se trouvaient des joueurs d’origine maghrébine comme Benzema, Nasri et Ben Arfa. Celle-ci, au contraire de la précédente, ou au contraire de Zidane, était porteuse de tous les maux. C’était l’avènement de la « racaille » que Sarkozy avait promis de nettoyer au karcher. Néanmoins, comme la mémoire populaire semble parfois l’oublier, aucun de ces trois joueurs n’était sélectionné à la coupe du monde de 2010. Ribéry, converti à l’Islam, indigénisé donc, y tint lieu d’arabe.

La grève des joueurs avait été présentée comme le plus grand scandale de l’histoire de l’équipe de France. Des « garnements » surpayés dans une société en souffrance et ingrats vis-à-vis de la nation, dont on guettait le manque d’identification avec elle, le comportement déplorable, etc., avaient provoqué le divorce entre le pays et son équipe de football. C’était oublié bien vite comment des joueurs considérés comme des professionnels irréprochables partout ailleurs avaient dû subir l’incompétence d’un sélectionneur, la lâcheté de la Fédération Française de Football (FFF) et la pression des médias, déjà engagés dans les procès d’intention, dont la rage redoubla après la défaite face au Mexique. L’affaire Anelka, accusé d’insulter le sélectionneur à la mi-temps du match dans une version publiée en Une de L’Équipe, plus tard démentie, avait été la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Lors d’un match ultérieur à son exclusion de la sélection, Anelka fit le geste de briser ses chaînes. Domenech et tout le monde à sa suite surent ainsi se dédouaner sur l’immaturité supposée des joueurs et, jusqu’à mettre en place une commission d’enquête parlementaire, on donna raison à l’encadrement trahi par les « sauvageons », indignes de représenter la France. Bref, passons. Sans qu’il n’y ait rien de tangible à lui reprocher, puisqu’il n’y était même pas, non plus avant, ni après, Benzema incarna progressivement et à son insu l’anti-France jusqu’à concentrer sur lui le ressentiment populaire. Sa nonchalance, qui était plutôt de la timidité, apportait la preuve de son cynisme sournois, quand il ne marquait pas de buts.

 

Karhymne à la joie, Karim le paria, Karim la rédemption

Pourtant, il a bien failli être le nouveau héros de la sélection ou plutôt la presse a songé à faire de lui un autre Zidane, rédempteur cette fois. Le gouvernement était à nouveau socialiste. L’euro 2012, sous la baguette de Blanc, n’avait pas complètement fait oublier la coupe du monde. D’autres polémiques, comme le geste de Nasri à l’attention des journalistes, avaient alimenté la chronique. L’édition de 2014, maintenant sous celle de Deschamps, était l’occasion de réenchanter le football de sélection et d’actionner, croyait-on, les leviers de la passion et de l’unité nationale. En somme, on voulait refaire le coup de 1998. Les excellentes prestations de Benzema au premier tour poussèrent L’Équipe à titrer « Karhymne à la joie » en bleu, blanc, rouge. Karim, l’hymne et la nation. Mais le cœur n’était plus à la joie. Surtout, tout cela finit en queue de poisson avec une élimination ni honteuse, ni glorieuse face à l’Allemagne en quarts de finale. Dès lors, Benzema redevint celui qui ne marquait pas assez de buts et qui ne chantait pas l’hymne national. Jusqu’à l’affaire. Nous ne nous étendrons pas sur elle, puisqu’elle est chose jugée, mais Benzema a toujours contesté le rôle qu’on lui a prêté. Quoiqu’il en soit, les frères Karabatic, condamnés dans une affaire de paris truqués, ne furent jamais la cible d’une telle vindicte politique et poursuivirent leur carrière en sélection sans autant d’ostracisme. Dans un premier temps, interrogé sur l’affaire, Le Graët, président de la FFF, eut ce bon mot : « Il faut dire quoi ? Mort à l’arabe !? » Il connaissait son monde. Ce qui, en revanche, au sein de la FFF, ne fut pas pardonné à Benzema, écarté de l’euro 2016, ce fut de reprocher à Deschamps d’avoir été influencé par une partie raciste de la France. Après cela, il semblait impossible de le revoir en sélection.

En 2016, tandis que l’euro se déroulait en France, la sélection était donc sensée revenir à des bases saines, épurée de ses éléments impurs. La nation pouvait de nouveau s’unir autour d’elle. En fait, comme après, en 2018, et ceci malgré la victoire finale à la coupe du monde, la polarisation entre les anti et les pro Benzema, entre la France retrouvée et ceux qui ne s’y retrouvaient pas, créa une ambiance particulière d’enthousiasme forcé et de défiance autour de la sélection. Benzema avait pris des proportions inimaginables. Pendant ce temps-là, il accumulait les titres avec le Real Madrid, sous la coupole de Zidane, avec lequel en guise de brèche générationnelle resplendissait l’entente fraternelle, à l’abri du ressentiment français qui n’y avait aucune prise sur lui. L’avant et l’après, le modèle et le paria unis à la face du monde et de la France.

C’est donc en 2021, contre toute attente, que Deschamps donna son pardon à Benzema et le réintégra à la sélection nationale : au désespoir des uns ; au bonheur des autres. Il s’évita l’humiliation et la FFF avec lui d’un ballon d’or banni de l’équipe de France. En tous les cas, l’eau a coulé sous les ponts de la France « Black-Blanc-Beur » et l’heure est plus que jamais à la polarisation : deux pôles se font face qui, pour des raisons diamétralement opposées, soutiennent la sélection ou célèbrent sa défaite. Au milieu, la plaine. La France éternelle devient antinationale. L’autre France se prend de patriotisme. Tout dépend de la conjoncture dans un rapport de force politique d’emblée latent dans le sentiment qu’on exprime vis-à-vis de la sélection. Du côté des indigènes, du moins de ceux qui ont pris parti, ainsi que tous ceux qui ont pris ce parti-là, rupture et légitimité ne font plus qu’un. On est pour la France contre les racistes. On est aussi contre la France, au nom de la sienne. On soutient une sélection africaine et on valorise les joueurs qui, quand ils en ont eu le choix, ont opté pour elle, mais on ne s’en considère pas moins légitime sur le sol français. A l’inverse, être pour la France ne vaut pas adhésion à la nation. Oui, mais la rédemption soudaine de Benzema au pays, récupérée ici et là, à coup de contorsions de la part de ceux-là qui, notamment depuis le gouvernement, mènent la croisade islamophobe et stigmatisent les descendants de l’immigration postcoloniale, n’annonce-t-elle pas un nouveau karhymne à la joie ? Cela est aujourd’hui encore plus improbable qu’hier. Cible, enjeu et faire-valoir de positions politiques qui, dans une certaine mesure, le dépassent et ont peu à voir avec le foot, quoiqu’elles puissent aussi tout à voir avec lui, étant entendu qu’il s’agit d’une passion partisane, comme l’avait établi Christian Bromberger, Benzema n’est-il donc que le jouet des passions des uns et des autres ? Non, il y est d’emblée impliqué. Se pose alors la question de savoir comment, en tant que descendant de l’immigration postcoloniale, il s’y implique lui-même.

 

Et la politique ?

De Zidane avant et de Benzema, à sa suite, ceux qui se sont engagés ont beaucoup dit qu’ils ne s’engageaient pas suffisamment, par exemple sur la question du racisme structurel de l’État et de la société française. Rappelons-le : honni ou encensé, et banni pour le devenir, il n’a pourtant rien fait, ni rien dit de particulier pour le mériter, hors football ou de l’affaire qui n’en est pas la raison, ou à peine, quand il a osé affirmer que la France raciste pesait dans son bannissement, ce qui était peu et déjà beaucoup. Si la sélection devient toute blanche sans lui, aux yeux des uns, ou toute noire avec lui, aux yeux des autres, c’est bien malgré lui. Quand on voit la déchaînement de haine qu’il a suscité, avec un profil si bas, qu’en serait-il dans le cas contraire ? On lui opposera certes le modèle de Mohammed Ali. C’était autre époque, un autre contexte et une autre personnalité. Peut-être un jour viendra-t-il un Mohammed Ali français. Ce n’est pas encore le cas et on peut le regretter, et dans une certaine mesure le comprendre. Même s’ils deviennent des figures publiques, il ne revient pas forcément aux sportifs d’être en première ligne.

Toutefois, comme à chaque fois qu’il est délicat, voire dangereux, de prendre clairement position ou d’exprimer sa pensée profonde, sans qu’on puisse non plus complètement en préjuger, celle-ci peut transparaître de façon plus subtile et faire œuvre de résistance. Comme par exemple, quand on refuse de chanter l’hymne national, même épié et sous l’injonction. Comme, quand Zidane, en grand frère sage, après l’épisode de l’envahissement du stade de France, lors du match Algérie-France de 2001, ne s’est certes pas lancé dans une défense politique des siffleurs et des envahisseurs, mais a été le seul à dédramatiser, à ne pas jouer le jeu de l’offense, à la différence d’un Thuram, apparemment plus engagé, et aussi le premier à tirer, avec la horde, sur les joueurs de la sélection, en 2010. Benzema est un pratiquant musulman affiché. Dans la France d’aujourd’hui, cela seulement peut être perçu comme une provocation. Tout ce qui le fait haïr par une partie raciste de la France n’est donc pas qu’un malentendu. Lors de la conférence de presse, après la remise du ballon d’or, Benzema a insisté pour dire que son discours n’avait pas été politique. C’est de bonne guerre. Mais quoi de plus politique que de se déclarer le « ballon d’or du peuple » ? J’ai vu qu’on disait quelque part que, le peuple, c’était très français. En l’occurrence, nous avons bien compris à quel peuple il faisait référence.

Politiquement justement, le ballon d’or de Benzema ne changera fondamentalement rien. La situation ne sera pas meilleure après qu’avant. Le terrain politique reste celui de la lutte. Mais ce ballon d’or nous remplit d’aise. D’abord parce que Benzema, à côté de Zidane, ce fut un instant de beauté, de cette beauté dont Houria Bouteldja se demandait ce qu’il adviendrait d’elle. Ce fut aussi un instant de puissance indigène, ici par la voie du football, qui n’est pas qu’opium du peuple, comme on le croit, quand on ne conçoit la lutte que sur un mode instrumental, mais aussi infrapolitique populaire, au fondement de toute lutte et qui l’accompagne forcément, jusque dans ses réalisations. Pour paraphraser Marx, à propos de la Commune, le principal mérite de Benzema, qui lui vaut haine et amour, c’est tout simplement celui d’exister et, au travers lui, pour un instant du moins, sublimer notre propre existence.

 

Malik Tahar-Chaouch

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