Édito #58 – Nous sommes si bons – À propos du Qatar bashing

Haro sur le Qatar, haro sur les barbares !, s’écrient nos démocrates. Jamais l’injonction au boycott d’un Mondial, pas même au moment de la Coupe de 1978 dans l’Argentine fasciste, n’a été aussi forte. Tout condamne, il faut dire, l’organisation de la Coupe du Monde par ce pays : l’insouciance criminelle des normes requises pour préserver la planète d’une aggravation du dérèglement climatique (ainsi les stades érigés en plein désert sont-ils climatisés), le traitement réservé aux travailleurs migrants venus construire des stades en toute hâte parfois au péril de leurs vies, et plus généralement, le mépris de l’humanité par un régime archaïque et tyrannique.

Ainsi, quand on est bons et qu’on partage des valeurs opposées à celles du vilain petit Qatar, on boycotte. C’est la raison pour laquelle les médias, caisse de résonnance de la sagesse occidentale, parlent positivement des migrants, ou des immigrés, en dénonçant leurs conditions de vie, la façon dont ils sont quasi esclavagisés. A la bonne heure !

Les immigrés sont mis en esclavage, vous rendez-vous compte ? Il y a belle lurette que par chez nous, en République, l’esclavage a été aboli ! Certes, l’esclavage en Libye est directement lié à l’intervention française sous direction de Sarkozy et Bernard-Henri Lévy. Certes, l’ancien président de la République devait des sommes exorbitantes à l’autocrate de Tripoli qui avait été mis à contribution pour financer la campagne victorieuse de 2007 de l’ancien ministre de l’intérieur. Certes, certes, mais c’est tout de même différent. Puisque c’était pour libérer le peuple libyen de son tyran. Nous sommes si bons.

En France, nul traitement de ce genre envers les migrants puisque, dans la plupart des cas, nous leur signifions, tant qu’ils sont sur leurs frêles esquifs, que nous ne les accueillerons pas et que, si nous les laissons accoster sur nos côtes parce que par exemple en bons démocrates nous n’osons pas être aussi cash que l’héritière de Mussolini, Méloni, c’est pour les renvoyer dans leurs pays respectifs ou, peut-être, ils subiront l’enfer. Mais enfin, ce n’est pas notre faute s’ils vivent en Barbarie. Et ce n’est pas notre faute non plus s’il y a à peine un an, des pêcheurs ont retrouvé des corps flottant de migrants au large de Calais. Souvenez-vous, c’était la faute des passeurs. Pareil pour le petit Aylan. Vous voyez bien que ce n’est pas pareil. Nous sommes si bons.

Nous qui sommes les véritables héritiers de l’universalisme. Alignés sur les obsessions de mesdames Fourest, Badinter et Aram, n’avons-nous pas, les premiers, coupé une mèche de cheveux pour soutenir le juste combat des Iraniennes ? Nous sommes si bons. A ce titre, l’attitude de Hugo Lloris, gardien de but de l’équipe de France, nous ridiculise un peu. Il refuse d’arborer un brassard en solidarité avec les LGBT arguant du respect des coutumes du Qatar.

L’Allemagne nous vole la vedette, elle qui va afficher sa solidarité au risque de payer une amende. Certes, si les Allemands sont à la pointe de la lutte internationale contre l’homophobie, c’est que les nazis avaient mis les homosexuels en camps de concentration avec un triangle rose cousu sur la loque couvrant leur poitrine. L’indignation contre le Qatar – qui n’a, re-certes, rien à voir avec Auschwitz – est une belle occasion pour les laver de tout. Ils sont si bons. Honte sur Lloris.

Enfin, la clim’ partout. Quel scandale !  Certes, le détraquement de la planète est largement de notre fait. Certes, nous avons largement contribué à faire de l’Arabie saoudite et des autres pétromonarchies ce qu’elles sont. Certes, les terminaux pour gaz de schiste dans le port du Havre ou la possible remise en marche des centrales à charbon ou des mines, c’est un peu ennuyeux, mais tout de même, l’exploitation des matières fossiles indispensables à nos économies, quel scandale ! Nous sommes si bons.

L’appel au boycott du Mondial au Qatar n’est rien d’autre que le nom d’une névrose. Le Qatar dans toutes ses outrances est à l’image du monstre capitaliste qui l’a engendré. L’appel au boycott est le nom d’un déni. Celui du refus de reconnaître sa progéniture. Cachez donc ce Qatar que nous ne saurions voir. Il n’est que le miroir concentré de la violence pluriséculaire occidentale. A ce titre, la présence de Gérald Darmanin à la cérémonie d’ouverture de la compétition est une offense supplémentaire à la mémoire des migrants morts pour des stades construits à toute vitesse dont les frères de condition meurent près des côtes françaises.

 

 

 

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