Messages par QGDecolonial

L’Etat, l’écologie, les quartiers et l’apartheid : Trappes, espoirs ou  illusions indigènes

Penser l’environnement dans les quartiers, d’un point de vue décolonial, impose de partir des conditions matérielles d’existence de ses habitants, et non des récits consensuels de la « transition », mais aussi des affectes qui traversent la politique française. Trappes, ville indigène des Yvelines, marquée par un chômage structurellement plus élevé que celui des villes voisines et par une population parmi les plus jeunes de France, concentre les effets cumulatifs de la précarité sociale, de la ségrégation raciale et de la surexposition aux nuisances environnementales. Trappes cumule d’autres difficultés, beaucoup de jeunes sont partis en Syrie et pour cette raison la ville est la commune la plus attaquée par l’extrême droite. Face à ces problématiques, l’Etat investit dans le recouvrement de la route nationale 10 à des fins écologiques. Les pouvoirs publics, la mairie et la métropole vont même plus loin et vendent une écologie populaire. Derrière le verdissement des discours et des aménagements se dessine une écologie raciale de l’intégration et de l’adaptation plutôt que de la transformation. Cette approche tend à déplacer la responsabilité vers les habitants eux-mêmes, sommés d’adopter les bons gestes, en neutralisant toute critique des politiques d’aménagement qui ont fabriqué la situation. Interroger l’existence d’une écologie populaire à Trappes, c’est donc poser une question éminemment politique : l’écologie peut-elle être autre chose qu’un outil de revalorisation urbaine, de gentrification et, in fine, d’un apartheid racial en devenir. C’est à partir de cette tension entre stigmatisation de l’islam, recherche de respectabilité des indigènes et gestion environnementale qu’il devient nécessaire d’interroger ce que recouvre réellement l’« écologie populaire » à Trappes, mais plus largement dans les quartiers.

 

Le contexte environnemental et la revalorisation urbaine.

Trappes est une ville des Yvelines (78) où le taux de chômage est plus élevé que dans les communes voisines : 11 % contre 7 % en moyenne. La ville est aussi l’une des plus jeunes de France : 60 % des habitants ont moins de 30 ans. Enfin, la fracture socio-spatiale y est particulièrement marquée. En effet, 60 % des foyers sont modestes et le taux de pauvreté y est de 25 %. Ces habitants sont ségrégués du centre-ville, où se concentrent les services et les commerces, par la route nationale 10 (RN10). La RN10 est, depuis le milieu des années 1990, le débouché de l’autoroute A12. Ce choix a conduit à une saturation du trafic et à une exposition des habitants à des niveaux de pollution jugés préoccupants par les services de l’État, notamment en raison des résidus d’essence, de la dégradation paysagère et du niveau sonore. Le bruit moyen est de 65 dB la nuit et de 75 dB le jour dans les foyers situés à proximité de la RN10, frôlant quotidiennement le seuil de pénibilité (80 dB) et le dépassant en extérieur. Le bruit entraîne une augmentation du stress, des troubles du sommeil et, par conséquent, une hausse des maladies cardiovasculaires, psychosociales et cancérigènes, des risques qui s’amplifient avec l’exposition aux résidus de combustion automobile.

Afin de réduire cette exposition, l’État a décidé, dès la fin des années 1990, d’opérer un recouvrement d’abord total, puis au rabais de la RN10. Le projet a été bouclé en 2006. Ce recouvrement partiel, également appelé enfouissement, se compose de trois sections planes facilitant les déplacements nord-sud à travers Trappes. Ces sections sont agrémentées de petits espaces verts et d’une voirie conçue pour les cyclistes et les piétons, tandis que certaines parties sont recouvertes de poutres. Ce projet est budgété entre 90 et 150 millions d’euros et s’inscrit dans les logiques du Grand Paris.

La commune de Trappes-en-Yvelines tend aujourd’hui vers une requalification de son espace économique grâce à l’accueil d’activités de recherche (Laboratoire national de métrologie et d’essais – LNE ; Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement – CEREMA), d’activités dans les secteurs innovants (technologies de l’information et de la communication – TIC) et de PME de services. Trappes s’inscrit dans un contexte plus large : la ville fait partie de l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. L’État y investit depuis une vingtaine d’années afin d’en faire une « Silicon Valley » française, en concentrant enseignement supérieur, unités de recherche et industries, sans grand succès, notamment en raison d’une certaine réticence des grands établissements (École polytechnique, AgroParisTech) à s’y installer. Le développement de Saint-Quentin-en-Yvelines s’inscrit dans le plan du Grand Paris, tout comme le projet concernant la RN10. L’un des objectifs de ce plan est d’offrir des marchés à l’industrie du BTP. L’investissement initial pour le recouvrement de la RN10 était évalué entre 90 et 150 millions d’euros, répartis comme suit :

  • État : 42 millions d’euros, dont l’ANRU ;
  • Conseil régional d’Île-de-France : 27,5 millions d’euros ;
  • Conseil départemental des Yvelines : 10 millions d’euros ;
  • Saint-Quentin-en-Yvelines : 13,5 millions d’euros ;
  • Ville de Trappes-en-Yvelines : 2 millions d’euros.

Pourquoi l’ANRU, qui est financée par les cotisations des locataires HLM victimes de ce préjudice, paye-t-elle la résolution d’un problème dont la responsabilité revient à l’Etat. Enfin, on peut s’interroger sur l’intérêt d’une ville comme Saint-Quentin d’y investir autant.

L’adaptation à la pollution et la gentrification : limites écologiques et politiques.

A priori, il est indéniable qu’un recouvrement de la RN10 est nécessaire. Il est tout aussi nécessaire de s’interroger sur la responsabilité et les objectifs de l’Etat dans cette situation. Un des objectifs de l’accord-cadre entre l’ANRU et la ville signé le 16 janvier 2006 est « la restructuration du patrimoine et la diversification de l’offre de logements ». La nature du développement économique visé par ces chantiers n’est pas exactement ce qu’on peut appeler populaire. Ils visent à produire des espaces élitistes et à en améliorer le cadre afin d’accueillir une population hautement diplômée et donc rarement indigène ou locale. Il s’agit de préparer la blanchification de Trappes comme ailleurs en Île-de-France. La mise en avant de Trappes comme une ville laboratoire de l’écologie correspond à un idéal des classes moyennes et supérieures blanches. Dans cette logique de revalorisation raciale, la commune de Trappes multiplie les évènements : AMAP, fête de l’écologie populaire, cours oasis (espace de jeu avec des copeaux de bois) ; ateliers de sensibilisation, notamment avec l’association Banlieue Climat. Toutes ces initiatives peuvent être saluées dans leurs intentions, mais les effets produits ne seront pas forcément ceux recherchés. Nous resterons cléments, mais sensibiliser les indigènes qui n’ont aucun pouvoir, plutôt que les politiser, les organiser pour qu’ils améliorent leurs vies, c’est les enfermer dans la position de coupable de petits gestes polluants en détournant l’attention de leurs intérêts immédiats et des premiers responsables : le capitalisme et l’Etat.  L’Etat a bien plus de pouvoir que les acteurs locaux. C’est bien le choix de l’Etat de raccorder la RN10 à l’A12 qui a participé à dégrader la situation à Trappes. Les politiques du tout routier d’après-guerre ont mené à un étalement urbain. Cette explosion s’est faite au bénéfice des industriels de l’automobile et du BTP et au détriment des riverains, des terres ou du ferroviaire. Enfouir une route, c’est aussi beaucoup de béton, c’est-à-dire des gravats prélevés dans les lits des rivières, de l’acier pour construire les machines qui vont faire le pont, de l’énergie pour les faire fonctionner et transporter les matériaux. Tout cela a un énorme coût écologique. Ce projet de recouvrement est une fuite en avant de l’Etat. C’est une solution technique à un problème politique dont il est responsable. L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Énergie) a sans ironie mis en place un projet à Trappes : « Initiative pour une maternité apaisée (IMA) chaque semaine [… des] ateliers pratiques sur les perturbateurs endocriniens. Les crèches visent le label écolo-crèches (nettoyage vapeur, couches bio), 50 purificateurs d’air ont été installés dans les écoles ». Les résidus de combustion automobiles sont la cause de ces perturbations. En ne s’attaquant pas à la source de la pollution, le tout routier, l’Etat vend une politique d’adaptation aux nuisances. Les agendas des acteurs locaux indigènes sont différents, parfois contradictoire mais peuvent converger avec celui de l’Etat racial pour plusieurs raisons.

Trappes et ses habitants ne sont pas seulement ghettoïsés dans un environnement dégradé par l’Etat. Ils sont également la cible de campagnes racistes et répétées de la part du pouvoir. En voulant se protéger du harcèlement par une politique de respectabilité, en montrant une autre image, Banlieue Climat et Ali Rabeh poursuivent des politiques de respectabilité et d’aménagement mises en place par la gauche blanche dans les années 1990-2010.

Sous l’écologie : l’islamophobie moteur d’un apartheid.

Au niveau national Trappes est devenu un symbole pour les islamophobes, leur capital du djihadisme. La ville était gouvernée par le PCF, puis Génération-s, a compté entre 70 et 80 départs pour la Syrie. Nice, qui est gouvernée par l’aile droite de LR, en cumulait entre 100 et 150. La différence de couleur politique explique cette différence de traitement. Ali Rabeh, maire depuis 2020, est un proche de Benoit Hamon passé par l’UNEF. Il se fait régulièrement harceler par l’extrême droite : Bardella et Retailleau en tête. Soutien timide ou intimidé de la Palestine, depuis le 7 octobre 2023, il a attendu la décision de la CPI de mai 2024 pour se positionner publiquement en faveur de la Palestine. Il s’était déjà positionné en 2017 en faveur de la reconnaissance de l’Etat palestinien. En 2022, il s’était positionné en faveur de Mélenchon au premier tour. Il a par ailleurs défendu Mélenchon contre Jérôme Guedj face à ses accusations en antisémitisme. Au niveau local, il a été pris dans une affaire de triche électorale en distribuant des masques avec sa photo lors de la pandémie de COVID-19. Le tribunal avait annulé son élection, mais a été réélu. Pour les municipales de 2026, il semble partir avec le PS et éventuellement le PCF, il fera face à son ancienne collaboratrice Dalale Belhout (LFI soutenue par EELV et éventuellement le PCF) et Aïcha Borges (Renaissance). Malgré la mort d’Abdoulaye Ly le 9 octobre 2024 en maison d’arrêt à cause de négligences, à priori, graves de l’administration Ali Rebah a rendu un hommage tout aussi timide que son soutien à la Palestine, à l’inverse de Dalale Belhout qui s’est montrée bien plus offensive en pointant les manquements de l’Etat. Cela peut s’expliquer par sa position de maire de Trappes déjà sous les projecteurs de l’extrême droite, par ses alliances aux municipales et son orientation idéologique hamoniste. Derrière ce bon soupçon, il y a aussi la réalité locale. En février 2025 Sandrine Gandgambe proche adjointe d’Ali Rebah a mené une offensive islamophobe contre le club de Basket afin d’y interdire le port du voile par les joueuses devançant Bruno Retailleau et son « à bas le voile ». Génération-s est et reste une engeance du Parti Socialiste.

Cette séquence politique locale et nationale n’est pas un simple arrière-plan : elle conditionne la politique à Trappes. Placée sous surveillance médiatique et politique permanente, assignée au rôle de territoire problématique, islamisé et dangereux, la municipalité évolue dans un espace de contraintes particulièrement étroit, mais aussi avec d’énormes possibilités pour confronter le racisme d’Etat. Trappes est une ville majoritairement indigène où le soutien à la Palestine est très fort. Sous le feu des projecteurs la timidité d’Ali Rabeh sur la Palestine ou la mort d’Abdoulaye Ly signe une capitulation, voire accompagne le racisme d’Etat.  Dans ce contexte, l’écologie apparaît comme un terrain politiquement moins risqué pour la municipalité, un langage de respectabilité républicaine et de bonne gouvernance permettant en apparence à la ville de se défendre symboliquement face aux attaques racistes et sécuritaires, tout en restant compatible avec les attentes islamophobes de l’État, celles du Grand Paris et des partenaires institutionnels. Mais ce déplacement a un coût : en se constituant comme une municipalité qui accompagne l’islamophobie, elle neutralise et humilie ses habitants indigènes, leurs aspirations à vivre dans la dignité en tant que musulmans, en plus de leur imposer une politique d’aménagement qui va contre leurs intérêts. En rejetant les aspirations à la dignité, pas seulement matérielle, mais aussi affective cette écologie raciale amplifie les dynamiques de ségrégations et mènera à l’apartheid.

Conclusion

Penser l’environnement dans les quartiers à partir d’un point de vue décolonial conduit à rompre avec l’illusion d’une écologie consensuelle, pédagogique ou simplement technique. « L’écologie populaire » vendue par la mairie de Trappes n’est pas née d’un souci abstrait pour la nature, mais d’un rapport social profondément inégal à l’espace, à la santé et au pouvoir dans un Etat islamophobe. La pollution, le bruit, les maladies et la dégradation du cadre de vie ne sont pas des accidents : ils sont le produit direct de choix économiques et politiques précis, historiquement situés, qui ont fait primer les intérêts industriels, métropolitains et routiers sur les corps indigènes. Le recouvrement de la RN10 illustre parfaitement cette contradiction. Présenté comme une réparation écologique, il constitue avant tout une opération de gestion des nuisances, et non de suppression de leurs causes afin d’accueillir une population plus riche et plus blanche. L’État ne remet pas en cause le modèle du tout routier, ni la dépendance à l’automobile, ni la logique métropolitaine qui fait de Trappes une zone de sacrifice environnemental. Il investit massivement dans le béton, le BTP et la requalification urbaine, tout en externalisant les coûts écologiques et sociaux sur les habitants eux-mêmes. Ce qui est réparé, ce n’est pas l’injustice environnementale, mais la valeur foncière et l’image du territoire dans la compétition métropolitaine. Dans ce cadre, l’« écologie populaire » promue à Trappes relève largement d’une écologie de l’adaptation. Elle demande aux indigènes de mieux respirer dans un air toujours pollué, de se protéger individuellement de nuisances collectivement produites, d’apprendre les « bons gestes » sans jamais pouvoir agir sur les décisions structurantes. Cette écologie morale, fondée sur la responsabilisation et la sensibilisation, fonctionne comme un instrument de dépolitisation : elle transforme les victimes de l’islamophobie d’Etat en gestionnaires de leur exposition à la pollution, et détourne l’attention de la responsabilité centrale du pouvoir. Derrière le verdissement du discours des politiques d’aménagements et la montée de l’islamophobie se joue ainsi une recomposition sociale et raciale de la ville. Nous assistons aujourd’hui à la mise en place d’un apartheid dont l’écologie peut-être un instrument. L’écologie devient un langage acceptable pour préparer la diversification sociale, attirer des classes moyennes ou supérieures blanches diplômées et rendre Trappes compatible avec les attentes du Grand Paris. Les indigènes sont sommés de prouver leur respectabilité écologique, dans un contexte où ils subissent déjà une stigmatisation raciste, sécuritaire et islamophobe permanente. L’écologie sert alors moins à transformer les rapports de production qu’à normaliser un territoire jugé déviant.

Hicham Mouaniss (membre de Paroles d’honneur)

 

*Illustration : Photo de Johnny Miller, série Unequal scene qui montre l’appartheid (environnemental) en Afrique du Sud.

Le programme!

7 février : Constats et analyses

10h/11h – Le féminisme libéral et civilisationnel : une définition

  • Mot d’ouverture d’Angela Davis
  • Françoise Vergès (militante décoloniale et féministe, autrice) – Lola Olufemi (black feminist, autrice et chercheuse – Londres)

11h/13h – De « mon corps mappartient » à « mon corps mon choix » : limpasse des mots dordre libéraux

  • Céder son corps à l’Etat ou pourquoi nos corps ne nous appartiennent pas – Mirabelle Thouvenot (militante)
  • Fascisme, civilisation et enrôlement des sexualités LGBT – Quentin Dubois (Trou Noir)
  • De Théodora à Léna Situations : Le prix à payer pour être une boss lady – Mariam Aguida (Paroles d’honneur)

14h/15h30 – Victimisation des femmes et impuissance politique

  • Féminisme, État punitif et Figure de la victime Elsa Deck Marsault (Cofondatrice de Fracas, autrice de « Faire justice. Moralisme progressiste et pratiques punitives dans la lutte contre les violences sexistes)
  • VSS : prioriser le symptôme ou s’attaquer à la cause ? Lila Mouhoubi (Faire bloc, faire peuple)

15h30/18h – Les hommes non blancs existent-ils ?

  •  Les hommes au « sexe-couteau » : à propos des paniques masculines blanches – Sous réserve
  • « Tu seras un homme » : les hommes non blancs ont-il le pouvoir d’honorer leur mandat de masculinité ? – Wissam Bengherbi (QG décolonial, doctorant)
  • Remettre les hommes non blancs (en général) et les femmes musulmanes (en particulier) à leur place – Rachida Data (militante décoloniale)
  • Parler à la place des hommes non blancs – Louisa Yousfi (QG décolonial, autrice)

19h/21h – Légitimer la guerre au nom des femmes et des minorités sexuelles

  • Actualité du fémo et de l’homonationalisme à l’échelle de l’Occident – Sara Farris (maître de conférences, université Goldsmiths – Londres)
  • Antimilitarisme et féminisme : des héritages minoritaires à réactiver – Déborah Brosteaux (docteure en philosophie – ULB, auteure de « Les désirs guerriers de la modernité »)
  • Contre la normalisation « féministe » avec Israël – Inès Jabrane (militante Attac CADTM Maroc)
  • Au nom des femmes juives : Propagande et instrumentalisation des VSS dans le contexte colonial israélien – (militante Tsedek)

21h : DJ set

8 février : Que faire ?

11h/13h – Les leçons du mouvement et du féminisme décolonial

  • Le collectif plutôt que l’individu – Lissell Quiroz (professeure d’études latino-américaines, féministe décoloniale et productrice du podcast N’autre Histoire)
  • Victoire de Mamdani ou la victoire du féminisme socialiste  Titthi Bhattacharya (professeure Purdue University, auteure de « féminisme pour les 99 % ») 
  • Grand remplacer le féminisme libéral : Perspectives décoloniales et stratégies politiques – (Urgence Palestine) et (militante Tsedek)
  • Figures politiques du féminisme libéral et contre-attaque décoloniale – Sabrina Waz (Paroles d’honneur)

14h/17h – Les femmes des classes populaires en général et non blanches en particulier font-elles des enfants pour les envoyer à la guerre 

  • Rachel Kéké (militante syndicale et ancienne parlementaire FI)
  • Collectif de défense des jeunes du Mantois – Sous réserve
  • Coordination féminine de lutte contre l’islamophobie – Nadia Meziane

17h/18h – Une réponse féministe et décoloniale à l’agenda guerrier

  • Pour combattre le progressisme libéral au sein de la gauche de rupture, il nous faut un féminisme stratègesous réserve
  • Solidarité avec le peuple palestinien indivisible : il faut arrêter de choisir ses victimes – Rima Hassan (Députée européenne FI, Palestinienne)
  • Pour une paix révolutionnaire : Guerre à la guerre ! Françoise Vergès (militante décoloniale et féministe, autrice)

L’empire, le sionisme et la guerre populaire : penser la révolution palestinienne

L’entretien qui suit s’appuie sur les recherches doctorales de Patrick Donovan Higgins, récemment diplômé de l’université de Houston. Sa thèse, People’s War: The United States, Palestine, and the Palestinian Revolution (1946–1982), constitue une contribution majeure aux études palestiniennes et à l’analyse critique de l’impérialisme américain. S’inscrivant dans une perspective matérialiste et de longue durée, Higgins y explore la manière dont l’Empire américain s’est progressivement substitué à l’Empire britannique au Moyen-Orient, en s’appuyant sur le sionisme comme vecteur de continuité impériale. À rebours des approches centrées sur les seules relations israélo-palestiniennes, sa recherche replace la lutte palestinienne dans le contexte élargi de la guerre froide et des guerres de libération nationale, en s’inspirant notamment des exemples chinois, vietnamien et algérien.

Sa thèse analyse minutieusement la stratégie de « guerre populaire » adoptée par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) entre 1968 et 1972, période où les fedayīn tentèrent d’articuler lutte armée, réforme sociale et production théorique. À travers un riche corpus de sources arabes, peu exploitées jusqu’ici (archives du Palestine Research Center, presse révolutionnaire arabe, textes du FPLP et du FDLP, etc.), Higgins montre comment les révolutionnaires palestiniens ont compris, théorisé et affronté la nature spécifique de l’impérialisme états-unien, bien au-delà de la seule domination militaire ou diplomatique. Il s’agit pour lui de restituer la rationalité propre de la résistance palestinienne, souvent caricaturée comme irrationnelle ou désespérée, et de démontrer la profondeur stratégique, organisationnelle et intellectuelle de ce mouvement.

Dans l’entretien ci-dessous, Higgins revient sur les principaux apports de sa thèse : la transmission impériale entre le Royaume-Uni et les États-Unis via le projet sioniste, la centralité du prolétariat réfugié dans les révolutions arabes, le rôle de la guerre populaire comme forme d’organisation sociale, les circulations de savoirs stratégiques entre gauches marxistes et formations islamistes, et les limites de la prétendue rupture entre Israël et Washington. En ces temps de crise régionale majeure, il offre une lecture d’une rare acuité sur les origines, les continuités et les contradictions du moment impérial actuel.

1- Votre thèse de doctorat débute en 1945, juste après Hiroshima. Pourquoi avoir choisi ce moment ? Que révèle, selon vous, cette explosion nucléaire sur le nouveau visage de l’impérialisme ?

J’ai commencé mon travail au moment d’Hiroshima, car ce sujet était fréquemment et largement abordé, dans les années 1940, dans la presse palestinienne en lien avec les États-Unis — des journaux tels qu’Al-Difa’, Filastin, Al-Wahda, Al-Sha’ab, Al-Ghadd, Al-Ittihad et d’autres encore. Certains de ces journaux fonctionnaient de manière autonome, tandis que d’autres entretenaient des affiliations politiques explicites : Al-Ghadd et Al-Ittihad, par exemple, étaient liés au Parti communiste de Palestine ainsi qu’à une scission de celui-ci, la Ligue de libération nationale en Palestine.
Je n’avais, au départ, aucune intention, ni prémonition, de traiter les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki comme objet d’analyse ; j’ai simplement essayé de me laisser guider par ces écrivains, journalistes, militants et scientifiques palestiniens.
Souvent, au cours de cette recherche, j’ai aussi consulté des sources américaines et onusiennes, soit pour vérifier des événements mentionnés dans les sources arabes, soit pour comprendre la pensée subjective du côté impérial — celui de la contre-révolution.

Parcourir les archives arabes fut une expérience d’un tout autre ordre, pleine de surprises : j’étudiais, en quelque sorte, ma « propre » société et mon « propre » passé à travers une autre langue et une autre société, à la fois géographiquement éloignée et historiquement décalée par rapport à la mienne. Ce décentrement m’a permis d’apprendre beaucoup de choses sur l’empire américain qui ne sont pas accessibles à travers les sources produites aux États-Unis ou en langue anglaise. Une partie essentielle de mon travail de chercheur consistait à garder l’esprit ouvert et à me laisser surprendre.

En situant ma chronologie à la fin des années 1940, je m’attendais à trouver des références au Comité anglo-américain et à d’autres commissions préliminaires responsables de la Nakba. Je ne m’attendais pas, en revanche, à trouver une telle insistance sur Hiroshima et Nagasaki. Mais, d’une certaine manière, cela se comprend : cet événement, bien plus que la fin de la guerre elle-même, avait captivé l’attention des intellectuels palestiniens à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les bombardements atomiques représentaient une nouvelle échelle de la « mort venue du ciel », capable de raser des villes entières en une seule manœuvre foudroyante.

Dans l’ensemble de la pensée palestinienne, il était bien compris que l’ère de la domination mondiale britannique touchait à sa fin et qu’une nouvelle époque, dirigée par les États-Unis, était en train d’émerger. Par conséquent, la « question palestinienne » allait désormais tomber entre les mains des Américains. Hiroshima et Nagasaki donnaient-ils déjà des indices sur la manière dont ils traiteraient cette question ?

Les communistes palestiniens, liés directement à Moscou, méprisaient naturellement l’impérialisme japonais, tout comme le fascisme allemand et italien. Mais, à la lumière des bombardements atomiques, quel type de « libération » les Américains proposaient-ils vraiment, surtout aux petites nations ? Leur solution pour la Palestine n’impliquait peut-être pas une destruction nucléaire littérale, mais elle n’en comportait pas moins une destruction sociale totale.

La Nakba devint, tout comme Hiroshima et Nagasaki, un moment fondateur de l’empire américain, montrant que le nouveau hégémon disposait d’une variété de moyens pour anéantir des sociétés : des bombes atomiques, certes, mais aussi des milices supplétives, telles que les gangs sionistes déchaînés en Palestine.

Les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki sont restés présents dans la mémoire palestinienne à travers les générations, bien après que les partis dominants de la vie politique palestinienne ont changé. Ainsi, le numéro 184 du journal du Front populaire de libération de la Palestine, Al-Hadaf, publié le 1er juin 1973, consacra un article au sabotage par Nixon des négociations de paix de Paris avec le Nord-Vietnam ; le titre affirmait que les États-Unis « misaient sur les résultats de la destruction de l’environnement et de la société [vietnamienne] ».

L’article commençait par un rappel historique des bombardements atomiques de 1945 au Japon et de leurs conséquences sur la population : cancers, tuberculose, « tumeurs malignes et atteintes non seulement chez les enfants des victimes, mais aussi chez leurs petits-enfants ». En arrière-plan du texte figurait, en filigrane, une illustration d’un champignon atomique accompagnée de la mention, en anglais : “Hiroshima, 1945”. Le message était simple : voilà comment les États-Unis poursuivent leurs objectifs. Les échos dans Gaza aujourd’hui sont impossibles à manquer.

2. Vous parlez d’une « transmission » de l’empire, de la Grande-Bretagne vers les États-Unis. Diriez-vous que le sionisme a constitué un fil conducteur entre les deux ?

Absolument ! C’est précisément cette idée que je voulais faire passer, donc je vous remercie de l’avoir formulée ainsi. Le projet sioniste a permis, à deux périodes très différentes de l’histoire mondiale, aux empires britannique et américain d’externaliser une partie des coûts liés à l’accumulation primitive et à la militarisation en Asie occidentale, en s’appuyant sur le Mouvement sioniste mondial. En 1948, bien avant la création officielle même de l’État d’Israël, le projet sioniste en Palestine avait déjà été irrigué par des capitaux venus de différentes sources à travers l’Europe occidentale, les États-Unis et d’autres régions, sur plusieurs décennies : l’Organisation sioniste mondiale, le Fonds national juif, le Jewish Colonial Trust, la Banque anglo-palestinienne, ou encore l’Association juive de colonisation en Palestine d’Edmond de Rothschild. Les autorités du mandat britannique ont activement soutenu ce processus, lançant des appels d’offres dans le secteur minier, notamment pour des figures comme l’ingénieur russe sioniste Moshe Novomeysky, qui collabora avec des ingénieurs britanniques tels que le Major Thomas Gregory Tulloch pour créer un consortium devenu ensuite la Palestine Potash Company. Celle-ci se transforma, après la création d’Israël, en Dead Sea Works, un acteur majeur des industries israéliennes des cosmétiques et des engrais. Le conseil d’administration et le département marketing étaient basés à Londres, et ses actionnaires comptaient des Britanniques non juifs. Dès 1929, ses directeurs étaient des sionistes américains, comme Felix Warburg et Bernard Flexner.

Il y avait bien des tensions dans la politique britannique quant à la relation de l’Empire au projet sioniste, mais cet exemple montre bien comment, dès les années 1920, le mouvement sioniste s’était intégré organiquement aux logiques d’accumulation britanniques et américaines dans le monde arabe. Ainsi, lorsque les États-Unis se trouvèrent en mesure, sur les plans militaire et financier, de supplanter l’Empire britannique à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Yishouv — les colonies sionistes pré-1948 sur lesquelles Israël allait s’étendre — disposait déjà d’une expertise technique d’élite. Face à la nécessité stratégique de construire un périmètre de sécurité antisoviétique autour de la Méditerranée, avec des ressources internes limitées, les États-Unis n’avaient aucun intérêt à démanteler l’infrastructure industrielle et militaire déjà en place à ce point de jonction entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe.

C’est cela, au fond, que signifiait la décision de partage de l’ONU, menée par les États-Unis. La guerre de 1948, la Nakba, la « crise des réfugiés » : autant de risques que l’empire américain d’après-guerre était prêt à assumer pour empêcher la création d’une Palestine unifiée et nationaliste arabe. La colonisation de la Palestine et la création d’Israël ont été des éléments constitutifs de la puissance américaine telle que nous la connaissons aujourd’hui. Et au vu de la gravité de la crise que la rébellion palestinienne fait désormais peser sur l’empire, le choix de soutenir le sionisme pourrait bien finir par le défaire.

3- Pourrait-on dire que la Palestine a servi de laboratoire pour la stratégie contre-révolutionnaire des États-Unis ?

La Palestine est devenue un véritable point de passage dans le développement de programmes contre-révolutionnaires — ce qui signifie que certaines techniques y ont été exportées, tandis que d’autres y ont été importées.

Tout d’abord, le mouvement sioniste a fourni un modèle particulièrement puissant de formation et de recrutement de ce que nous appelons aujourd’hui des « escadrons de la mort ». Surtout après la conférence de Baltimore en 1942, le mouvement sioniste s’est de plus en plus appuyé sur les États-Unis, les considérant comme sa principale base d’opérations, son centre stratégique, plutôt que sur la Grande-Bretagne ou la Russie, qui avaient été ses pôles organisationnels et financiers principaux durant le demi-siècle précédent. Des dirigeants sionistes de premier plan, comme Chaim Weizmann, ont alors détourné leur attention de Londres pour se tourner vers Washington, sollicitant directement le soutien de responsables américains en faveur d’un « Commonwealth juif » en Palestine.

Comme l’a rapporté le journal palestinien Al-Sha’ab, des organisations sionistes achetèrent des espaces publicitaires dans la presse américaine afin de mener campagne contre les Arabes, insistant sur la nécessité d’envoyer des armes en Palestine au nom de la « légitime défense juive » et recrutant ouvertement des jeunes juifs étatsuniens pour rejoindre la Haganah. Les rédacteurs d’Al-Sha’ab, à l’image de nombreux journalistes palestiniens des années 1940, lisaient attentivement la presse américaine, et citèrent notamment un article du New York Post évoquant des cargaisons d’armes expédiées depuis des ports américains vers les milices sionistes en Palestine.

Ce type de réseaux logistiques rappelle les mécanismes ultérieurs de recrutement, aux États-Unis, pour des milices de droite : par exemple ceux du Afghan Services Bureau, actif au Al-Kifah Refugee Center sur Atlantic Avenue à Brooklyn, où de jeunes musulmans étaient encouragés à devenir des moudjahidines favorables aux États-Unis, chargés de saigner l’Armée rouge soviétique. Les cas des Contras au Nicaragua ou de la « Brigade 2506 » lors de l’invasion de la Baie des Cochons sont également éclairants à cet égard. Dans chaque situation, les autorités américaines ont toléré, encouragé, voire directement facilité l’activité militaire d’organisations d’émigrés dans le but de détruire, par attrition, un ennemi désigné : le nationalisme arabe en Palestine (et, plus récemment, en Syrie), ou le communisme en Afghanistan, au Nicaragua et à Cuba.

Plus largement connue aujourd’hui est l’innovation israélienne en matière de restriction des déplacements, ensuite transposée à la « frontière américano-mexicaine ». Dans les années 1960, Israël développa des clôtures métalliques dotées de capteurs électroniques pour empêcher les mouvements des Palestiniens qualifiés « d’infiltrés » ou de feda’yin. Ces barrières, écologiquement désastreuses, ont non seulement séparé des populations et bouleversé les communautés bédouines, mais également profondément perturbé la faune désertique. Aujourd’hui, après des décennies d’investissements américains dans la surveillance frontalière israélienne — entraînant capteurs au sol, drones, mitrailleuses télécommandées, systèmes de reconnaissance faciale, et même robots armés — on observe des effets similaires dans le sud-ouest de l’Amérique du Nord. Des tours de surveillance de 50 mètres de haut, conçues et construites par l’entreprise israélienne Elbit Systems, dévastent les territoires des communautés Hia Ced O’odham et Tohono O’odham.

Lorsqu’on examine précisément les trajectoires de ces technologies, on constate qu’elles suivent un circuit : souvent initiées au sein du Département de la Défense américain, exportées en Israël pour y être perfectionnées, puis réimportées ensuite aux États-Unis. Les programmes israéliens de reconnaissance faciale à finalité génocidaire et les systèmes de ciblage automatisés par intelligence artificielle ne sont en réalité que des prolongements du Phoenix Program — les opérations d’assassinats et de torture informatisées menées par le Pentagone lors de la guerre contre-révolutionnaire des États-Unis au Vietnam. Depuis longtemps, Israël constitue un maillon essentiel dans la chaîne d’approvisionnement contre-insurrectionnelle de l’empire américain : la plupart de ce qui y est « produit » repose sur un investissement initial américain, et rares sont les outils du répertoire étatsunien qui n’ont pas, à un moment ou à un autre, transité par Israël.

Les ressources combinées du Mouvement sioniste mondial ont offert aux États-Unis une infrastructure déjà existante autour de laquelle construire leur ordre régional en Asie occidentale. La relation ne s’est pas arrêtée là, elle n’a fait que s’étendre et se renforcer. Le Mouvement sioniste mondial continue de jouer un rôle central dans l’externalisation, par l’empire américain, de son temps, de ses investissements et, à travers Israël comme base opérationnelle, de sa maîtrise territoriale. Toutes ces ressources sont mobilisées pour répondre au problème fondamental de l’empire : la population — comment la neutraliser, l’enfermer, ou l’éliminer lorsqu’elle devient trop turbulente. Comme Ali Kadri nous l’a enseigné, une fois que des êtres humains sont jugés superflus à l’accumulation, leurs vies mêmes se transforment en source d’accumulation.

4- Vous insistez sur le fait que la révolution palestinienne a étudié l’empire américain comme un objet de savoir. En quoi cela constitue-t-il une contribution originale à la théorie anti-impérialiste ?

Avant tout, je voudrais dire un mot sur l’expression « la révolution palestinienne », afin de clarifier où m’ont mené mes réflexions et ma méthode à ce sujet. C’est une question que j’ai esquissée à plusieurs reprises dans ma thèse, mais qui est parfois restée obscure dans le texte, au risque de générer une certaine confusion conceptuelle. Mon projet a d’abord été conçu comme une enquête sur les perspectives palestiniennes vis-à-vis de l’impérialisme américain. Pour cela, je me suis plongé dans les journaux palestiniens, dans les documents issus d’organisations révolutionnaires palestiniennes, et dans les mémoires de combattants palestiniens.

Mais à mesure que j’avançais dans le temps, des années 1940 vers les décennies suivantes, et que je m’immergeais dans la vie révolutionnaire palestinienne, je constatais que la définition même de ce qui était « palestinien » — sur les plans ethnique, national et politique — devenait de plus en plus floue dans le contexte d’une révolution vécue, qui se fondait géographiquement et humainement avec les révolutions syrienne, libanaise, égyptienne, jordanienne ou irakienne. Pour retracer les origines du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), je me suis ainsi appuyé sur les écrits de Hani al-Hindi, Mohsen Ibrahim et Basil al-Kubaisi, respectivement Syrien, Libanais et Irakien, qui ont contribué à fonder, ou participé à, l’organisation qui précéda le FPLP : le Mouvement des nationalistes arabes (MAN), dont l’ancrage géographique et la portée théorique couvraient toute la région arabe, de l’Afrique du Nord à la péninsule arabique.

Dans les années 1950, les cadres de ce mouvement faisaient allégeance aux projets d’unification panarabes. Pour comprendre ces dynamiques, j’ai consulté les discours et écrits d’Égyptiens comme Gamal Abdel Nasser ou Mohammed Heikel. De nombreux membres de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) ont été formés politiquement et organisés dans le cadre du Parti socialiste arabe Baas, dont la vision était elle aussi régionale. Je découvre encore aujourd’hui des matériaux issus de l’« âge d’or » de la révolution palestinienne dans les années 1970, provenant d’organisations comme Al-Saïqa ou le Front de libération arabe — deux groupes qui furent autant les produits des révolutions syrienne et irakienne que de la révolution palestinienne.

Face à cette multiplicité de sources, je tiens à remercier mon directeur de thèse, Nathan Citino, qui m’a interpellé avec justesse : ai-je l’intention d’écrire uniquement sur les idées des réfugiés palestiniens à propos de l’impérialisme américain, ou bien sur l’affrontement plus large entre l’impérialisme américain et le révolutionnarisme arabe ? Je crois que j’ai désormais une réponse claire : c’est bien la seconde option.

Cela peut sembler un point technique ou académique, voire une digression scolastique, mais il me semble que cela a des conséquences profondes sur notre manière de penser l’histoire de la cause palestinienne, et sur la façon dont nous théorisons et construisons des stratégies autour d’elle, aujourd’hui comme demain. Cela touche directement à votre question : comment comprendre les apports palestiniens à la théorie anti-impérialiste.

La version la plus courante de ce qu’on appelle « la révolution palestinienne » commence avec la première opération feda’i en 1965, menée par Al-‘Asifa, la branche armée du Fateh. La révolution aurait, selon cette version, gagné son rôle d’avant-garde après la guerre de juin 1967, en rompant avec les régimes arabes dits « progressistes » pour emprunter une voie proprement palestinienne, puis en s’accélérant à partir de la bataille de Karameh en 1968. Cette lecture, que nous avons souvent héritée du Fateh sans toujours nous en rendre compte, donne à croire que la révolution n’a réellement commencé qu’après l’échec des armées arabes à la fin des années 1960. Certes, le mouvement des fedayins a grandi après 1967, mais je remets aujourd’hui en question le choix politique de sacrifier l’unité panarabe à une logique de recentrage purement palestinienne. La gauche palestinienne, dont beaucoup de figures venaient justement des luttes des années 1950 pour un État panarabe, laïc et socialiste — George Habash ou Nayef Hawatmeh (ce « Jordanien », si tant est que le terme ait un sens dans ce contexte) sortaient tous deux du MAN — s’est opposée à cette « palestinisation » étroite de la cause arabe. Les accords d’Oslo ont montré qu’un soi-disant « État palestinien indépendant », sans révolution et unification arabes à plus large échelle, ne serait guère plus qu’un ensemble de bantoustans assiégés.

Contrairement à la Palestine, les mouvements révolutionnaires arabes en Syrie, Irak, Égypte, Libye, Tunisie ou Algérie ont accédé, à des degrés divers, au pouvoir d’État, établissant des liens — parfois conflictuels, mais souvent productifs — avec le mouvement de libération palestinien. Il nous faut penser cette relation de manière dialectique : entre un mouvement de libération nationale qui a conquis l’État, et un autre qui ne l’a pas fait. La révolution chinoise n’aurait pas triomphé sans le soutien soviétique ; ni la révolution coréenne, ni la vietnamienne n’auraient réussi sans l’appui combiné de l’URSS et de la Chine. Derrière chaque guerre de libération courageuse, on trouve une puissance d’État qui soutient l’effort. Durant la guerre du Vietnam, l’Union soviétique fournissait à Hanoï des missiles, des radars, des conseillers techniques en masse, et bien d’autres choses. Il nous faut distinguer l’autonomie — un impératif noble et nécessaire — de l’autarcie, qui est illusoire.

Et cela nous ramène à votre question sur la production de savoir. Une partie significative des connaissances mobilisées par les fedayins a été rendue possible grâce aux républiques arabes. Par exemple, lors de la première opération d’Al-‘Asifa en 1965, qui visait à saboter le National Water Carrier d’Israël, la Ligue arabe — alors dominée par l’Égypte — avait depuis longtemps commandité, dès les années 1950, des études techniques précises, avec des ingénieurs, pour mesurer les pertes hydriques des pays arabes (en mètres cubes) au profit d’Israël dans le cadre de projets d’irrigation soutenus par les États-Unis. Grâce à ses journaux militants, le MAN diffusait ces données jusque dans la rue arabe.

Pour de nombreux intellectuels révolutionnaires arabes, y compris ceux du Palestine Research Center (PRC), le savoir n’était pas une fin en soi, mais un outil pour guider la conquête du pouvoir. Le PRC — qui soutenait des penseurs comme Mohammed al-Majzoub, Atef Suleiman, Joseph Mugghayzil ou Tahsin Bashir — proposait un modèle de production intellectuelle radicalement opposé à celui de l’université bourgeoise occidentale. Ces chercheurs utilisaient la théorie pour répondre à des questions concrètes, urgentes, liées à la libération et au retour palestinien. Ils analysaient sans relâche les médias américains comme le New York Times, considéré comme principal prescripteur du discours impérial ; ils menaient des études sociologiques sur les communautés arabes, juives et chrétiennes aux États-Unis, afin de comprendre comment les toucher ou les convaincre ; ils cartographiaient les réseaux médiatiques de la diaspora arabe pour mieux coordonner leurs messages. Ils traduisaient les analyses critiques de l’économie politique mondiale, en s’intéressant notamment aux économistes socialistes anglophones qui théorisaient le rôle du militarisme dans la reproduction des inégalités mondiales, comme Harry Magdoff ou la revue Monthly Review.

Les intellectuels de parti fonctionnaient de la même manière — non comme des penseurs isolés en quête de vérité personnelle, mais comme des cadres loyaux mettant leurs compétences au service des collectifs auxquels ils appartenaient. Ghassan Kanafani et Basil al-Kubaisi, tous deux membres du FPLP, assumaient simultanément des responsabilités en matière de propagande externe et de lutte idéologique interne. En tant qu’historien, al-Kubaisi a consigné l’histoire du mouvement : ce que nous savons aujourd’hui du MAN, nous le devons en grande partie à son travail. Son usage de l’université occidentale consistait à mobiliser ses ressources au profit du Parti, ce qui l’a toujours maintenu enraciné dans un mouvement de libération tiers-mondiste.

Quant à Kanafani, son article sur « L’alliance secrète entre l’Arabie Saoudite et Israël », désormais traduit en anglais, n’aurait probablement pas pu être écrit dans le cadre d’un poste universitaire occidental. Il ne s’agit pas ici de minimiser l’importance des intellectuels révolutionnaires partout dans le monde, y compris en Occident, mais de rappeler que leur activité devrait viser quelque chose de plus vaste qu’une carrière individuelle.

Ce que nous savons aujourd’hui sur les rouages et les effets de l’impérialisme américain dans les appareils de production du savoir, nous le devons en grande partie aux mouvements de libération nationale. La Palestine se distingue, avec la Corée, par le fait d’avoir été une des principales cibles de l’impérialisme américain après 1945 — et non de l’impérialisme britannique, portugais ou français. Pour continuer ce travail, aujourd’hui plus urgent que jamais, il nous faut reconnaître — et tenter de dépasser — un obstacle structurel : l’université bourgeoise monopolise le temps et les ressources des chercheurs, les enfermant dans des activités sans lien réel avec les grandes questions de notre temps. Des questions pourtant aussi simples — et vitales — que : qu’est-ce que l’impérialisme américain ? Comment fonctionne-t-il ? Et comment le vaincre ?

5- Le terme « anti-impérialisme » est aujourd’hui souvent vidé de sa substance. Quelles en sont, selon vous, les conditions de validité historiques et stratégiques ?

Sa validité — ou plutôt, j’oserais dire sa nécessité — au XXᵉ siècle découle du phénomène de développement mondial du capitalisme à la fois inégal et dissymétrique, phénomène qui a accéléré les inégalités déjà produites par des siècles de colonialisme. Ce problème d’inégalité mondiale n’est pas né au XXᵉ siècle : l’approfondissement des disparités entre nations est intrinsèque à l’expansion du système capitaliste à l’échelle globale, telle qu’elle fut rendue possible par l’entreprise coloniale.

Il y a bien eu dans l’histoire une version libérale de l’anti-impérialisme, fondée sur un registre principalement moral. Mais les formes les plus durables, les plus militantes et les plus rigoureuses théoriquement sont venues des marxistes, qui comprenaient que la relation d’exploitation entre nations riches et pauvres constituait un obstacle colossal à la révolution socialiste et à l’instauration d’une société communiste. Marx lui-même n’a fait qu’esquisser cette problématique, mais il l’avait clairement identifiée, notamment dans ses écrits sur l’Irlande, lorsqu’il observait que « la classe ouvrière anglaise ne pourra jamais accomplir quoi que ce soit tant qu’elle n’aura pas rompu avec l’Irlande [en tant que colonie] ». De son côté, Lénine a montré que le système mondial des États-nations était produit par, et fonctionnait comme un vecteur de, l’accumulation capitaliste, particulièrement efficace pour diviser la classe ouvrière le long de lignes nationales. Il qualifiait la relation entre impérialisme et « social-chauvinisme » de « question fondamentale du socialisme contemporain ».

Cette compréhension anima fondamentalement le grand débat de la première révolution socialiste victorieuse, souvent résumé à l’opposition entre les lignes dites « trotskiste » et « stalinienne » : « révolution permanente » ou « socialisme dans un seul pays » ? Pour le dire simplement, une nation socialiste isolée, contrainte par ses ressources limitées, sa position géographique, son climat, ses capacités agricoles et sa démographie, ne peut subvenir seule à tous les besoins essentiels de sa population. Elle demeure donc dépendante du commerce mondial dans un système dominé par les rapports capitalistes, et surtout vulnérable aux États hostiles cherchant à l’encercler ou à la détruire. Que doit alors faire une révolution prise dans les limites d’un seul pays ? Exporter immédiatement la révolution malgré des ressources limitées et un pouvoir encore précaire ? Ou bien renforcer d’abord sa capacité de défense interne, protéger la révolution nationale à court terme, et se tourner vers la révolution mondiale dans un second temps ?

Ainsi, pour les marxistes-léninistes, l’anti-impérialisme fut d’abord un devoir internationaliste, indispensable à la révolution communiste mondiale. Ce qui m’intéresse dans les mouvements de libération nationale du XXᵉ siècle, c’est qu’ils ont souvent inversé cet ordre : le socialisme est devenu le moyen de garantir l’anti-impérialisme. Ainsi, le Parti socialiste arabe Baas considérait la nationalisation de l’industrie comme un moyen de soustraire les ressources nationales au contrôle étranger (et capitaliste). Le regretté Domenico Losurdo a formulé cette divergence comme une fracture entre marxisme occidental et marxisme oriental : le premier part d’une aspiration universelle à l’internationalisme, le second d’un point de vue particulier, enraciné dans le nationalisme. Il faudrait, selon lui, que ces deux positionnements parviennent à se comprendre mutuellement afin de rendre possible un internationalisme réellement anti-systémique — c’est-à-dire échappant à toute récupération par l’impérialisme, notamment dans sa phase néolibérale (aujourd’hui moribonde) qui, dans les faits, a réduit en cendres tant de mouvements de libération nationale.

Lorsque j’emploie le terme « libération nationale » — et les mouvements de libération nationale furent au XXᵉ siècle l’âme même de l’anti-impérialisme — je pense à la définition donnée par Amílcar Cabral dans National Liberation and Culture : un phénomène historique déterminé, « l’expression politique organisée de la culture du peuple », dans son effort pour libérer les forces productives nationales de la domination étrangère. Cette définition implique que le processus de libération nationale se poursuit bien au-delà du moment où l’indépendance est officiellement obtenue. Dans son discours de 1966 devant la première Conférence tricontinentale des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine à La Havane, Cabral insistait très clairement sur le fait que les États nouvellement indépendants n’avaient que deux voies possibles : soit « la création d’États socialistes », soit le néocolonialisme, c’est-à-dire une recolonisation par procuration via une « pseudo-bourgeoisie locale » incapable de diriger le développement des forces productives, et donc inapte à constituer une véritable bourgeoisie nationale. La gauche occidentale a largement renoncé à soutenir les luttes de libération nationale après la chute de l’URSS — mais cela ne signifie pas que la libération nationale ait perdu sa pertinence.

L’impérialisme n’a pas disparu. Au contraire, l’impérialisme mené par les États-Unis au XXIᵉ siècle, désormais libéré du contrepoids nucléaire soviétique, s’est montré encore plus violent envers les petits États issus de ce qu’on appelait jadis le « Tiers-Monde ». Les inégalités mondiales se sont aggravées, et une part croissante du prolétariat est devenue réfugiée ou migrante — considérée comme superflue à l’accumulation, et de ce fait exclue de tout droit politique ou humain fondamental. Ces populations « en trop » sont produites par les attaques dirigées par les États-Unis contre les États post-indépendance, contre les mouvements de libération nationale, qu’ils soient ou non au pouvoir : de manière clandestine via des escadrons de la mort, et de manière assumée via sanctions, bombardements ou invasions militaires directes. Ces offensives annihilent le droit même à la révolution, tout en maintenant un cycle d’accumulation du déchet qui garantit la domination militaire de Washington. L’existence de cette menace permanente montre avec clarté que les luttes pour la souveraineté nationale sont — selon les termes de Cabral — des luttes visant à protéger les forces productives nationales de la domination étrangère, voire de leur destruction. La vérité difficile à admettre est qu’il ne peut y avoir de développement socialiste sans une capacité militaire apte à juguler l’agression armée des États-Unis.

La cause palestinienne se trouve au point de convergence de tous ces enjeux. L’invasion sioniste de la Palestine a permis la survie du colonialisme dans sa forme la plus directe — le colonialisme de peuplement — en le projetant dans un nouveau siècle. La Nakba qui en a résulté a créé des millions de réfugiés au Proche-Orient : catastrophe pour les Palestiniens, certes, mais aussi signe avant-coureur de ce que le système dirigé par les États-Unis réservait à l’humanité, à savoir la production de masse de populations sans État. Les révolutionnaires palestiniens ont montré la voie en définissant le droit au retour — c’est-à-dire le droit à la terre — comme un droit national. C’est pourquoi la Palestine incarne avec une acuité particulière la persistance de la pertinence de la libération nationale au XXIᵉ siècle, comme en témoigne la réponse oppressante à ce désir de retour : camps de concentration et méthodes d’extermination inédites. Dans ces conditions, alors que la majorité de la société israélienne soutient ou participe activement au génocide, qui oserait encore suggérer que les Palestiniens renoncent à la dimension nationale de leur lutte de classes, qu’ils abandonnent les armes ou qu’ils renoncent à leurs revendications territoriales ?

Je pose cette question de manière rhétorique, même si je dois reconnaître avoir parfois entendu l’idée rétrograde selon laquelle c’est l’adhésion palestinienne à la lutte armée qui aurait provoqué le génocide — comme si un État qui saisit l’occasion de commettre un génocide n’en avait pas déjà conçu l’intention. Au contraire, Gaza confirme ce que les révolutionnaires palestiniens ont toujours théorisé à propos de la nature du projet sioniste : qu’il s’agit d’une colonie de peuplement visant à éliminer la population paysanne en place pour s’emparer de ses terres. C’est cette vérité brute que l’opération Déluge d’al-Aqsa a révélée au monde, tout en exposant simultanément le rôle des États-Unis et de l’Union européenne, qui mobilisent des proportions sidérantes des ressources de leurs sociétés pour soutenir le génocide. Les syndicats en Espagne, en Italie et au Maroc — qui ont réussi à bloquer le passage de pièces d’armement israéliennes dans leurs ports — ont bien compris, et démontrent concrètement, l’actualité de l’anti-impérialisme pour le mouvement ouvrier. Ils bloquent l’expédition d’armes produites par le travail de leur propre classe, destinées à mutiler ou exterminer cette même classe ailleurs.

6- Vous montrez que les fedayīn ont mis en œuvre une stratégie de guerre populaire, mais qu’ils se sont également armés d’outils intellectuels. Que signifie, politiquement, « mettre le fusil sous le commandement du politique » ?

Une guerre populaire ne se résume pas à la violence. Elle suppose l’existence d’un parti d’avant-garde capable d’organiser les opérations — c’est-à-dire d’orienter la violence — vers des objectifs tactiques et stratégiques précis. L’organisation politique permet d’éviter que le surgissement de la violence ne dégénère en seigneurie de guerre, marquée par des querelles de clans pour le contrôle de petits fiefs, un scénario souvent utile à l’extraction impérialiste. La Syrie en fournit un exemple : le pays s’est fracturé selon des lignes confessionnelles, tandis qu’Israël exerce une souveraineté de facto presque sans opposition, contrôle l’espace aérien à sa guise et grignote toujours plus de territoire.

À l’inverse, une guerre populaire vise à instaurer ce que Lénine appelait un double pouvoir : construire une souveraineté populaire par les armes, entamer le travail de construction de la future société socialiste avant même la prise du pouvoir d’État. Dans ma thèse, je cite Fanshen, l’ouvrage classique de William Hinton, comme un exemple historique éclairant sur la manière dont une guerre populaire engendre et diffuse une révolution culturelle en pleine lutte anticoloniale. En Chine, les cadres armés — c’est-à-dire les membres du parti — consacraient une grande partie de leur temps à protéger et à encadrer les réformes agraires dans les zones qu’ils contrôlaient. Ils supervisaient les comités paysans, leur permettant d’exercer un pouvoir politique sur leurs anciens propriétaires, d’apprendre à évaluer la valeur des terres, à mutualiser les outils agricoles, les troupeaux, les récoltes, etc. Durant cette période, le Parti s’est construit méthodiquement : les membres étaient sélectionnés localement selon leur discipline, leur engagement, leur sens moral et leur dévouement au peuple. Quand les paysans ont vu et ressenti les transformations concrètes opérées dans leur vie, ils se sont profondément investis dans la réussite de la révolution. Une phrase du livre m’est restée en mémoire : celle d’une domestique contrainte par le passé de vendre son fils et de se vendre deux fois comme servante. Sa vie fut radicalement transformée par la révolution : « C’est comme si j’étais passée de l’enfer au paradis. »

Le journal Al-Hadaf diffusait régulièrement, parfois par traduction, parfois via des articles originaux, des analyses, récits et réflexions théoriques sur les guerres populaires en Chine, en Corée et au Vietnam, dans une langue claire et accessible. Le numéro 70 contenait une analyse comparative entre la « guerre spéciale » américaine et la guerre populaire vietnamienne. L’article y identifiait trois éléments essentiels à la victoire vietnamienne : la lutte armée ; la lutte politique populaire ; et la « poursuite constante de l’ennemi et l’incitation en son sein » — allant jusqu’à affirmer : « Parce que la lutte politique est la base de tout, nous devons commencer par l’étudier. » Cette lutte comprenait des manifestations, des grèves, des revendications, parfois des affrontements avec la police dans le bastion proaméricain qu’était le Sud-Vietnam, où, dès 1957, Ngô Đình Diệm déclarait qu’il était assis sur un « volcan » de mécontentement. Les protestations populaires, leur harcèlement constant des occupants, leurs slogans, ont significativement entravé l’effort militaire américano-vietnamien du Sud.

À partir de ces études, les partis palestiniens des années 1960 et 1970 ont compris qu’il était impossible de « patienter » jusqu’à la prise du pouvoir d’État pour commencer à transformer la société. Ils ont, dans certains cas, réussi, et dans d’autres échoué. En Jordanie, entre 1968 et 1970, ils ont pu, pendant un temps, centraliser l’activité antimonarchique sous le commandement politique d’urgence de l’OLP. Ils ont temporairement réuni les différentes factions de l’OLP, leurs milices respectives, les syndicats, les comités de femmes, les associations professionnelles. Par ce tissu de liens étendus dans la société palestinienne en Jordanie, ils ont articulé stratégiquement activité militaire et mobilisation de masse (grèves étudiantes, manifestations), déployant une diversité de tactiques qui ont conduit la monarchie jordanienne — et même les impérialistes américains qui la soutenaient — à un point de crise. Le 16 août 1970, près de 1000 étudiants, dirigés par des fedayīn en uniforme, incendièrent le Centre d’information des États-Unis et prirent d’assaut l’ambassade américaine pour protester contre la visite de Joseph J. Sisco, sous-secrétaire d’État américain pour le Proche-Orient et l’Asie du Sud. Sa venue — censée liquider la lutte armée palestinienne — fut annulée, et un mois plus tard, ce furent des porte-avions que Washington dépêcha à la place.

En somme, les fedayīn réussirent à créer les bases d’une guerre populaire. Mais selon la critique de certaines factions de gauche, ils échouèrent à intégrer réellement la population de la rive Est du Jourdain (les « Jordaniens ») dans leur projet, à leur offrir des transformations concrètes. Cela permit au roi d’intervenir avec un discours démagogique. Comme l’a souligné le FDLP, cette propagande avait un certain poids : de nombreux paysans de la rive Est dépendaient encore de la monarchie pour l’irrigation. Le FDLP critiquait la « palestinisation » de la révolution, qui donnait l’impression que le destin palestinien était séparé de celui des Jordaniens ; il aurait fallu un enracinement plus profond dans la classe ouvrière jordanienne. À la base, donc, une guerre populaire est une bannière de la lutte des classes, et elle est, par nature et par essence, une théorie communiste. Cela ne signifie pas que ses éléments ne peuvent être repris par des formations non-communistes. Par exemple, les combattants de base des Brigades Al-Qassam à Gaza appartiennent par leur destin au prolétariat et à la paysannerie — le mot « réfugié », dans ce contexte, désigne fondamentalement un paysan arraché à sa terre. En luttant pour la libération et le retour, les réfugiés palestiniens luttent pour leur droit à cultiver la terre, à faire pousser pastèques, oranges, olives, tomates — ce qui devient impossible dans une bande de Gaza enclavée, sans eau, sans engrais, sans nutriments. D’une certaine manière, les Brigades Al-Qassam sont militairement plus efficaces que les fedayīn d’autrefois.

Mais dans mon récent article Acts of Return: How the Al-Aqsa Flood Shattered the US Fantasy of ‘Full Spectrum Dominance’, j’ai voulu insister sur les transmissions de savoir entre les anciennes formations de gauche et les groupes islamiques actuels comme le Hamas, Ansar Allah ou le Hezbollah. L’opération Déluge d’Al-Aqsa, et la bataille qui se poursuit, auraient été impensables sans les innovations antérieures de la gauche. C’est une des raisons pour lesquelles je rejette la politique de la mélancolie et de la nostalgie au sein de la gauche : la gauche arabe a-t-elle « échoué » ? Ou bien a-t-elle échoué en certains points, et réussi en d’autres ? Tout dépend de l’instant où l’on arrête la chronologie — et de l’attention que l’on porte à la trajectoire globale du mouvement national palestinien et arabe. La lutte continue.

Mon objectif, en soulignant ces liens entre passé et présent, n’est pas de confondre les projets marxistes-léninistes et islamistes. Au fond, la guerre populaire vise à ouvrir un chemin vers la république socialiste anti-impérialiste. Ici, les syndicats et coopératives paysannes ne sont pas de simples « avantages sociaux » : ce sont des organisations de combat, qui enseignent au peuple l’art de s’organiser. En tant que mode d’organisation sociale, le Parti marxiste-léniniste détient et protège l’État au nom des collectifs et des syndicats. Il le fait en ordonnant à l’armée populaire d’engager des nationalisations stratégiques ; en armant et formant les coopératives en prévision d’une possible restauration bourgeoise ou d’une attaque impérialiste ; en dirigeant l’éducation populaire et les médias ; en planifiant centralement la répartition et l’usage des ressources de l’État (y compris la terre), via des comités locaux du Parti ; et en posant des restrictions de classe dans le processus électoral par une assemblée populaire. Ces comités locaux doivent élire un Comité central chargé de nommer le secrétaire général et le chef militaire — un agencement conçu pour subordonner le pouvoir militaire à la direction politique du Parti. Ainsi, lorsque la souveraineté nationale est enfin acquise, ces fonctions essentielles auront déjà été mises en œuvre au fil de la guerre de libération nationale.

Évidemment, l’OLP, en tant que « gouvernement en exil », n’était pas un Parti marxiste-léniniste. Mais en tant qu’organe fédérateur, elle incluait des partis marxistes-léninistes dans sa branche législative élue, le Conseil national palestinien. Les désaccords entre partis sur la direction politique et même la structure de l’OLP ont indéniablement contribué au manque de coordination militaire, comme cela a été souligné dans les autocritiques de certaines factions.

7- Vous évoquez des contradictions internes au sein de l’alliance États-Unis–Israël. S’agit-il de véritables lignes de fracture, ou sont-elles exagérées ?

La réponse courte, c’est que ces fractures sont exagérées. Je dirai d’abord quelques mots sur la manière dont ce sujet est abordé historiquement dans ma thèse, avant d’offrir quelques réflexions sur ce qui se passe actuellement dans le monde.

Dans le cinquième chapitre de ma thèse de doctorat, intitulé « Tout le pouvoir à la Résistance : guerre populaire en Jordanie, 1968-1972 », je décris la situation de 1970, alors que les États-Unis étaient embourbés dans une guerre majeure au Vietnam. La guerre populaire en Jordanie mettait l’hégémonie américaine à rude épreuve, testant les limites de sa capacité à encaisser la pression. Les États-Unis avaient alors besoin d’Israël, et surtout — à ce moment précis — du régime réactionnaire jordanien, pour mener à leur place une guerre contre une révolution. De là m’est venue une question, née du croisement entre mes lectures sur l’année 1970 et les événements de 2023 : que se passerait-il si les États-Unis ne pouvaient plus compter sur Israël ni sur les régimes arabes réactionnaires pour écraser les révolutions en Asie occidentale ? Que deviendrait alors leur soutien à Israël dans un tel contexte ?

Pour approfondir cette question, j’ai étudié un article d’Arghiri Emmanuel intitulé « Le colonialisme de peuplement blanc et le mythe de l’impérialisme d’investissement », qui prolonge les thèses de son grand œuvre, Échange inégal. Il s’agit là d’une tentative rare de théoriser la fonction du colonialisme de peuplement dans le système impérialiste moderne. Emmanuel évoque Israël, mais l’article reste essentiellement abstrait du cas israélien, s’appuyant plutôt sur l’exemple du Congo. Il y avance que, dans ce cas, les monopoles étaient suffisamment opposés au protectionnisme radical du bastion colonial katangais pour mobiliser, via l’ONU et d’autres institutions supranationales, un soutien — certes temporaire — au mouvement d’indépendance anticolonial… jusqu’à ce que Patrice Lumumba se rapproche trop de l’Union soviétique. Une telle contradiction pourrait-elle à terme provoquer la chute d’Israël ?

Il est vrai qu’un désaccord stratégique existe entre Israël et les États-Unis sur la voie à suivre : faut-il sauver ce qui reste de la légitimité internationale d’Israël et de ses relations commerciales mondiales, ou bien accélérer sans retenue les agressions et les annexions territoriales ? Ce débat apparaît publiquement, par exemple lorsque Netanyahu appelle à faire d’Israël une « super-Spartiate » autarcique, et que Yair Lapid lui répond : « L’isolement n’est pas une fatalité. » Ou encore lorsqu’on lit dans The New York Times — dont nombre de cadres dirigeants ont des liens étroits avec Israël — des lamentations sur la fin du « pari fantastique de la mondialisation » fait par Israël. Mais malgré tout cela, la relation unique qu’entretient Israël avec les États-Unis, combinée à la puissance unique que les États-Unis exercent dans le monde aujourd’hui, jette un sérieux doute sur la pertinence du schéma d’Emmanuel.

En analysant les fondements de la puissance sioniste, le FPLP a formulé une position qui n’a pas été dépassée depuis : quatre entités organiquement liées composent le camp ennemi — Israël, le Mouvement sioniste mondial, l’impérialisme mondial « dirigé par les États-Unis », et la réaction arabe « représentée par le féodalisme et le capitalisme. » Il faut, disait le FPLP, garder une « vue claire de toutes les composantes de ce camp », tout en reconnaissant que, compte tenu « des liens qui les unissent, notre ennemi principal et véritable est l’impérialisme mondial », dont la réaction arabe n’est qu’une excroissance, et Israël, une base. En d’autres termes, bien que ces éléments soient interdépendants, c’est l’impérialisme mondial qui les cimente.

Je me permets ici une remarque personnelle, fondée sur des impressions partielles : la gauche antisioniste a souvent, ces deux dernières années, semblé s’éloigner de cette analyse. Cela s’explique peut-être par la démesure théâtrale de la répression sioniste, ou par l’apparente incapacité de Washington à poser la moindre limite aux plans d’annihilation d’Israël — autant de signes qui donnent l’impression que les « sionistes » auraient « détourné » la politique américaine. Mais si l’on observe les États-Unis dans la longue durée, comme colonie de peuplement devenue empire mondial, on comprend que ces phénomènes s’inscrivent pleinement dans leur trajectoire. Cela permet de maintenir une thèse fondamentale : dans la lutte pour la Palestine, l’impérialisme dirigé par les États-Unis reste l’ennemi principal et structurant.

Aujourd’hui, le sionisme constitue un point de consensus parmi les planificateurs de l’impérialisme états-unien. Comme je l’ai dit dans une conférence donnée récemment pour le cours « Understanding Zionism » organisé par le Palestinian Youth Movement–NYC au People’s Forum, l’unité organique entre l’impérialisme US et le sionisme est telle que : être impérialiste américain, c’est être sioniste ; être sioniste, c’est être impérialiste américain. Il n’existe plus d’impérialisme qui serait extérieur au sionisme. Certains en caressent encore le fantasme — souvent des critiques de droite d’Israël ou du sionisme — mais cette configuration n’a pas d’existence réelle aujourd’hui.

Quelques éléments historiques permettent de mieux comprendre. Les États-Unis ont commencé comme un empire territorial, fondé par des colons avides d’expansion vers l’Ouest. Depuis leur fondation, les États-Unis ont toujours résolu leurs crises internes en cherchant de nouveaux « fronts pionniers. » La vision du monde des premiers colons de la Nouvelle-Angleterre baignait dans un sionisme protestant hérité de la propagande des croisades : les autochtones d’Amérique furent assimilés aux « Sarrasins » du Moyen-Âge. Après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte géopolitique nouveau, les organes du sionisme juif ont pris de l’ampleur et accru leur influence aux États-Unis. En bref, à mesure que l’empire américain s’est appuyé sur le Mouvement sioniste mondial et sur Israël pour lancer ses offensives et ouvrir de nouveaux fronts en Asie occidentale, il a massivement investi dans les figures et institutions sionistes — juives, chrétiennes ou autres — au point qu’une part croissante de la classe dirigeante US a fini par lier son sort à celui du projet sioniste.

Cela permet de tirer deux conclusions. Premièrement, le cœur colonial du projet états-unien, historiquement porté au sionisme, constitue bien plus qu’un simple « lobby : le sionisme en est l’expression idéologique « authentique », issue de la classe fondatrice du pays, de ses héritiers politiques — parfois même biologiques. Deuxièmement, à partir des années 1970, à mesure que les fronts d’expansion du capitalisme américain se refermaient, notamment en Asie orientale du fait des révolutions communistes, les États-Unis ont investi massivement dans Israël et le projet sioniste pour créer une colonie de peuplement militarisée capable d’ouvrir de nouveaux fronts par la force. Israël continue de remplir cette fonction. Il suffit d’observer ce qui s’est passé récemment en Syrie, après des années d’attaques d’usure israéliennes. La désintégration de la Syrie a ouvert de nouveaux marchés, mais aussi son espace aérien aux frappes US-israéliennes contre l’Iran. Et le fait de sous-traiter les opérations en Asie occidentale au commandement militaire israélien permet à l’armée américaine de se concentrer sur d’autres fronts dans l’hémisphère occidental — comme c’est le cas actuellement avec les offensives contre le Venezuela et Haïti.

C’est ce contexte historique qui explique l’hystérie actuelle des classes dominantes face à la montée de l’antisionisme. Il suffit de considérer Israël comme leur « propriété » pour comprendre que tout mouvement de désinvestissement équivaut à une expropriation, et que l’antisionisme prend ainsi une valeur de position révolutionnaire. Cela signifie qu’Israël et le sionisme sont devenus, pour l’empire états-unien, un enjeu à somme nulle, une question de tout ou rien. En somme, tout retrait américain d’Israël coïnciderait probablement avec un retrait militaire général de toute la région, ce qui signerait très probablement la fin de l’empire mondial tel que nous le connaissons.

Les impératifs qui découlent d’une telle conclusion sont plus faciles à formuler qu’à réaliser. Mais une chose est claire : à l’échelle mondiale, les fronts de bataille devront se multiplier. Et cela, on peut déjà dire que c’est en train d’advenir.

Palestine : quand l’horizon efface le chemin – Réponse à Révolution Permanente

Palestine : penser la stratégie, au-delà des évidences militantes

La Palestine n’est pas seulement le nom d’une injustice historique ni celui d’une résistance qui force l’admiration. Elle est aussi, depuis plusieurs décennies, le lieu d’un problème politique non résolu : celui de la stratégie de libération. La persistance de l’occupation, la fragmentation territoriale, la division institutionnelle palestinienne et l’isolement régional ne peuvent être expliqués uniquement par la violence et la puissance de l’ennemi. Ils obligent à interroger la manière dont la lutte elle-même a été pensée, organisée et orientée.

C’est dans ce contexte qu’a été publié récemment, sur le site de Révolution Permanente, un article intitulé « Palestine : quelle stratégie pour la libération ? ». Le texte a le mérite de poser frontalement une question trop souvent évacuée à gauche. Il identifie avec justesse plusieurs impasses réelles : la faillite d’Oslo, la subordination aux régimes arabes, l’épuisement de certaines formes de lutte et la nécessité de rompre avec toute illusion institutionnelle. Mais en prétendant tirer de ces constats une orientation stratégique, l’article tend à substituer à l’analyse concrète des rapports de forces une série d’affirmations de principe : indépendance de classe énoncée abstraitement, appel à une révolution régionale conçue comme horizon général, et disqualification implicite des formes existantes de résistance palestinienne.

Le problème n’est pas ici l’excès de radicalité, mais plutôt l’orientation parfois schématiquement gauchiste du texte : la confusion entre la justesse d’un principe et la construction d’une stratégie ; le refus de penser les médiations, les fronts, les phases et les contradictions internes d’une lutte réelle ; la tentation de se placer en surplomb du mouvement existant plutôt que de travailler en son sein. Une telle posture peut sembler intransigeante ; elle laisse pourtant intacte la question décisive : comment une lutte de libération devient-elle une force capable de vaincre, et pas seulement de durer ou de témoigner ?

Cette difficulté apparaît de manière particulièrement nette dans le traitement des formes populaires de résistance, notamment islamo-nationalistes. Plutôt que d’être analysées comme des faits sociaux et politiques historiquement produits — enracinés dans des transformations de classe, des défaites accumulées et une situation coloniale spécifique — elles tendent à être appréhendées comme des impasses stratégiques en soi. Or, une analyse matérialiste ne commence pas par disqualifier les formes existantes de mobilisation ; elle cherche à comprendre leur fonction, leurs contradictions et les conditions dans lesquelles une lutte pour l’hégémonie peut s’y déployer.

Ce texte ne se propose donc ni de défendre les orientations dominantes du mouvement palestinien, ni de condamner idéologiquement ses formes de résistance. Il part d’un autre point de vue : réintroduire la question stratégique sur des bases matérialistes, en s’appuyant sur les débats du marxisme arabe révolutionnaire, sur l’histoire concrète des mouvements palestiniens et sur les discussions stratégiques qui traversent le monde arabe depuis des décennies.

La thèse défendue est simple : la libération de la Palestine ne viendra ni de la gestion institutionnelle de l’occupation, ni de la célébration abstraite de la résistance, ni de l’affirmation incantatoire de principes justes. Elle suppose une stratégie de longue durée, capable d’articuler lutte nationale et lutte sociale, unité populaire et indépendance politique, résistance armée et organisation des masses, horizon régional et construction patiente de l’hégémonie. C’est à cette condition seulement que l’indépendance de classe cesse d’être un slogan pour devenir une force matérielle.

I. Un diagnostic souvent juste… mais une stratégie qui s’évapore

1) Ce que l’article de Révolution Permanente voit correctement (et qu’il faut conserver)

Commençons par rendre à l’article de Révolution Permanente ce qu’il a de plus utile : il prend au sérieux la question stratégique, au lieu de se contenter d’une indignation morale (même légitime). Et, surtout, il prend appui sur des éléments matériels.

D’abord, son bilan du tournant du Fatah vers la logique du « mini-État » puis d’Oslo est construit autour de la constitution d’intérêts de classes : la direction nationale s’arrime à deux fractions bourgeoises (diaspora capitalisée dans le Golfe, bourgeoisie locale arrimée aux dispositifs coloniaux), et l’« autonomie » devient un dispositif de pacification et d’accumulation sous tutelle israélienne. Le texte insiste sur cette dimension économique et sociale (marché captif, main-d’œuvre, intermédiaires), jusqu’à la transformation de l’Autorité en police supplétive.

Ensuite, l’article a le mérite d’affronter sans euphémisme une vieille question : celle des limites historiques d’une partie de la gauche palestinienne. RP vise en particulier l’usage qu’a fait le FPLP d’une grammaire « tiers-mondiste/maoïsante » et de la « guerre populaire prolongée », en la reliant à une logique de fronts nationaux où le prolétariat sert d’appoint, au lieu de constituer un pôle autonome. Que l’on partage ou non la totalité de cette lecture, elle pointe un problème réel : la difficulté à produire, durablement, une alternative hégémonique à l’intérieur même du mouvement national.

Enfin, l’article insiste sur une leçon dure, mais solide : le cadre régional n’est pas un décor. Les régimes arabes peuvent « soutenir », mais aussi utiliser, monnayer, étouffer — et l’histoire palestinienne est traversée par cette contradiction. Sur ce point, l’article plaide pour que la libération soit pensée dans un horizon régional, et non comme une affaire strictement « palestinienne » décrochée des rapports de forces du Proche-Orient.

Jusqu’ici, on a un ensemble de constats globalement robustes. Le problème commence au moment où l’article veut transformer ce diagnostic en stratégie.

2) Là où ça bascule : quand l’indépendance de classe devient un substitut de stratégie

À lire RP, on a parfois l’impression qu’il suffirait d’identifier correctement les trahisons, les capitulations et les dépendances, puis d’affirmer trois ou quatre principes (indépendance de classe, rupture avec les régimes, horizon régional) pour « tenir » une stratégie. Or c’est précisément le point où, dans une tradition marxiste-léniniste au sens non dogmatique du terme, on parle de gauchisme : non pas parce que les principes seraient faux, mais parce qu’ils sont traités comme s’ils dispensaient du travail le plus difficile — celui des médiations.

Une stratégie n’est pas une liste d’ennemis, ni un vœu pieux. Elle suppose au minimum : une définition de la lutte, une appréciation du rapport de forces, une théorie opératoire (pas un vernis), et un programme politique, militaire et organisationnel. C’est exactement ce que formulait Habash dès 1969, dans un texte de combat : « Porter les armes ne suffit pas », et sans analyse concrète des forces, des alliances, de l’ennemi, il n’y a pas de programme révolutionnaire digne de ce nom.

Or, dans l’article de RP, on trouve bien une formule qui ressemble à une conclusion stratégique — la perspective d’une révolution régionale portée par les masses — mais on cherche longtemps l’architecture qui permettrait d’y parvenir : quelles formes de front ? quelle articulation entre unité nationale et lutte d’hégémonie ? quelles institutions de lutte, quels cadres populaires, quelle doctrine de durée ? Sur ce point, la « révolution régionale » fonctionne trop souvent comme un horizon qui remplace le chemin.

Le problème se voit encore mieux dans le traitement de la question nationale. RP critique à juste titre les effets politiques d’une collaboration de classe au sein du mouvement national. Mais il tend à rabattre la lutte nationale sur la direction bourgeoise qui la capture, comme si la nation n’était qu’un écran idéologique. Or, dans une formation coloniale, la lutte de libération nationale n’est pas un supplément d’âme : elle est la forme historique concrète que prend la lutte des classes elle-même, parce que l’ennemi central n’est pas seulement « une bourgeoisie », mais une structure coloniale qui organise l’exploitation, l’expropriation et la fragmentation. Mahdi Amel l’exprime avec une netteté rare : en situation coloniale, « la révolution socialiste est inséparable de la libération nationale ».

Dit autrement : critiquer les directions bourgeoises est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant. La question stratégique n’est pas de « sortir » de la lutte nationale pour atteindre enfin la lutte de classe pure ; elle est de savoir comment construire, à l’intérieur du bloc national-populaire réellement existant, une force capable d’en disputer l’hégémonie.

C’est ici qu’une expérience historique comme celle retracée par Kazziha sur les trajectoires du mouvement nationaliste arabe est utile : les mouvements peuvent souffrir moins de « trop de décentralisation » que de l’abandon de leur indépendance organisationnelle — autrement dit, la question décisive n’est pas d’énoncer la bonne ligne, mais de tenir les formes d’organisation qui permettent de ne pas être absorbé, tout en restant en prise avec les masses.

Enfin, dernière bascule — et elle est politique : RP s’expose à traiter les formes islamo-nationalistes surtout comme un problème à contourner, là où une approche matérialiste devrait d’abord les saisir comme des faits sociaux et politiques produits par l’histoire palestinienne. Sans idéaliser qui que ce soit, les travaux de Dot-Pouillard, Alhaj et Rébillard montrent par exemple que le Jihad islamique palestinien ne se laisse pas réduire à l’imaginaire d’un jihad transnational : il est d’abord un acteur palestinien, radical contre Israël, mais recherchant aussi une certaine unité interne, avec des paradoxes qu’une analyse stratégique doit intégrer plutôt que balayer.

Le point n’est pas de déplacer la critique vers une querelle d’étiquettes. Il est plus simple : une stratégie de libération ne peut pas commencer par excommunier les formes populaires existantes de la résistance ; elle doit comprendre comment elles tiennent, ce qu’elles permettent, ce qu’elles empêchent — et comment y construire un déplacement d’hégémonie.

Si l’on veut sortir de la posture (même « juste ») pour entrer dans la stratégie, il faut donc faire ce que RP réclame sans le faire vraiment : formuler une méthode de guerre politique au sens large — analyse, phases, fronts, instruments, hégémonie.

II. Ce qu’est une stratégie matérialiste — et ce que RP ne construit pas

La difficulté de l’article de Révolution Permanente tient moins à ses prises de position qu’à une absence : il parle de stratégie, mais il ne produit pas les outils qui permettent de passer du diagnostic à une orientation opératoire. Or, dans une lutte de libération, l’écart entre « dire vrai » et « être stratégique » est souvent celui qui sépare une politique qui éclaire d’une politique qui gagne.

1) Stratégie : une grammaire exigeante, pas un horizon

On peut définir minimalement la stratégie comme l’art d’organiser une trajectoire de victoire à partir d’un rapport de forces donné. Cela implique au moins quatre opérations.

a) Nommer la nature de la lutte.
Une lutte n’est pas seulement « juste », elle est déterminée : ici, une situation coloniale (et plus précisément de colonisation de peuplement), où l’adversaire ne cherche pas seulement à dominer, mais à remplacer, fragmenter, expulser, administrer et reconfigurer le territoire. Dire cela n’est pas un slogan : c’est ce qui conditionne toutes les questions suivantes (front, temporalités, institutions de lutte, formes de violence et de masse). RP évoque bien cette réalité, mais sans en tirer une doctrine.

b) Évaluer les forces réelles.
Non pas « le peuple » en général, mais les forces organisées, leurs bases sociales, leurs ressources, leurs dépendances, leurs fractures, leurs relais régionaux et internationaux. Habash insistait déjà sur ce point : une stratégie commence par l’appréciation des forces — les siennes, celles de l’ennemi, celles des alliés et des adversaires indirects — faute de quoi l’action se réduit à la bravoure.

c) Définir des phases et des objectifs intermédiaires.
Une stratégie n’est pas une proclamation (« révolution régionale ») : c’est une séquence de tâches, avec des critères de passage. Or, chez RP, l’horizon régional tend à fonctionner comme solution générale, sans articulation claire à une progression de lutte, à des institutions populaires, ni à des formes de front.

d) Produire des instruments : organisation, programme, doctrine.
Sans programme politique et militaire, sans formes d’organisation capables de tenir dans la durée, la lutte se condamne à l’improvisation. RP, lui, critique — souvent à raison — mais il reste étonnamment avare en doctrine positive.

2) Indépendance de classe : un principe nécessaire, mais insuffisant

Là où l’article de RP s’expose au gauchisme, c’est lorsqu’il traite l’indépendance de classe comme si elle valait stratégie. Le principe est juste : sans autonomie politique, l’énergie populaire est capturée, convertie en monnaie diplomatique ou neutralisée par des appareils. Mais il manque deux choses.

a) L’indépendance ne se décrète pas : elle se construit dans des formes.
Ce qui protège l’autonomie, ce ne sont pas d’abord des déclarations, mais des formes organisationnelles, des ancrages sociaux, des mécanismes de décision, des ressources propres, et une capacité à ne pas être absorbé tout en restant dans le mouvement réel. L’histoire des recompositions autour de Habash et du mouvement national arabe, telle que l’analyse Kazziha, montre bien que la question décisive n’est pas seulement la « bonne ligne », mais la capacité à tenir une organisation qui ne devienne ni appendice d’un régime, ni simple reflet d’une fraction sociale.

b) Le problème n’est pas « nation vs classe », mais hégémonie dans le bloc national-populaire.
Dans une formation coloniale, la lutte nationale n’est pas un décor idéologique : elle est l’espace concret où se joue la lutte pour la direction politique. Mahdi Amel est précieux ici, précisément parce qu’il refuse les raccourcis : la libération nationale et la transformation sociale ne se succèdent pas mécaniquement ; elles s’impliquent, se tendent, se conditionnent.
Cela change la question : il ne s’agit pas de sortir du national, mais d’y mener une bataille d’hégémonie — donc de front, de programme, d’organisation, et de durée.

3) Front : l’outil que RP laisse dans l’ombre

Une stratégie matérialiste ne contourne pas la question du front. Elle la met au centre, parce que la lutte de libération ne se mène jamais avec un peuple homogène et une direction idéale.

Un front n’est ni une fusion, ni une pure cohabitation : c’est une technique politique qui permet d’unifier l’action contre l’ennemi principal tout en maintenant la lutte interne pour la direction. Autrement dit : unité dans l’action, séparation dans l’organisation, clarté dans le programme. RP insiste sur la rupture avec les directions capitulardes, mais il discute peu les modalités concrètes par lesquelles une force révolutionnaire travaille avec des forces non révolutionnaires (ou non marxistes) sans se dissoudre — alors que c’est souvent là que se joue la possibilité même d’une hégémonie.

Sur ce point, l’expérience palestinienne est un laboratoire cruel : l’unité nationale peut être une condition de survie, mais aussi une forme de neutralisation si elle se paie par le silence sur les contradictions sociales et les dépendances. C’est précisément pourquoi une politique de front exige une grammaire fine — et pas seulement des anathèmes.

4) Islamo-nationalismes : ne pas excommunier, analyser — et agir

Pour rester matérialiste (et éviter toute pente anti-islamiste), il faut être strict : on n’analyse pas un courant par son vocabulaire religieux, mais par sa base sociale, ses fonctions politiques, ses contradictions et ses formes d’encadrement populaire.

Les travaux d’Alhaj, Dot-Pouillard et Rébillard sont utiles parce qu’ils obligent à sortir des clichés : le MJIP, par exemple, ne se réduit pas à une logique de jihad global ; il se pense d’abord comme acteur palestinien, cherchant l’unité nationale, combinant radicalité externe et pragmatisme interne dans certaines séquences.
Cela ne fait pas de ces mouvements une direction « suffisante » pour une libération. Mais cela impose une conséquence stratégique simple : on ne construit pas l’hégémonie en parlant sur les masses depuis l’extérieur ; on la construit en intervenant dans les formes existantes de mobilisation, en y menant la bataille politique sans les diaboliser ni les idéaliser.

On peut donc formuler le cœur du désaccord avec RP de manière nette : l’article identifie des impasses, mais ne propose pas la mécanique stratégique qui permettrait d’en sortir. Or, cette mécanique commence toujours par une question concrète : quel bloc populaire construire, avec quelles forces, sur quel programme, et par quelles institutions de lutte ?

III. Reposer la question nationale : non pas un « habillage », mais le terrain réel de l’hégémonie

Si l’on veut sortir d’une critique purement négative (pointer les trahisons, dénoncer les impasses), il faut reprendre la question nationale palestinienne au niveau où elle se joue réellement : non comme un discours que des élites utiliseraient à volonté, mais comme une forme historique de politisation populaire produite par la colonisation, l’expulsion, la fragmentation du territoire, l’exil et la gestion sécuritaire permanente. C’est aussi, qu’on le veuille ou non, le langage dans lequel se nouent — et se dénouent — les alliances, les fronts, les unités et les guerres intestines.

L’article de Révolution Permanente a raison de rappeler que des directions bourgeoises ont souvent capturé cette forme nationale pour la convertir en monnaie diplomatique ou en appareil de domination interne. Mais il incline à traiter la nation comme un obstacle à dépasser plutôt que comme un champ de bataille. Or, dans une situation coloniale, ce « champ » n’est pas optionnel : c’est l’espace même où se détermine la possibilité d’une politique révolutionnaire.

1) La nation comme forme populaire : ce qu’on rate quand on la réduit au « nationalisme »

Dans une colonie de peuplement, l’ennemi principal ne se contente pas d’exploiter : il organise la dépossession, l’enfermement, la séparation, l’illégalité programmée, la fragmentation des corps et des espaces. Le fait national, ici, n’est pas une simple « idée » : il est une expérience sociale cumulative, une mémoire, une géographie, une administration de l’humiliation, un régime de mobilité et d’immobilité. On ne « sort » pas de cette forme par la force du raisonnement ; on la travaille politiquement.

Sur ce point, la tradition marxiste arabe la plus rigoureuse est souvent plus précieuse que les caricatures occidentales du « nationalisme ». Mahdi Amel insiste sur une idée décisive : en condition coloniale, la libération nationale n’est pas un prélude moral à autre chose, elle est une dimension constitutive du processus révolutionnaire lui-même — précisément parce que l’État colonial organise la formation sociale entière.
Cela ne signifie pas que toute politique nationale est « progressiste », encore moins que toute direction nationale mérite soutien. Cela signifie qu’on ne comprend rien à la dynamique des masses si l’on traite la nation comme une simple superstructure interchangeable.

2) La vraie question : pas « nation ou classe », mais qui dirige le bloc national-populaire

Une stratégie matérialiste ne pose pas le problème en termes de purification : « sortir du national, enfin devenir de classe ». Elle pose la question en termes d’hégémonie : quelle force sociale, quel programme, quelles institutions conduisent la lutte nationale — et à quelles fins ?

C’est ici que l’histoire des organisations arabes et palestiniennes sert d’école. L’articulation national/social n’est ni automatique ni paisible : elle se fait à travers des crises d’organisation, des débats de ligne, des dépendances régionales, des tentatives de fusion, des scissions — bref, par un travail politique concret, pas par un schéma.
Ce que cette histoire enseigne, c’est que l’alternative n’est jamais « national pur » contre « social pur ». L’alternative réelle est : national sous hégémonie bourgeoise (qui conduit à la négociation, à la gestion, à la police) ou national-populaire sous hégémonie populaire (qui transforme l’unité en instrument de lutte, et non en clôture).

De ce point de vue, le bilan sévère de RP sur Oslo et la mutation du Fatah est utile, mais il manque une précision stratégique : ce n’est pas seulement un « mauvais choix » ou une « capitulation ». C’est la stabilisation d’un bloc social déterminé, avec ses intérêts, ses ressources, sa rente politique, et ses appareils.
Une stratégie révolutionnaire ne répond pas à cela par un rejet moral ; elle répond par une contre-construction : institutions populaires, autonomie matérielle, cadres d’organisation, programme, et politique de front.

3) « Unité nationale » : pas une vertu, une technique de guerre politique

Un des points les plus sensibles — et souvent maltraité par la gauche — est celui de l’unité nationale. On oscille entre deux erreurs.

  • Première erreur : l’unité comme fétiche, qui interdit la critique, neutralise les contradictions sociales, et finit par protéger les appareils dominants.
  • Seconde erreur : l’unité méprisée comme « compromis », au nom d’une ligne pure, ce qui revient souvent à laisser intact le monopole de la représentation populaire par les forces dominantes.

L’unité, en situation coloniale, n’est ni un absolu ni un tabou : c’est une question d’efficacité politique. Elle peut être vitale pour tenir contre la fragmentation imposée ; mais elle peut aussi devenir une camisole si elle sert à étouffer la bataille d’hégémonie.

L’unité n’est pas seulement un slogan des directions « séculières ». On la retrouve comme objectif explicite dans certaines organisations islamo-nationalistes, mais sous une forme pragmatique : limiter les affrontements intestins, préserver des passerelles, maintenir un cadre d’action national, tout en conservant une radicalité contre l’occupant.
Ce constat ne « valide » aucune direction ; il impose une exigence stratégique : si l’unité est un terrain, alors la question devient comment la disputer — et pas comment la nier.

4) La conséquence pour notre critique de RP

C’est ici que notre désaccord avec RP peut être formulé de manière tranchante mais juste.

RP voit bien la capture bourgeoise de la cause nationale. Mais l’article tend à conclure comme si la lutte nationale devait être dépassée par un saut direct vers une politique de classe déjà constituée — ce qui revient, en pratique, à se placer à côté du mouvement réel.
Une stratégie matérialiste part de l’inverse : puisqu’on ne choisit pas la forme nationale — elle est imposée par la structure coloniale — on doit y mener une bataille prolongée pour l’hégémonie, en combinant front d’action, autonomie politique, organisation populaire et programme.

Reste alors la question la plus délicate, et souvent la plus mal posée : comment mener cette bataille d’hégémonie dans un champ palestinien où les formes islamo-nationalistes jouent un rôle central, sans tomber ni dans l’anti-islamisme de principe, ni dans le romantisme de la « résistance pure » ?

IV. Islamo-nationalismes : analyser sans excommunier, lutter sans se dissoudre

Si l’on veut parler de stratégie sans tricher, il faut affronter un fait massif : dans la Palestine contemporaine, une part décisive des formes d’encadrement populaire, de discipline collective, de travail social et de résistance armée s’est reconstituée — partiellement — autour d’organisations se réclamant de l’islam. On peut le regretter, s’en réjouir, ou s’en tenir à distance : cela ne change rien au problème. Une politique matérialiste ne commence pas par dire ce qui devrait exister ; elle part de ce qui existe, et elle demande : qu’est-ce que cela produit, pour qui, contre qui, et avec quelles contradictions ?

C’est précisément le point où une partie de la gauche bascule dans un double piège : soit l’anti-islamisme « de principe », qui confond analyse et réflexe identitaire ; soit le romantisme de la « résistance pure », qui suspend toute critique dès lors qu’il y a confrontation armée avec l’occupant. Le premier est politiquement stérile ; le second est politiquement dangereux. La question stratégique est ailleurs : comment disputer l’hégémonie au sein d’un bloc populaire où ces forces comptent, sans les diaboliser ni s’y dissoudre ?

1) Sortir de la fausse opposition : religion versus progrès

Une clé, ici, est de refuser le cadre purement « civilisationnel » qui parasite trop de discussions. Le critère déterminant n’est pas l’étiquette religieuse, mais le rapport social et politique qu’une force contribue à stabiliser ou à fissurer. Le conflit décisif n’oppose pas « foi » et « raison », mais l’acceptation d’un ordre de domination et les formes de défi qu’il rencontre dans une formation sociale donnée.

Appliqué au champ palestinien, cela implique une règle simple : on ne « classe » pas un mouvement islamiste en fonction de sa rhétorique, mais en fonction :

  • de sa base sociale (classes et fractions mobilisées),
  • de ses fonctions (encadrement, redistribution, discipline, contrôle, services),
  • de ses alliances et dépendances,
  • et des contradictions qu’il ouvre ou qu’il ferme dans la lutte nationale.

Cette méthode a un avantage politique immédiat : elle interdit le glissement anti-islamiste, parce qu’elle ne parle pas des croyances mais des rapports de forces.

2) Le Jihad islamique palestinien : un cas qui oblige à la précision

Le livre de Wissam Alhaj, Eugénie Rébillard et Nicolas Dot-Pouillard est précieux pour une raison : il montre, dans le détail, combien les catégories rapides (« islamisme », « jihad », « radical », « réactionnaire ») produisent souvent plus de paresse que d’intelligence.

Le MJIP apparaît comme un acteur d’abord palestinien, dont l’horizon est la lutte contre Israël, et non l’exportation d’un jihad déterritorialisé. Il se caractérise par une radicalité dirigée vers l’ennemi colonial, tout en adoptant, sur plusieurs séquences, une posture plus prudente dans l’ordre interne : pas de programme d’islamisation coercitive comparable à d’autres expériences, et une insistance récurrente sur des formes d’unité nationale (au sens d’évitement des guerres intestines et de maintien d’un cadre palestinien commun).

Ce point est décisif pour notre critique de RP. Non pas pour « réhabiliter » qui que ce soit, mais pour rappeler ceci : si une organisation islamo-nationaliste peut combiner une forte capacité de résistance et une politique d’unité interne, alors on ne peut pas traiter l’ensemble du champ islamiste comme une simple impasse stratégique à excommunier. On est obligé de raisonner plus finement : en termes de tendances, de contradictions, de configurations, et de possibilités d’intervention.

3) Ce que l’article de RP rate ici : la différence entre critique politique et disqualification

L’article de Révolution Permanente tend à enfermer les forces islamistes dans une formule globale : elles seraient incapables de « rompre » avec l’orientation qui a mené à l’impasse, même lorsqu’elles incarnent la résistance armée.

Le problème n’est pas de critiquer : une critique marxiste peut être très dure, y compris envers des forces populaires réelles. Le problème est la forme stratégique de la critique. Une critique opératoire devrait répondre à des questions concrètes :

  • Quels rapports ces forces entretiennent-elles avec les masses (services, discipline, représentation, mobilisation) ?
  • Quelles dépendances régionales les traversent, et comment ces dépendances limitent-elles leur autonomie ?
  • Quels compromis internes rendent leur « unité nationale » possible — et quelles tensions sociales elles contiennent ou déplacent ?
  • Quelles ouvertures existent, où peut s’inscrire une bataille d’hégémonie ?

Sans ces questions, la critique devient une disqualification. Et la disqualification a un effet politique connu : elle laisse intacte la capacité de ces forces à représenter le peuple, tout en plaçant la gauche « révolutionnaire » dans la position confortable — et stérile — de témoin extérieur.

4) Une orientation matérialiste : front d’action, séparation organisationnelle, bataille d’hégémonie

Si l’on veut rester à la fois matérialiste et non anti-islamiste, une ligne minimale devrait tenir ensemble trois exigences, qui peuvent sembler contradictoires mais ne le sont pas.

a) Un front d’action contre l’ennemi colonial.
Là où la colonisation fragmente, l’unité d’action est une condition de survie. Elle n’implique ni adhésion idéologique, ni silence sur les contradictions sociales. Elle implique une hiérarchie des combats : dans l’affrontement principal, l’unité tactique peut être nécessaire.

b) Une séparation organisationnelle et programmatique claire.
L’unité d’action n’est pas la fusion. L’erreur historique de nombreuses forces révolutionnaires, dans des contextes comparables, a été de confondre front et dissolution. L’expérience palestinienne l’a payé cher : dès que l’autonomie matérielle et organisationnelle est perdue, la « ligne » devient une opinion.

c) Une bataille patiente d’hégémonie au sein du bloc populaire.
L’enjeu n’est pas d’arracher les masses à leur forme nationale ou religieuse « par décret », mais de déplacer progressivement la direction politique, en liant la lutte nationale à des intérêts sociaux, à des formes de pouvoir populaire, à une capacité d’organisation durable.

Ce triple mouvement — front d’action, autonomie, hégémonie — est précisément ce qui manque au texte de RP, qui flotte entre une dénonciation juste des impasses et une incapacité à dire comment intervenir dans un champ réel où ces forces comptent.

Reste une question que l’on ne peut pas éviter : si la bataille d’hégémonie ne se mène ni par l’excommunication, ni par la fusion, alors il faut parler de l’outil central de toute stratégie de libération : le front, ses règles, ses risques, et ses conditions de succès — notamment face aux États de la région, aux appareils de rente, et aux mécanismes d’instrumentalisation.

V. Le front comme instrument, pas comme slogan

À ce stade, une chose devient claire : parler de stratégie en Palestine, c’est forcément parler de front. Non pas au sens d’une formule magique (« l’unité ! »), mais au sens d’une technique politique difficile, pleine de risques, qui vise à organiser l’action commune contre l’ennemi principal sans abandonner la lutte pour la direction du mouvement. C’est exactement le point où l’article de Révolution Permanente reste en suspens : il diagnostique des captures, des capitulations, des dépendances — mais il dit peu de la mécanique qui permettrait d’éviter qu’une force révolutionnaire soit marginalisée ou absorbée.

Le front n’est pas la fusion. C’est un agencement instable, fait pour durer assez longtemps pour produire des effets matériels (tenir contre la fragmentation, accumuler de la force, protéger des espaces d’organisation), mais jamais assez « total » pour dissoudre les différences de programme. Dans une formation coloniale, cette distinction est vitale : l’ennemi cherche justement à casser toute capacité d’action collective par la division territoriale, la guerre psychologique, l’asphyxie économique et la concurrence entre appareils. Un front d’action peut donc être une condition de survie politique. Mais il peut aussi devenir un mécanisme d’étouffement si l’unité sert à sanctuariser une direction dominante, à neutraliser la critique, ou à transformer la discipline contre l’ennemi en discipline contre le peuple.

La tradition du mouvement palestinien connaît cette ambivalence de l’intérieur. Aucune organisation ne peut se contenter d’une radicalité déclarative ou d’une bravoure armée ; sans programme et sans analyse des forces, la lutte se condamne à l’improvisation, et l’improvisation finit toujours par coûter politiquement au camp populaire. Ce qu’il vise, au fond, c’est la même question : comment un front ne devient-il pas un paravent derrière lequel des appareils gèrent la lutte — ou l’échangent — au lieu de la conduire ?

C’est ici que l’on doit être précis sur les États et les régimes de la région. L’article de RP a raison de rappeler l’instrumentalisation, parfois cynique, parfois sanglante, dont la cause palestinienne a souvent fait l’objet. Mais une stratégie ne se contente pas d’affirmer « rupture avec les régimes » : elle doit distinguer ce qui relève du soutien tactique (logistique, sanctuaire, flux matériels), de la dépendance stratégique (capture politique, chantage, conversion de la lutte en variable d’ajustement), et de l’intégration organique (quand l’appareil devient une excroissance d’un État). La question de l’autonomie n’est pas secondaire : elle est souvent la condition matérielle pour que la « ligne » ne soit pas qu’un discours.

Or c’est là que l’on peut retourner RP contre lui-même, mais sans polémique : en dénonçant (justement) les formes de collaboration et de dépendance, RP laisse entendre qu’il suffirait de se tenir « pur » pour échapper aux mécanismes d’absorption. En réalité, dans un champ colonisé et militarisé, ce qui protège une force populaire, ce sont des ressources, des réseaux, des cadres, une implantation sociale, une capacité d’éducation politique, et des formes de décision qui rendent l’appareil redevable aux masses. Sans cela, on peut proclamer mille fois l’indépendance : on la perdra au premier étranglement. Dans une formation coloniale, la question n’est pas seulement de « s’opposer » à l’impérialisme ; elle est de construire, au sein même du bloc national, une direction capable de lier libération nationale et intérêts sociaux populaires — autrement dit de faire de l’unité un instrument de lutte, pas un couvercle.

Cela vaut aussi pour l’ « unité nationale » à l’intérieur du champ palestinien. On a trop souvent une discussion moraliste : l’unité serait une vertu en soi, ou bien une compromission en soi. La réalité est plus brutale : l’unité est une fonction. Elle sert soit à empêcher la colonisation d’exploiter les fractures, soit à protéger des appareils qui se financent et se reproduisent dans la division. L’unité n’est donc pas seulement un mot d’ordre des élites « séculières » : elle peut être une politique concrète — contenir la guerre interne, préserver un cadre palestinien, maintenir des passerelles — sans que cela prouve la « bonté » d’une direction. Ce genre de précision oblige à sortir des jugements globaux, et donc à penser stratégiquement : que fait l’unité, dans telle séquence ? qui en profite ? qui la paie ? que permet-elle d’accumuler ?

Au fond, la question du front se résume à une exigence simple, mais lourde : tenir ensemble l’unité d’action contre l’ennemi principal et la lutte pour l’hégémonie au sein du peuple. Si l’on renonce à l’unité d’action, on se condamne à parler dans le vide. Si l’on renonce à la lutte pour l’hégémonie, on se condamne à servir d’appoint à une direction qui finira tôt ou tard par négocier, gérer, ou se transformer en appareil de police — ce que RP décrit très bien à propos d’Oslo, mais sans tirer toutes les conséquences organisationnelles.

C’est ici que se prépare la question suivante, la plus explosive, et souvent la plus caricaturée : la place de la lutte armée. Non pas comme fétiche, non pas comme faute morale, mais comme élément d’une stratégie qui vise l’accumulation de pouvoir populaire. C’est là que l’on peut mesurer si un front est un outil de libération ou un dispositif de reproduction des appareils.

VI. La lutte armée : ni fétiche, ni faute morale — une question de direction politique

Arrivé à ce point, on touche au nœud le plus sensible, et sans doute le plus maltraité, des débats sur la Palestine : la lutte armée. C’est ici que les discussions basculent le plus vite soit dans la célébration incantatoire, soit dans la mise à distance morale. Or, d’un point de vue matérialiste, ces deux postures sont également stériles. La question n’est pas de savoir si la violence est « bonne » ou « mauvaise », mais ce qu’elle fait politiquement, à qui elle profite, et dans quelle architecture stratégique elle s’inscrit.

L’article de Révolution Permanente formule une critique juste lorsqu’il affirme que la violence, lorsqu’elle est coupée d’une stratégie, peut se retourner contre ceux qu’elle prétend défendre. Mais cette critique reste incomplète tant qu’elle ne débouche pas sur une doctrine positive. Dire que la violence « sans stratégie » est une impasse ne suffit pas ; encore faut-il dire quelle articulation entre lutte armée, organisation populaire et direction politique permet d’éviter cette impasse. À défaut, on reste dans une position négative, qui dénonce sans orienter.

La tradition révolutionnaire palestinienne a pourtant produit, très tôt, des formulations d’une grande sobriété sur ce point. Le FPLP insiste, dès la fin des années 1960, sur une idée simple et dure : porter les armes n’est jamais en soi une garantie de radicalité ni d’efficacité. Sans analyse concrète de la situation, sans appréciation des forces, sans programme politique clair et sans organisation capable de durer, la lutte armée se réduit à une succession d’actes héroïques — et l’héroïsme, laissé à lui-même, est politiquement coûteux.
Ce rappel n’a rien perdu de son actualité. Il vise moins les combattants que les directions : ce sont elles qui transforment l’action armée en stratégie, ou qui la laissent dériver en substitut de politique.

Dans une situation de colonisation de peuplement, la lutte armée n’est ni contingente ni facultative. Elle s’impose, d’une manière ou d’une autre, parce que l’ennemi n’exerce pas seulement une domination économique ou juridique, mais un contrôle militaire permanent, appuyé sur la terreur, l’encerclement et la punition collective. Mais reconnaître cela ne dit encore rien de son usage politique. Une action armée peut renforcer la capacité d’auto-organisation populaire ; elle peut aussi la court-circuiter. Elle peut ouvrir des espaces de mobilisation ; elle peut aussi concentrer toute la légitimité sur un appareil militaire, au détriment du pouvoir populaire.

C’est précisément ici que la critique de RP manque de profondeur stratégique. En soulignant, à juste titre, que certaines séquences de lutte armée ont servi l’ennemi en isolant la population ou en facilitant la répression, l’article suggère que le problème réside principalement dans le choix de la violence elle-même. Or, l’histoire palestinienne — comme d’autres histoires de libération — montre que le problème est rarement l’existence de la lutte armée, mais sa substitution à la politique. Lorsque l’action militaire devient le lieu exclusif de la décision, lorsque les masses sont réduites au rôle de spectatrices ou de victimes collatérales, lorsque la stratégie se confond avec la capacité de nuisance, alors la lutte s’épuise, même si elle se maintient longtemps.

Une approche matérialiste conduit à poser la question autrement : la lutte armée contribue-t-elle à construire des formes de pouvoir populaire, ou bien tend-elle à les dissoudre ? Est-elle subordonnée à un projet politique explicite, ou bien devient-elle le projet lui-même ? Est-elle articulée à des formes d’organisation sociale, de solidarité matérielle, de décision collective, ou bien fonctionne-t-elle comme un appareil séparé, qui parle au nom du peuple sans être contrôlé par lui ?

Sur ce point, les débats autour des organisations islamo-nationalistes sont éclairants, précisément parce qu’ils obligent à sortir des schémas. Certaines de ces organisations ont cherché, à des degrés divers, à articuler action armée, encadrement social et maintien d’un cadre national commun, plutôt qu’à absolutiser la dimension militaire. Cela ne constitue pas un modèle, encore moins une garantie. Mais cela oblige à une exigence analytique : si l’on veut critiquer la lutte armée, il faut le faire à partir de ses effets politiques concrets, et non à partir d’un rejet abstrait ou d’une attente messianique de la « bonne » insurrection.

En situation coloniale le problème n’est jamais de choisir entre violence et non-violence comme entre deux morales concurrentes. Le problème est de savoir si la lutte — armée ou non — contribue à déplacer le rapport de forces en faveur des classes populaires, ou si elle consolide, sous couvert de radicalité, des formes de pouvoir séparées.
Appliquée à la Palestine, cette perspective interdit deux raccourcis symétriques : celui qui sacralise la résistance armée comme essence de la libération, et celui qui la condamne comme impasse sans proposer d’alternative crédible dans un contexte de domination militaire totale.

On peut alors formuler une ligne simple, mais exigeante : la lutte armée ne peut être qu’un moment d’une stratégie de libération, jamais son substitut. Elle doit être subordonnée à une direction politique capable d’articuler unité nationale, organisation populaire, bataille d’hégémonie et horizon régional. C’est précisément ce chaînon que l’article de RP appelle sans le construire : une doctrine qui permette de juger non pas la violence en général, mais son inscription dans un projet de pouvoir populaire.

C’est à partir de là que la dernière question stratégique s’impose : si la lutte armée, le front et la bataille d’hégémonie ne suffisent pas isolément, comment penser l’échelle régionale — non comme une incantation, mais comme un champ de forces, de contradictions et de possibilités concrètes ?

VII. Le régional : horizon nécessaire, incantation dangereuse

Arrivé ici, on peut enfin aborder ce que l’article de Révolution Permanente place au centre de sa conclusion : la perspective régionale. Sur le fond, l’intuition est juste. La Palestine n’est pas une enclave isolée ; elle est enchâssée dans un ordre régional structuré par l’impérialisme, la contre-révolution arabe, les accords de normalisation, la rente sécuritaire et la gestion autoritaire des sociétés. Penser la libération palestinienne sans ce cadre, c’est se condamner à l’illusion.

Mais c’est précisément parce que cet horizon est indispensable qu’il devient dangereux lorsqu’il est traité comme une formule de sortie plutôt que comme un problème stratégique à part entière. Là encore, l’article de RP bascule trop vite du constat à l’énoncé : la révolution régionale apparaît comme une solution générale, presque comme une évidence, là où elle devrait être posée comme une construction longue, conflictuelle, profondément inégale.

Le premier problème est temporel. Une stratégie matérialiste distingue toujours les rythmes : celui de la lutte palestinienne, celui des sociétés arabes, celui des États, celui des recompositions impériales. Confondre ces temporalités revient à suspendre la stratégie palestinienne à un événement extérieur dont personne ne maîtrise ni le déclenchement ni la forme. L’histoire récente l’a montré avec cruauté : les soulèvements arabes ont ouvert des possibles immenses, mais leur écrasement a aussi renforcé l’encerclement de la Palestine. Faire de la révolution régionale une condition préalable revient, de fait, à reporter indéfiniment la question stratégique palestinienne.

Le second problème est politique. Dire « régional » ne dit rien, en soi, des forces sociales en présence. Or le monde arabe n’est pas un sujet homogène : il est traversé par des clivages de classe profonds, par des États contre-révolutionnaires puissants, par des bourgeoisies compradores, par des appareils militaires et sécuritaires intégrés à l’ordre impérial. Une stratégie sérieuse ne peut pas se contenter d’invoquer “les masses de la région” ; elle doit dire où, comment, par quels relais, avec quelles alliances sociales une dynamique régionale peut se construire. Sans cela, le régional devient une abstraction consolante.

C’est ici que les travaux d’Ali Kadri apportent un correctif utile, même indirectement : la région n’est pas seulement un espace politique, c’est une formation économique violente, structurée par la destruction de forces productives, la prolétarisation forcée, l’extraction de valeur et la guerre permanente. Penser le régional, ce n’est donc pas seulement appeler à la solidarité ; c’est penser les conditions matérielles dans lesquelles des luttes sociales peuvent converger, ou au contraire être étouffées avant même de se reconnaître. Autrement dit, sans ancrage social et organisationnel, l’horizon régional reste un mot d’ordre sans prise.

Le troisième problème, enfin, est stratégique au sens strict. En faisant du régional un horizon global, RP tend à escamoter la question décisive : comment une force palestinienne autonome agit-elle ici et maintenant, tout en s’inscrivant dans un cadre régional hostile ? Une stratégie matérialiste répondrait en termes de médiations : réseaux transnationaux concrets, luttes anti-normalisation, liens syndicaux et populaires, travail politique dans les diasporas, capacité à transformer chaque crise régionale en opportunité de politisation — sans attendre un grand basculement général.

C’est ici que l’on peut formuler, sans polémique mais avec netteté, le désaccord final avec RP. L’article identifie correctement la nécessité d’un horizon régional ; mais faute de penser les médiations, il transforme cet horizon en substitut de stratégie. Or, du point de vue marxiste-léniniste, ce sont précisément les médiations — fronts, organisations, institutions populaires, luttes d’hégémonie, temporalités différenciées — qui font la différence entre une orientation révolutionnaire et une posture.

Au terme de ce parcours, le désaccord avec l’article de Révolution Permanente peut être formulé simplement. Le texte pose de bonnes questions, et il nomme des impasses réelles. Mais il reste prisonnier d’une illusion fréquente à gauche : croire qu’il suffit d’énoncer des principes justes pour produire une stratégie.

Or, la libération de la Palestine ne se jouera ni dans la pureté idéologique, ni dans l’excommunication des formes existantes de résistance, ni dans l’invocation incantatoire d’un horizon régional. Elle se jouera dans une lutte prolongée pour l’hégémonie, au sein d’un bloc populaire anticolonial réel, traversé de contradictions, où se combinent unité d’action et conflit politique, résistance armée et organisation des masses, autonomie stratégique et inscriptions régionales concrètes.

Ce que l’histoire du mouvement palestinien, du marxisme arabe révolutionnaire et des luttes anticoloniales enseigne, c’est une leçon peu spectaculaire mais décisive : on ne choisit pas les formes initiales de la lutte, mais on peut choisir de les transformer. Et cette transformation ne se fait ni par décret, ni par surplomb, mais par un travail politique patient, conflictuel, souvent ingrat — le seul, pourtant, qui permette à une cause juste de devenir une force capable de vaincre.

 

Selim Nadi (membre du QG décolonial)

Légalisons l’opium du peuple!

Le numéro 4 de la revue « Nous » vient de sortir. Il s’intitule « Légalisons l’opium du peuple » et il est en vente en ligne sur le site du QG décolonial.

Ci-après, l’édito de Louisa Yousfi.

 

« La minute d’avant, la révolution est impossible ; la minute d’après, elle est inévitable. »


Cette phrase attribuée à Rosa Luxemburg a souvent été citée pour dire la fulgurance des soulèvements et leur logique d’apparition soudaine et spontanée. Mais elle dit surtout ce point de rupture où les lois du réel se fendent, où ce qu’on croyait immuable se délie, où l’impossible trouve une brèche et s’y engouffre. La révolution, en ce sens, n’est pas une mécanique organisée mais s’apparente plutôt à un saut dans le vide, un acte de foi, un geste mystique autant que politique. Elle est littéralement… un miracle. Et ce miracle fonde le sol des prochaines foulées, nimbées de l’énergie métaphysique qui alimente les grands mouvements de l’Histoire.

On rira de cette lecture. On la rangera, au mieux, du côté d’une exaltation poétique, au pire, d’une niaiserie mystique. La gauche occidentale accrochée à ses fétiches d’émancipation — le matérialisme, le rationalisme, la laïcité, le sécularisme — s’est faite prêtresse d’une autre foi : celle qui nous enferme dans un monde sans transcendance, sans dehors, sans autre horizon que la répétition de la machine. Reconnaissons d’abord leur fécondité : ces idéaux ont brisé le joug des clergés, libéré les luttes des tutelles ecclésiastiques, donné à la science la force d’une arme contre l’arbitraire des opinions. C’est bien ce paradigme qui a nourri les révolutions européennes…avant de se retourner, par la logique coloniale, contre les peuples indigènes qu’on a tôt fait de qualifier de « superstitieux », « primitifs », « en retard de l’histoire ». Sous le masque de la neutralité, la laïcité s’est muée en outil de tri spirituel, véritable police des âmes : elle distribue les degrés de légitimité, sanctifie les héritages chrétiens en les disant universels, et renvoie les autres visions du monde à la marge, au folklore culturel ou à l’enfantillage métaphysique. 

Mais le réel est hanté. Il bruisse de germes et de rémanences, d’élans qui attendent leur forme. Nier cela, c’est renier la dialectique elle-même : le mouvement par lequel l’histoire advient, la tension entre ce qui est et ce qui veut être. Marx écrivait : « la religion est l’opium du peuple ». Il fallait alors entendre : l’opium comme anesthésie, comme instrument du pouvoir pour contenir les masses dans la résignation. Aujourd’hui, ce sont les musulmans qu’on accuse d’être sous l’effet de cet « opium », qu’on soupçonne d’aliénation et d’obscurantisme. Dans le même temps, ce sont eux qui résistent le plus, aujourd’hui, au nihilisme froid, au calcul généralisé, et à la modernité marchande. Dans la prière répétée cinq fois par jour, dans le geste d’une femme qui couvre ses cheveux comme on protège un mystère, dans le souffle d’un verset récité à mi-voix dans les cellules de prison, ce sont leurs mondes invisibles que les musulmans maintiennent vivants. Tous ces gestes témoignent qu’il existe une souveraineté plus haute que celle des gouvernements et qu’une communauté ne vit pas seulement de pain et de lois, mais aussi de signes, de récits, et de présences invisibles. Dieu n’est pas une affaire privée : il est cette faille dans l’histoire, cette force qui rend les humiliés plus vastes que leurs humiliateurs. Cet opium-là — celui qui éveille, insoumet et relie — est désormais condamné et réprimé par les puissants. 

Toute force politique qui persiste à croire que Dieu est une faiblesse du peuple qu’il faudrait éduquer aux valeurs des Lumières se trompe d’époque. La pensée qui cesse d’inventer et ne fait plus que refléter la mécanique du monde laisse aux imaginaires fascistes le monopole du sens. Il ne s’agit pas de tourner le dos à la science ni de rappeler les prêtres — mais de refuser cette réduction du monde à ses mesures, refuser l’appauvrissement métaphysique que l’Occident appelle progrès, et réinventer le champ où nos vies trouvent encore à signifier.

Qui a peur du peuple ? De ses rêves, de ses croyances, de ses visions ? Qui tremble devant la fumée qui monte, devant les images qui traversent les paupières des humiliés, devant les songes qui se lèvent comme des armées d’ombres ? Ceux-là ont raison de trembler. Le peuple voit ce qu’on lui interdit de voir. Il parle avec les morts, il dialogue avec la poussière, il tire du néant des paysages entiers. Depuis Gaza, tous les jours, nous parviennent des images de cette teneur. Voyez ce vieillard palestinien assis au milieu d’un tas de ruine. Voyez comme il nous sourit alors que sa maison est en-dessous de lui, que ses êtres chers y ont péri, qu’il n’a plus rien si ce n’est ce sourire et la conviction inébranlable d’avoir trouvé l’emplacement exact de sa source de vie. Voyez cette foule de gazaouis revenant tout droit des enfers avancer vers ce lieu où plus rien n’existe, où les armes chimiques du pire des ennemis ont détruit jusqu’à la possibilité de la vie d’un olivier ou d’un moustique. Voyez cet adolescent qui vient d’apercevoir sa mère brûler vive dans les flammes et qui toutefois nous regarde et sourit en disant : je suis heureux car je peux attester sans trembler que la vérité est de notre côté et que ma mère est au paradis. Tous ceux-là ne sont pas rendus fous par le calvaire qu’ils endurent. Ils ne sont pas non plus abêtis comme des animaux rompus. Ils nous font généreusement entendre une musique qui n’est pas de ce monde mais qui en compose l’ultime secret. Ils nous disent : nous sommes les seuls véritables survivants d’un monde qui gît dans un état de mort métaphysique irréversible. Bien que nous mourions, nous sommes plus en vie que la somme des vies humaines aliénées ici-bas, car nous sommes connectés à notre vérité ultime, à sa note exacte. « Nous l’avons », ainsi qu’il arrive de parler de l’air d’une chanson dont nous pouvons saisir l’entièreté en un seul instant. Nous l’avons. C’est un moment propice à l’élévation qui permet de contempler, à travers toutes sortes de stupeurs et de détresse, au plus noir de la nuit, la lumière de la vérité. 

Les puissants savent qu’un peuple qui se soulève est d’abord un peuple qui prie, qui imagine et qui se souvient. C’est cela que le mouvement décolonial s’attache à approcher au plus près : non pas seulement la colère des peuples du Sud global, mais leurs « visions », leurs manières de pressentir l’histoire, de lire les signes, de refuser le temps clos de l’Occident. Il recueille ce que la modernité a voulu effacer : le lien entre la mémoire et la prophétie, entre la blessure et la clairvoyance, entre l’humiliation et la capacité de voir au-delà du visible. Il y a 20 ans, l’un de nos premiers textes était intitulé : Nous voulons la lune. Oui. Depuis toujours, ce que nous voulons, ce que nous attendons, ce que nous portons — c’est littéralement un miracle.

Louisa Yousfi 

 

Pour acheter la revue, c’est ici!

Contre un maccarthysme à la française : pour tous les Julien Théry à venir

La presse institutionnelle a massivement relayé le montage frauduleux de la LICRA, laissant croire que l’historien Julien Théry aurait « dressé une liste » de « noms juifs », ce qui l’expose à des menaces et des sanctions très réelles. Une tribune dénonçant cette manipulation scandaleuse, qui expose J. Théry, réunit plus de 1 750 signataires issus de tous les horizons : universitaires et enseignants, personnalités politiques, du monde syndical, associatif… Parmi eux Carlo Ginzburg, Blanche Gardin, Ilan Pappé, Etienne Balibar, Jocelyne Dakhlia, Todd Shepard, Gadi Algazi, Isabelle Stengers, Bernard Friot, Vinciane Despret, Enzo Traverso, l’Union juive française pour la paix, deux Vice-présidentes de l’Assemblée Nationale et une trentaine de député.es…  Le texte souligne le danger d’un « maccarthysme républicain », exposant les soutiens de la Palestine et les défenseurs du droit international à des représailles de plus en plus lourdes conduisant à leur censure pure et simple. Cette censure se traduit d’ores et déjà par le fait que la presse institutionnelle qui se dit « de gauche » et « démocrate », attachée aux droits de la liberté d’expression et aux libertés académiques, a unanimement refusé de publier cette tribune.

 

À la suite d’un communiqué mensonger paru le 21 novembre sur le compte X de la LICRA, repris dans une publication du journal Lyon Capitale (et depuis, par de très nombreux médias), l’historien Julien Théry est l’objet depuis plusieurs jours d’une violente campagne de diffamation et de harcèlement, d’insultes et de menaces de mort. Une situation d’autant plus préoccupante que l’adresse précise de son lieu de travail a été divulguée par Lyon Capitale, constituant un risque pour sa sécurité. Son Université de rattachement s’est immédiatement désolidarisée de lui publiquement et a effectué un signalement au Procureur de la République

La publication de la LICRA est un montage d’un post Facebook réalisé par Julien Théry le 20 septembre dernier, où il relayait la longue analyse faite par Sophie Trégan de la « lettre de la honte », cette tribune de 20 personnalités publiée dans le Figaro demandant au Président Emmanuel Macron de « ne pas reconnaître un État palestinien sans conditions préalables ».

Rappelant un certain nombre de faits avérés et reconnus par les instances internationales, Sophie Tregan concluait ainsi : « Quand on conditionne la reconnaissance d’un État à la libération de 49 otages au mépris de la vie de plus de 1,5 million de personnes en proie à un génocide, c’est ni plus ni moins qu’une hiérarchisation des vies humaines selon leur origine ethnique, du suprémacisme ». Julien Théry a reposté le texte, en copiant-collant la liste des signataires de la tribune, qui circulait alors partout à ce moment-là, et a ajouté « génocidaires à boycotter ».

La LICRA a soigneusement omis le post initial, donnant ainsi l’impression que l’historien avait « fait une liste » de noms, au hasard, sans raison particulière. Et elle a ajouté ce commentaire : « On peut être professeur d’Université, se croire progressiste et faire des listes de noms comme sous l’Occupation ». L’effet de ce montage irresponsable de la LICRA a été de déclencher une campagne de harcèlement.

Mais pourquoi une telle démarche de la LICRA, maintenant, alors que le post initial qu’elle a tronqué avant de le diffuser est vieux de deux mois ?

Réponse : cette offensive de la LICRA semble intervenir en représailles à la publication, sur le site Hors-Série.net le 23 octobre dernier, d’un chapitre de son livre intitulé En finir avec les idées fausses sur l’histoire de France paru le 17 octobre dernier aux éditions de l’Atelier. L’article en question – dont  le rédacteur en chef du journal de la LICRA, Emmanuel Debono, a rapidement tenté  une dénonciation sur le site Conspiracy Watch – est une réfutation de l’idée selon laquelle il existerait aujourd’hui un « antisémitisme de gauche », menée à partir d’une synthèse approfondie de l’histoire de l’antisémitisme, en particulier depuis le début du XIXe siècle.

La conclusion en est (sans originalité) qu’il peut évidemment y avoir des cas d’antisémitisme de la part d’individus qui appartiennent à la gauche (antisémitisme à gauche, selon la distinction de Michel Dreyfus), mais que, depuis le tournant de l’Affaire Dreyfus, la gauche a abandonné l’antisémitisme pour des raisons structurelles, alors que la droite nationaliste, à l’inverse, a été et demeure structurellement antisémite.

Plus douloureux : le texte conclut aussi que l’irruption de l’idée d’un « antisémitisme de gauche » dans le débat public depuis à peine plus de deux décennies est liée à la radicalisation de l’entreprise sioniste en Palestine depuis l’assassinat d’Itzhak Rabin et l’abandon des accords d’Oslo. La notion d’« antisémitisme de gauche » vise ainsi en réalité à neutraliser les oppositions à cette entreprise en les rabattant sur le judéocide européen de 1941-1945.

Depuis l’ébullition médiatique provoquée par la tribune des 20 signataires, moment où paraissent l’analyse de Sophie Trégan et le post de Julien Théry, les otages israéliens ont tous été libérés. Force est de constater que la guerre ne s’est pas terminée pour autant. Chaque jour, des dizaines de Palestinien.nes continuent de mourir, sous les bombes ou les balles des snipers, ce qui montre bien que l’enjeu dépassait les otages et concerne le nettoyage ethnique en vue de ce qui serait une colonisation totale de la Palestine. Quiconque souligne sérieusement cet état de fait se voit systématiquement exposé à l’accusation d’antisémitisme.

L’article de Julien Théry, qui démonte cette idée d’un « antisémitisme de gauche », est donc dérangeant pour les soutiens à l’État d’Israël et leurs stratégies de communication.

Nous assistons depuis quelques semaines à une nouvelle offensive générale contre la liberté des universitaires d’étudier et analyser la situation en Palestine. La LICRA est parvenue à faire annuler la tenue au Collège de France du colloque organisé par Henry Laurens. La campagne lancée contre Julien Théry par la LICRA poursuit cette attaque. Il est particulièrement inquiétant de constater que l’ensemble des grands médias reprend à son compte les accusations mensongères de la LICRA sans effectuer la moindre vérification.

Faute de réaction rapide de la communauté universitaire, cette vague de censure et de Maccarthysme à la française (voir également l’entreprise annoncée par le ministère revenant à ficher les universitaires sous couvert d’ « enquête nationale sur l’antisémitisme  dans l’enseignement supérieur et la recherche ») posera une chape de plomb sur la recherche et la vie intellectuelle. Le risque est alors de réduire les universitaires et les chercheurs à des agents d’une propagande d’État.

Pour signer (en indiquant, qualité ou institution de rattachement) : mail à soutienthery@gmail.com

Liste des premières signatures (* = personnalité politique)

Signatures individuelles :

A

 

Géraldine A Tagi

Samy Abbes, Mathématicien, MCF, Université Paris Cité

Kamil Abderrahman

Pierre Abécassis, Médecin, membre de l’Union juive française pour la paix

Julien Abed, MCF, université de Lorraine

Helene Abis, commerciale

* Nadège Abomangoli, Première vice-présidente de l’Assemblée nationale

Jocelyne Abry, Prof EPS retraitée, Col69

Serge Acher Retraité

Albert Achten, Ingénieur

Houria Adoum

Éloïse Adde, Associate Professor, Historienne

Bernard Aghina

Najat Aguidi, écrivain

Pilar Aguilar Carrasco, Analista y crítica de cine

Muriel Aïdam, retraitée de l’Éducation Nationale

Carine Aillerie MCF Sciences de l’information et de la communication, Univ. de Poitiers

Sarah Al-Matary, Professeur des Universités, Lettres, Le Havre

Robin Alamichel

Sylvie Alarcon

Fred Alart

Bérénice Alaterre

Michel Albagnac

Michaël Albaric, enseignant et psychologue clinicien

Pierre Albertini, Historien, professeur de khâgne

Virginie Albrecht, enseignante FLE

Quentin Albrespit 

Gérard Alegre, Illustrateur

Gadi Algazi, Historien, Dept of History, Tel Aviv University 

Nadia  Ali, Chercheuse associée IREMAM-Pôle Histoire & Islamologie, AMU

Majid Alias, Écrivain palestinien

Benjamn Alison

Florence Allègre

Eric Alliez, Philosophe, Professeur, Université Paris 8

Jacques Allo, Ingénieur de recherche en informatique

Tuna Altinel, MCF en Mathématiques, Université Lyon 1

Bruno Alonso, CNRS, Montpellier

Marie-Élisabeth Alves Plateau, Assistance sociale, retraitée

Sabia Amar

* Gabriel Amard, Député du Rhône

Mohamed Ambri, Physicien, académie de Lyon, retraité

Odile Amiand

Anne-Laure Amilhat Szary, Université Grenoble Alpes

Farid Ammar Khodja,  mathématicien retraité

Samia Amor, avocate

Daniel Amoros

* Farida Amrani, Députée de l’Essonne

Sandrine Andréani

Aurore Andrieu, collaboratrice parlementaire

Nadine Andriot, Institutrice retraitée

Aurélie Dianara Andry, Historienne

Jean-Christophe Angaut, Maître de conférences de philosophie, École Normale Supérieure de Lyon

Giovanni Anticona, enseignant d’histoire et géographie dans le second degré

Christophe Anthoine

Frédéric Appell, Consultant

Fazia Arabi

Celine Aranjo, Infirmière 

Fabien Archambault, Historien, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Natalia Arenas

Fanette Arnaud, Médiatrice

Alain Arnaudet

Mathieu Arnoux, Historien, Professeur à l’université Paris Cité

Stéphane Arnoux, Cinéaste et art-thérapeute 

Alain Arrufat

Isabelle d’Artagnan, Présidente de l’IRELP, Historienne associée à Sorbonne Université

Florent Arthaud, OFB – USMB – INRAE

* Raphaël Arnault, Député du Vaucluse

Loïc Artiaga, Professeur en histoire contemporaine, Université de Pau

Linda Arzouni, Cinéaste

Samir-Anatole Asghar, ingénieur

Jean Asselmeyer, Réalisateur

Simon Assoun, Militant décolonial

Stéphane Astre

Agnès Astrup

Florent Aubry, Chercheur retraité

Anne Aubry-Fromentin, Enseignante en lycée à Rennes et docteur en mathématiques

Marie-Andrée Auclair, retraitée de l’Éducation Nationale

Régis Auclair, Développeur informatique

Jean-Michel Augier, Retraité, ancien délégué syndical

Samuel Autexier, Éditeur, Forcalquier

Martine Auzou, Enseignante retraitée

  1. Ambre Ayats, Chercheuse en informatique, University of Eastern Finland

Azadî

Naïma Azzouz, Formatrice, pédagogue critique

 

B

 

Malick Ba

Igor Babou, Professeur à l’université Paris Cité

Kamel Babou, Citoyen engagé 

Stéphane Bachelier

Christian Bachellier, Retraité de l’animation socio-culturelle

Daniel Bachet, Professeur émérite à l’Université d’Evry-Paris-Saclay

Mireille Bacque

Malika Margaux Bada, Décoration/vêtements de 2nde main, auto-entrepreneuse

Pierre Badie, Enseignant à la retraite

Alain Badin de Montjoye

Marie Badiou Viguié

Abdallah Badis, Cinéaste

Abdallah Badra, Maitre de conférences

Cécile Baduel, Syndicaliste enseignante

Marie-Rose Baeza, Enseignante retraitée

Danielle Bailly-Salins, Enseignante retraitée

Vincent Bailly-Salins, aide-soignant

Christophe Baixas, Ingénieur Architecte dans l’industrie navale

Sandeep Bakshi, Maître de conférences, Université Paris Cité

Alex Baladi, auteur de BD

Viviane Baladi, Mathématicienne, Directrice de recherches au CNRS à la retraite

Jérémy Balan, Docteur en Histoire, Université Bordeaux Montaigne

Arthur Balana, ingénieur, université de Bordeaux

Vincent Balandre Université de Poitiers

Alessio Baldini, chercheur, Paris 

Anne-Aurore Baldo, Docteure en Lettres 

Étienne Balibar, Philosophe

Ludivine Bantigny, Historienne

François Barbazanges

Fouad Barbouch, Avocat

Houcine Bardi, Avocat

Jean-Luc Barfleur, Consultant Formateur en Droit du travail

Claudie Barles

Bernard Barré, Dessinateur militant 

Bernard Barthalay, Économiste, Enseignant-chercheur à la retraite

Marie-Joëlle Barthuet, retraitée

Vincent Basabe

Pascal Bataille, Producteur animateur TV

Olivier Baudry, Graphiste

Esther Bauer, Syndicaliste éducation à la retraite

Yves Baumgarten, Professeur de philosophie à la retraite

Ludovic Baussant

Renaud Bazin, Technicien

Isabelle Beaurepaire, Professeur

Ibrahim Bechrouri, PhD, Assistant Professor at the University of Ottawa

Jean-Luc Becquaert, Retraité, syndicaliste, Tarn-et-Garonne

Sophie Bédue, Professeur des écoles  retraitée

François Bégaudeau, Écrivain

Zulejha Begeta, Pianiste, enseignante

Agnès Beguere, Professeur de philosophie, retraitée de l’Education nationale

Pascal Beining

Chahinez Bekhaiti, Professeure en lettres modernes dans le secondaire

Emma Belkacemi-Molinier, ATER, Université de Limoges

Alain Bellido, MCF Retraité de l’Université Rennes 1

Marina Belney-Ruiz

Jean-Serge Beltrando, Compositeur

Catherine Ben-Aïm Grau, Médiatrice culturelle 

Bachir Ben Barka, MCF mathématiques, retraité

Yazid Ben Hounet, Anthropologue, CR-HDR CNRS, Lab. d’Anthropologie Sociale

Leïla Benabed, Travailleuse sociale

* Malika Benarab Attou, Ex-Eurodéputée

Maxime Benatouil, Militant à Tsedek !, enseignant 

Naziha Benaziza

Omar Benderra, Économiste, membre d’Algeria Watch

Laila Benderra, Pédiatre

Salima Bendif, Professeur de philosophie

Christian Benedetti, Acteur et metteur en scène

Yassir Benhima, Professeur, Université Lyon 2

Yvan Beniero

Habib Benmedjahed, Pénitentiaire d’insertion et de Probation  (Ministère de la Justice) 

Christophe Benoit, Professeur agrégé d’histoire

Jamila Bensaci, Autrice et comédienne 

Nadia Bensaha

Fabrice Bensimon, Sorbonne Université

Souad Bent-Abbès, Chargée d’études au Ministère de l’éducation nationale

René Bénuffé, Retraité (Deux-Sèvres)

Badis Benyahia, Chef d’établissement scolaire public retraité

Philippe Bérard, Ingénieur

Bertrand Berche, EC, Université de Lorraine

Daniel Beretz, Retraité recherche publique

Alma Bergeaud, Agent territorial, responsable documentaire en médiathèque

Jean Berger, Enseignant et historien

Marie-Claude Bergouignan, Prof. des Univ. honoraire, membre de l’Union juive française pour la paix

Judith Bernard, Enseignante

Luc Bernard, Professeur de mathématiques retraité

Noël Bernard, MCF Mathématiques retraité, poète

Danielle Bernet, Professeur de mathématiques retraité (classes prép. aux Grandes écoles)

Éric Bernet, Retraité, Ancien chef de service au ministère chargé de la recherche et de l’enseignement supérieur

Bertrand Bernier, Chargé de production

Eric Berr, Économiste, Université de Bordeaux

Nathalie Berriau

Vincent Berthelier, MCF Lettres, Université Paris Cité

Muriel Berthelot, Citoyenne engagée

Stéphane Berthois, Adaptateur, traducteur

Annick Berthoy, Professeur d’histoire

Patrice Bertin

Arno Bertina, Écrivain

Francesca Bertino, Enseignante d’histoire et géographie

Antoine Bertrand, Attaché de presse indépendant

Elodie Bertrand, Économiste, CNRS

Yves Bertrand, Ingénieur-chercheur retraité

Françoise Besseyre, Retraitée

Jacqueline Besson, retraitée

Philippe Besson

Magali Bessone, Professeure de philosophie politique, Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Owen Beuchet, Enseignant

Martine Beugnet Enseignante Chercheuse

Josiane Bevilacqua, Militante La France Insoumise

Jacky Beynet de Pont-du-Château

Christine Biancarelli, Enseignante (FLE)

Frederique Bianchi, Éditrice

Lorenzo Bianchi, Cinéaste, Producteur, Enseignant à l’Université Gustave Eiffel

Giuseppe Bianco, Philosophe, maitre de conférences à l’Université Ca’ Foscari de Venise

Claude Biardeau Proviseur retraité 

Laurence Biberfeld, Écrivaine

Gaëlle Bidan, Directrice des Éditions de l’Atelier

Alain Bihel, Journaliste

Alain Bihr, Sociologue, professeur honoraire, Univ. de Bourgogne Franche-Comté

Sylvain Billot, Statisticien économiste

Gérard Billy, Retraité de l’Éducation nationale

Aurore Birba Bachet, fonctionnaire

Antonia Birnbaum, Professeure de philosophie, Université Paris 8

Daphné Bitchatch, artiste peintre, auteure

Magali Bizot, écrivain occitan, enseignante retraitée

Catherine Blacher, retraitée

Julien Blanc, Anthropologue, Maitre de Conf. du Muséum National d’Histoire Naturelle

Nathalie Blanchard, Action populaire en marais poitevin

Edgar Blaustein, militant associatif

Max Blechman, Directeur de programme, Collège International de Philosophie

Alexia Blin, MCF en Histoire des États-Unis, Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3

Étienne Bloc, Scénariste

Evelyne Bloch, formatrice retraitée, Union Juive Française pour la Paix

Suzette Bloch, petite fille de Marc Bloch, ancienne journaliste à l’AFP

Cyril Blondel, Université de Reims Champagne-Ardenne, MCF en géographie

Brigitte Bobiet, retraitée, militante CGT

Daniel Bodi

Milan Boehrer-Fourel

Erick Boiron, Ancien étudiant à l’Univ. Lyon 2

Beatrice Bojanowski

Ludovic Bonduel, Docteur en Science politique, chercheur affilié au CEMTI, Univ. Paris 8

Théo Bon-Mardion étudiant en master de sociologie a l’Université Lyon 2

Isabel Boni, sociologue, université Paris 8

Livio Boni, psychanalyse, ancien dir. de programme au Collège international de philosophie

Agnès Bonnaud, Géographe, Université Lyon 2

Patrick Bonneau

Christophe Bonneuil, Historien, DR CNRS

Didier Bonneton, FO lycées et collèges de l’Ain

Anthony Bonnin, restaurateur

Aude Bonnin, enseignante retraitée, membre de l’Union Juive Française pour la Paix

Véronique Bontemps, Anthropologue, CR CNRS, IRIS

Arminé Boranian 

Alexandre Bordier, Responsable artistique des Compagnie Sale Bête Prod (F) et le Bestiaire Prod (CH), Comédien

Rachele Borghi, Sorbonne Université

Sylviane Borie, Retraitée

Yannick Bosc, Historien, Université de Rouen Normandie

Saïd Bouamama, Sociologue

Louisa Bouazza 

Serge Bouc, Directeur de recherches émérite au CNRS

Jean-Pierre Bouché, Directeur de recherches CNRS, retraité

Fadila Boucherak 

Juliette Bouchery, comédienne et auteure

Jean-Christophe Boucly, Professeur de lettres modernes en lycée, docteur de l’EPHE

Louise Boudellal

Abdel. H. Boudoukha, Pr. Psychologie clinique,  Psychopathologie et Psychothérapie

Sylvie Bouffartigue, Professeure des universités, études culturelles latino-américanistes et caribéennes, UVSQ-Paris Saclay.

Abdelhak Bougouffa, Docteur-Ingénieur

Jean-Claude Bourdin, Professeur émérite de philosophie à l’Université de Poitiers

Vincent Bourdin, Ingénieur de recherches, CNRS – GeePs – Centrale – Supélec

Nicolas Bourgoin, Maitre de conférence en sociologie, Université de Franche-Comté 

Benjamin Bourlier

Christine Bourré, Professeur, retraitée

Jean-Fred Bourquin, auteur

Samir Bousnina militant décolonial, PDH

Youcef Boussaa, Psychiatre des Hôpitaux retraité

  1. Boussekine Hamel, travailleuse sociale

Jérôme Boutin, gestionnaire de contrat de prévoyance

Veronika Boutinova, autrice, membre de la Caalap

Francoise Bouvier, enseignante

Josee Bouvier, Enseignante

Monique Bouvier, Enseignante retraitée

Mathieu Bouvier, docteur en art, Université Paris 8

François Bouyer, enseignant retraité

Nasser Bouzid, Enseignant ENSAD

Boris Bove, Professeur d’Histoire médiévale, Université de Rouen Normandie

Magali Boyer- Meneghello, Professeur des écoles à la retraite.

Gérard Bras, Philosophe, ancien professeur de classes préparatoire

Herve Brassart, retraité

Florence Braud, militante des droits humains

Stéphane Brault

Rony Brauman, Ancien président de Médecins sans frontières

Mark Bray, Assistant Teaching Professor, History Department, Rutgers University-New Brunswick

Christian Brazier

Jean Paul Brenelin, Chef d’entreprise, militant assiciatif

Thierry Brésillon, journaliste

Gérard Bricet, Retraité militant paysan et associatif

Iléna Briday, Étudiante

Bérangère Briffaux, professeure d’anglais 

Marc Brisy

Charlotte Brives, Directrice de Recherche CNRS, Anthropologue

Déborah V. Brosteaux, Chercheuse et enseignante à l’Université Libre de Bruxelles

Michel Broué, Mathématicien, professeur émérite à l’Université Paris Cité

Guy Bruit

Samuel Brunner, enseignant

Anne Brunswic, Journaliste et écrivaine

Xavier Bry, IMAG, Université de Montpellier

Déborah Bucchi, Université de Lorraine

Sebastian Budgen, Éditeur

Nans Buisson, Professeur de lettres-histoire-géographie-EMC en lycée professionnel

Julien Bugli

Pierange Buondelmonte

Emmanuel Burdeau, Critique

Pascal Buresi, Historien, Directeur de Recherche CNRS

Laurence Burger, Enseignante dans le secondaire

Fabien Burgevin, Chauffeur accompagnateur

Patricia Bzdrenga

 

 

C

 

Élie Cabot, Élève à l’ENS de Lyon

Claire Cachot

* Pierre-Yves Cadalen, député du Finistère

Séverine Cadier, Artiste

Alain Calderon, Militant URC

Michel Calvès, Retraité SNCF, syndicaliste

Pascal Calvet

Monique Calvi

Nathalie Cambon

Éric Campoy, MCF, Université PSL-Dauphine

Pascale Camuset, Citoyenne

Daniel Candas

Viviane Candas, cinéaste

Robin Candau, Professeur, Université de Montpellier

Marco Candore, Comédien, auteur

François Cansell, Professeur des universités, Bordeaux INP

Marie-Josée Capdecomme, Infirmière retraitée

Michel Caponio, Chef d’antenne 

Elsa Capron, Maître de conférence, Université de la Réunion

Nathalie Caram, Citoyenne

Rémy Cardinal, Artiste musicien, militant Réseau salariat 

Loïc Carenton, Enseignant

Blandine Carlod, Retraitée

Clément Carnielli, Historien

*Aymeric Caron, Député

Damien Carraz, Historien, Professeur à l’Université de Toulouse Jean-Jaurès

Ava Carrère, Auteur-compositeur-interprète 

Michel Carraro, Cadre de l’Éducation nationale

Emmanuel Carre Donnili, Avocat

Thierry Caruana, Instituteur retraité

Eric Casamitjana

Arthur Casas, ENS Lyon

Benny Cassuto, Médecin

Anne Castagné, Médecin

Lucette Castarlenas

Nicolas Castel, Sociologue mcf, Université de Lorraine

Dominique Caubet, Professeure émérite d’arabe maghrébin, INALCO

Philippe Caufour

Martial Cavatz, Écrivain

Téo Cazenaves, Doctorant, UPEC

Bruno Cénou – Informaticien CNRS

Simonetta Cerrini, Historienne

Myriam Chaabane

Pierre-Antoine Chabriac, Maitre de conférence en ENSA

Brigitte Challande, Presse indépendante Montpellier

Gaëtane Chammas-Breysse, Étudiante

Frédérique Chamon

Alain Champaux professeur agrégé retraité 

Jean-Paul Chanel

Christophe Claude, Médecin (et fidèle auditeur de « On s’autorise à penser »)

  1. Chanet Courtine, enseignante

Didier Chapelot, Médecin, ancien MCF en Physiologie, Univ. Sorbonne Paris Nord

Alexis Charansonnet, Historien à la retraite, Université Lumière Lyon 2

Eric Charbonnier

Jean-Paul Chardon, Psychiatre des hôpitaux

Sandrine Malika Charlemagne, Autrice, réalisatrice

Laurence Charlier Zeineddine, MCF en anthropologie, Université Toulouse Jean Jaurès

Éric Charpentier, Citoyen, retraité

Christine Charretton, Maîtresse de Conférences Honoraire

Denis Chartier, Géographe, Professeur des universités à l’Université Paris Cité

Frédéric Chartrain, Ingénieur d’études CNRS à la retraite

Pierre Chary, Enseignant

Dominique Chassaing, Informaticien

David Chataur, Professeur des universités, Amiens

Francis Chateauraynaud, Sociologue, Directeur d’études à l’EHESS

Claire Chatelain, Chargée de recherches, habilitée, CNRS, Centre R. Mousnier/Sorbonne Université

Pierrick Chauvet

Estelle Chauvey, IDE en hôpital psychiatrique

Sébastien Chauvin, Sociologue, Université de Lausanne

Marc Chavassieux 

Catherine Chavichvily, Collectif Palestine 69

Sylvie Chazalette

Jean-François Chazerans, Professeur de philosophie

Guy Checinski

Rachid Cherif

Farah Cherif Zahar, Maîtresse de conférences, Université Paris 8

Frédéric Cherrier

Abdelhak Chetioui

Jean-Jacques Cheval, Professeur émérite des Universités, Univ. Bordeaux Montaigne

Sylvie Chevallier

Marie Pascale Chevance Bertín, Psychanalyste

Lucien Chich

Marianne Chich Magnolfi, Médecin, Lyon

Jacques Chiffoleau, Historien

Lounes Chiki, DR1 CNRS, Évolution et diversité biologique, UMR5300, Toulouse, UT3

* Sophia Chikirou, Députée de Paris

Roxane Chilà, MCF, Université Bordeaux-Montaigne

Yves Chilliard, Chercheur INRAE retraité

Mona Chollet, Journaliste, essayiste

Sylvain Chomienne, directeur d’une médiathèque municipale de la métropole de Lyon

Loïc Chuiton

Élodie Claeys, Éditions isabelle sauvage

Charles Clapaud, Compositeur

Kevin Clarke

Jocelyne Clavelloux

Daniel Clesse, Ingénieur en biologie

Emmanuelle Clopeau

Jean-François Clopeau, Retraité de l’enseignement

* Hadrien Clouet, Député de la Haute-Garonne

Malika Olga Coadou, Citoyenne, paysanne et aveyronnaise

Isabelle Cochelin, Historienne, Université de Toronto

Albert Cohen, Professeur, Sorbonne Université

Deborah Cohen, MCF, histoire, Université de Rouen

James Cohen, Sciences politiques, Professeur émérite, Sorbonne Nouvelle

Sandra Cohuet, Médecin 

Catherine Colin, Militante Solidaire – membre du mouvement de la paix – Artiste peintre

Philippe Colin Maitre de conférences Université de Limoges

Christophe Collin

Pascal Collomb, Historien médiéviste

Chrystel Colomb, professeure de lettres modernes, retraitée

Nathalie Combase, PerDir EN à la retraite

Sonia Combe, historienne, Berlin

Marie-Hélène Congourdeau, Historienne 

Acacia Condes, Agrégée de l’université.

Pascal Connan, Instituteur retraité

Marie Constant, Pair aidante familiale

Antonella Costantini

Anne Coppel, Sociologue

Natacha Coquery, Historienne, Professeure émérite à l’université Lumière Lyon 2

Geneviève Cordelle, Retraitée

Laurent Cordonnier, Économiste, Professeur à l’Université de Lille

Anne Coret, Musicienne, cgt, retraitée 

Annie Cormery

Jonathan Cornillon, Maître de conférences en Histoire romaine, Sorbonne Université

Christophe Cornut, CR / CNRS en Mathématiques

Bryan Cosman

Marie Cosnay, Écrivaine

Hélène Cottet, MCF anglais, université de Lille

Luc Coubard, Ingénieur

Christian Coudène, Professeur de Sciences Economiques et Sociales

Céline Coudreau

*Jean-François Coulomme, Député de la Savoie

Magali Coumert, Professeure d’Histoire, Université de Tours

Charlotte Courreye, MCF, Lyon 3

Jacques Courtès, Comédien

  1. Coutarel, Retraitée assistante sociale  – conseillère conjugale

Olivier Crabbé, Militant CGT UD 04

Caroline Cranskens, Soulèvements de la Terre Corrèze

Julien Cranskens, Libraire

 Julien Crépieux, Artiste

Cassandre Crespin, Doctorante en littérature, ATER à Sorbonne Université

Jean-Yves Croizé, Enseignant à la retraite, Université de Cergy-Pontoise, Réalisateur

Jean-Claude Croizet, Professeur de psychologie sociale, Université Clermont Auvergne 

Christian Crouzet, Université Savoie-Mont-Blanc

Florian Cruau

Alexis Cukier, Maître de conférences en philosophie, Université de Poitiers

Benoit Cursente, Dir. de recherche CNRS retraité- UMR FRAMESPA, Université Jean Jaurès Toulouse

André Curtillat

François Cusset, Historien

Thomas Cuvelier, Doctorant en Sociologie, Université de Paris 8 Vincennes Saint Denis

Philippe Cuziol

Xavier Czapla, Comédien et metteur en scène

 

D

 

Jeanne Da Col Richert, Strasbourg

José Da Cunha, Correspondant local La Rochelle des Amis du Monde diplomatique

Béatrice D’Arco, Enseignante retraitée

Anne Dahlstrōm, Cadre culturel retraitée

Fabien Darmon, Ingénieur

Maxime Da Silva, Co-Président du Réseau national des élu·es insoumis·es et citoyen·nes

Nicolas Da Silva, Économiste

Michel Dagorne, Retraité

Ahmed Dahmani, Militant des droits humains

Jocelyne Dakhlia, hHistorienne et anthropologue

Marie-Émilie Dalby, Libraire

Olivia Martina Dalla Torre, PhD

Arnaud Damelincourt, Musicien retraité CGT SAM

Sandrine Damour

Pierre Damville, Retraité

Mary Darmon

Philippe Daumas, Secrétaire de rédaction de la Revue d’histoire sociale

Évelyne Daumas-Martin, retraitée de l’Éducation Nationale

Anne Dauphiné

Nicolas Daussat

Philippe Dautrey, Économiste, docteur en civilisation hispanique

Tanguy Daveine, Étudiant en Master de Cinéma documentaire à Lyon 2, militant à L’APRES

Pascal Davoury, Gestionnaire scolarité 1re année et Filières intégrées binationales, Sciences Po Bordeaux

Simon Dawes, Maître de conférences, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Sonia Dayan Herzbrun, Professeur émérite, Université Paris Cité

Patrick De Haas, Historien de l’art, Université Paris 1

Cindy De Oliveira Vicente

Hélène Débax, Professeur d’histoire médiévale, Université Toulouse 2 Jean-Jaurès

Stephanie Debelvalet 

Régine Dejour, Professeur d’EPS, retraitée

Yann Dejugnat, Maître de conférences, Historien, Université Bordeaux Montaigne

Fanny Dekkari 

Antoine Delachenal, Étudiant à Lyon II

Christian Delacroix, Historien

Thierry Delair, Professur honoraire des Universités, Université Lyon 1

Alexis Delahaye, Réalisateur

Julien Delalande, Ingénieur

Geneviève Delanné, Comédienne 

Christian Delarue, Altermondialiste ATTAC France et CADTM France

Frédéric Delarue, Docteur en histoire contemporaine

Thalie Delaunay, Enseignante

Adrien Delespierre, MCF de sociologie,Université de Tours

Joël Delhom, Maître de conférences HDR, Université de Bretagne-Sud

Sameh Dellaï, MCF

Irène Delorme, Étudiante 

Stéphane Delorme, Union juive française pour la paix

Guillaume Delteil, Professeur agrégé d’Histoire, Montpellier 

Camille Deltombe, Éditrice

Thomas Deltombe, Éditeur

Yannis Delvin-Moradel

Monique Demare, Enseignante

Stanislav Demidjuk, Animateur culturel, écrivain. 

Marc Demyttenaere, Retraité

Laurent Denave, Chercheur indépendant en sciences sociales

Emmanuel Deragne

Jean-Pierre Derrier, Doctorant en Histoire des mondes médiévaux, Univ. de Savoie-Mont-Blanc

Bruno Deschemps, Urbaniste des systèmes d’informations, Grand Poitiers Communauté urbaine

Camille Descombes, Professeur des écoles dans les Alpes-de-Haute-Provence

Alain Desjardin, Ingénieur retraité

Claire Desmitt, MCF, Université Paris 8

Vinciane Despret, Philosophe, Professeur associé émérite, Université de Liège

Anny Desreumaux, Professeur d’histoire retraitée

Pierre-Marie Dessaint, Retraité

Jean François Dessetz

Rosa Maria Dessi, Historienne, Professeur, Université de Nice

Chris Devanz, Scientifique à la retraite 

Yveline Dévérin, MCF géographie, retraitée Université Toulouse 2

Isabelle Didier

Issahnane Djamal, Militant antiraciste, syndicat  Solidaires.

Souleymane Diop, Enseignant en Retraite  

Karima Direche, Historienne, directrice de recherche CNRS

Sophie Djigo, Philosophe, directrice de recherche au Collège international de Philosophie

Fabrice Domingo, Libraire

Alain Dontaine, Retraité Université Grenoble Alpes, enseignant en géopolitique 

Anne Doquet, Chercheuse à l’IRD

Françoise Doray, Professeure d’Histoire retraitée

Charles Doron, Retraité

Coline Dottin, Étudiante de l’ENS de Lyon

Jean-Louis Douliéry, Ingénieur à la retraite 

Emmanuelle Doulle

Yann Dourdet, Enseignant en Philosophie

Françoise Draperi

Joss Dray, Auteur(e) photographe et membre de l’Union Juive Française pour la Paix

Ariane Dreyfus, Poète

Nadia Dridi

Michèle Driguez, Militante associative

Daniel Driesbach

Colette Drogoz, Enseignante

Bruno Drweski, Professeur d’université, responsable de la Commission internationale de l’Union pour la Reconstruction Communiste

Lilette Ducher, Artiste Chorégraphique

Françoise Dubois, Retraitée de la fonction publique

Quentin Dubois, Doctorant et enseignant vacataire. Département de philosophie Paris 8

Vincent Dubois, Professeur à Sciences Po Strasbourg

Michel Dubor, Retraité

Didier Ducasse Petraité

Nicolas Duffour, Journaliste

Aurélie Dufour

Mathieu Dufour

Vincent Dufrène Photographe

François Dulac, Chercheur-ingénieur CEA, Labo. des Sciences du Climat et de l’Environnement 

Catherine Dulhoste

Gaspard Dumas, Étudiant

Yoann Dumel-Vaillot, Docteur en philosophie, Université Lyon III

Nathalie Dumont, Professeur des écoles

Stéphane Dumouchy, Syndicaliste, SUD PTT

Olivier Dumoulin, Historien, Professeur des Universités

Dominique Dupart, MCF Littérature française, Lille

Alexandre Dupont, MCF en histoire contemporaine, Université de Strasbourg

Huguette Dupont, Retraitée du secteur médicosocial

Martine Dupont, Citoyenne

Pierre Duport, Retraité Education Nationale

Nicole Duprat, Retraitée de l’enseignement Agricole Public et syndicaliste de la FSU

Agathe Dupré

Anne-Claire Dupuis, Enseignante de mathématiques 

Caroline Dupuis, Rédactrice technique

Laure Dupuis, Éducatrice spécialisée 

Olivier Dupuis, Militant syndical

Stéphanie Dupuis, Architecte

Frédérique Dupuis-Chamon

Dido Dupuy, Réalisateur audiovisuel

Ouad Dur, Enseignant à la retraite

Anne Durand, Comédienne

Cédric Durand, Professeur Associé d’Économie Politique, Université de Genève

Fabienne Durand, Fonctionnaire de l’État

Alain Duray, Chercheur émérite, membre de l’Observatoire des Libertés Publiques

Marie Duret-Pujol, MCF d’Études Théâtrales, Université Bordeaux Montaigne

Bruno Durieu

Jean-Marc Duriez, Ancien maire de Longlaville

Frédéric Duten, Chef de projets informatiques

Marie Dutertre

Jean-Claude Dutouya, Retraité Enseignant libre penseur

Willy Duval, Réalisateur de courts métrages et chanteur, ouvrier

Omar Dziri

 

E

 

Nicole Ebelé

Vincent Édin, Journaliste et esssayiste

Ivar Ekeland, Ancien Président de l’Université Paris-DauphineA

Tamim El Ahmad, Postdoctorant, Université d’Édimbourg

Ilias El Faris, Scénariste, réalisateur 

Widad El Kodyeme, Psychothérapeute

Lina El Soufi, Doctorante en sociologie

Sandrine Elaigne, Chercheur CNRS section 34.

Paul Elek, Doctorant en sociologie et chroniqueur sur le Média TV

Alain Eludut

Philippe Encrenaz, Professeur de philosophie

Jérémy Eneu, Conducteur routier

Jean-Christophe Eon, Écrivain

Camille Escudero, Libraire

Frédéric Espi, Militant insoumis

Maitena Etcheber, Enseignante à la retraite 

Marine Etchecopar, Libraire

Françoise Étienne

David Even, Vidéaste

Sylvain Excoffon, Maître de Conférences, Université Jean Monnet, Saint-Etienne

Kaïs Ezzerelli, Enseignant

 

F

 

Marguerite Fabre, Libre penseuse et syndicaliste FO

Anne Faisandier, Documentariste

Christian Faivre, Salarié dans l’industrie

Isabelle Fakra

Jean-Claude Fall, Metteur en scène, Comédien, Auteur

Alain Falque, Retraité

Jules Falquet, Professeure, Université Paris 8 St Denis

Jehanne Fahmy, Réalisatrice

Gabriel Faraud, MCF en mathématiques

Marie Fare, Maitresse de Conférences en Économie, Université Lyon 2

Rémy Fargeas

Pierre Fargeton, Enseignant-chercheur, Musicologie, Université Jean-Monnet

Didier Fassin, Professeur

Éric Fassin, Sociologue, Professeur à l’Université Paris 8 Saint-Denis

Gwen Fauchois, Ancienne vice-présidente d’Act Up-Paris

Michel Faur

Emmanuelle Faure

Sylviane Faure

Pascale Fautrier, Écrivaine et pofesseure de culture générale en BTS

Nicole Fayman

Sonia Fayman, Sociologue, porte-parole de l’Union Juive Française pour la Paix

Georges Yoram Federmann, Psychiatre Gymnopédiste, Strasbourg

Philippe Feirrera

* Mathilde Feld, Députée de la Gironde

Claire Feltain, Médecin

Guy Ferdinande, Rtraité

Nicolas Férey, Enseignant-Chercheur, élu FSU CA Université Paris Saclay,

Mohamed Chérif FERJANI, Professeur Honoraire Université Lyon2, Président du Haut Conseil Scientifique de Timbuktu Institute, African Center for Peace Studies

Salah Ferkoune, Syndicaliste

Mathieu Ferradou, MCF en Histoire Moderne, Université Paris Nanterre

Elvire Ferrand Testoni, Éducatrice

Pascale Ferrand, Ingénieur d’Etudes CNRS retraitée

Jérémy Ferrer, Bron

Eliane Ferrier

Olivier Ferrisse, Militant LFI

Antoine Fersing, Enseignant

Cristina Feruglio

Olivier Filhol, Sociologue à ÉRASME

Olivier Fillieule, Dir. de recherches au CNRS, Prof. ordinaire en sc. pol. à l’Univ. de Lausanne

Aïcha Finance, Artiste dramatique

Aline Fintz, Ingénieure d’étude, Univ. de Savoie Mont Blanc

Karin Fischer, Prof. des Universités, études irlandaises et britanniques, Univ. d’Orléans

Viviane Fischer, Médecin retraitée, Union Juive Française pour la Paix

Michel Fischof

Frank Fleismaher, Être humain

Eric Fleurimont, Militant anticolonialiste

Jonathan Florentin

Renée Fluck-Papeil, Professeure retraitée

Monique Foissac, Université Toulouse Jean Jaurès

Virginie Foloppe, Sorbonne Nouvelle

Jacques Fontaine, MCF honoraire de Géographie, Université de Besançon

Joëlle Fontaine, Agrégée d’Histoire, enseignante retraitée

André Forest

Patrice Forte, Retraité

Arnaud Fossier, Historien, MCF Université de Bourgogne

Maryline Fouché

Faouzi Foudil

Dahbia Foudili, Enseignante à la retraite.

Isabelle Fouquay, Professeure agrégée d’anglais retraitée

Benoît Fourchard, Écrivain

Michèle Foxonet

Thomas Françon, Fonctionnaire

Mathilde Fras, Programmatrice de salles associatives art et Essai à Caen

Emmanuel Fraisse, Cinéaste

Françoise Fressonnet, Anthropologue 

Bernard Friot, Économiste

Marie-Paule Fristot-Rousselot, Retraitée de l’Éducation Nationale

Arnaud Frossard, Éditeur

Yves Fruchon, Humaniste, consultant retraité

 

G

 

Fabrice Gaborieau

Patricia Gabriel

Joel Galera, Retraité de la fonction publique

Frédérique Galisson, Enseignante

Davide Gallo Lassere, MCF en Politique Internationale, Université de Londres

Fanny Gallot, Historienne

Lola Gamper, Syndiquée CGT

Paul Gandy

Michelle Garcia, Union Juive Française pour la Paix

Blanche Gardin, Humoriste, Actrice

Christelle Garnier, Aidante

Jocelyne Garnier

Julie Garnier, Historienne

Sébastien Garnier, MCF Paris 1

Isabelle Garo, Philosophe

Marina Garrisi, Éditrice

Denis Gasiglia, Responsable associatif, Médiateur culturel 

Claire Gaspard, Enseignante retraitée.

Aurore Gathérias, Enseignante

Christophe Gaubert, Sociologue, Université de Limoges

Frank Gaudichaud, Professeur, Hist. et études latino-américaines à l’Univ. Toulouse Jean-Jaurès

Guillaume Gaudin, Professeur d’Histoire moderne, Université Toulouse Jean Jaurès

Nathalie Gaulier, Militante politique, animatrice en maison de retraite

Jean-Luc Gautero, Maître de conférences émérite en Philosophie des sciences, Université Côte d’Azur

Florence Gauthier, Historienne de la Révolution française

Richard Gautier

Siegfried Gautier, Enseignant

Xavier Gautier

Marylène Gauvin

Akis Gavriilidis, Écrivain, traducteur

Andrée Gaye, Retraitée Éducation nationale

Vincent Gayon, Universitaire

Linda Genin, Citoyenne militante

Pascal Génot, Auteur

Louis Genoud, Professeur de mathématiques retraité

François Gentili, Archéologue, Ingénieur chargé de recherches

David Geoffroy, Auteur – réalisateur 

Sylvain George, Cinéaste

Christakis Georgiou, MCF contractuel, Institut d’Études Européennes, Université Sorbonne Nouvelle

Christian Gérard, Maitre de conférences retraité

Isabelle Gérard, Enseignante retraitée

Valérie Gérard, Professeure de philosophie en classe prép. aux grandes écoles

Mohammed Ghennam, Cadre informaticien

Catherine Ghidaoui

Stéphane Ginouillac, Mathématicien, MCF, Université de Cergy

Carlo Ginzburg, Historien

Angélique Giorgi de Simone, ancienne journaliste, naturopathe. 

Jules Girard, Enseignant

Thierry Girardeau, Artiste peintre et auteur

Marc Girod, Retraité 

Yves Giroud, Dessinateur de presse

Michèle Giroudon Clavel, Retraitée de l’EN

Ève Giordani, Artiste

Giuglietta, Autrice

Fabrice Giuggioli

Laurence Glâtre, Aide-soignante à la retraite

Dominique Glaymann, Professeur des universités émérite en Sociologie, CPN, Univ. Évry

Jacques Gleyse, Professeur des Universités émérite, Université de Montpellier

Éric Gobe, politiste, Directeur de recherche au CNRS

Catherine Goblot Cahen, Retraitée de l’EN

Jean-Christophe Goddard, Professeur des Universités, Université de Toulouse 2 Jean Jaurès

Richard Godec, Développeur

François Godicheau, Historien, Professeur à l’Université de Toulouse Jean-Jaurès

Stéphane Goetghebeur 

Benjamin Golly, Enseignant-Chercheur, Université Savoie-Mont-Blanc

Catherine Goldstein, DRCE émérite, Histoire des sciences mathématiques

Frédéric Gonthier, Professeur, Sciences Po

Christophe Goupil, Professeur, Université Paris Cité

Claude Gout, Géologue

Francis Gout

Lionel Goutelle, Retraité de l’Éducation nationale

Isabelle Goutmann, Directrice d’un média local & indépendant

Justino Gracia Barrón

Massimo Granata, Ingénieur de recherche CNRS

Corinne Grassi, Chargée de projets socio-culturelle

Jordi Grau, Citoyen et professeur de philosophie

Florent Gravouil, Éducateur spécialisé et artiste/technicien du spectacle vivant

Jean-Guy Greilsamer

Georges Grekos, Maître de Conférences (Université de Saint-Etienne), retraité

Patrice Grevet, Professeur honoraire de sciences économiques à l’Université de Lille

Bernadette Griot, Graphiste et éditrice

Rabhia Guasch, Infirmière

Haud Guéguen

Mariem Guellouz, Université Paris Cite 

Salah Guemriche, Essayiste

Nacira Guénif, Professeure des Univ., Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, LEGS

Vincent Guerpillon, Comptable

* Clémence Guetté, Vice-présidente de l’Assemblée nationale

Joël Guibert

Mourad Guichard, Journaliste indépendant

Romain Guicharrousse, MCF Histoire, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Gérard Guidini Professeur agrégé retraité

Benoit Guidoux,  Citoyen engagé

Alain Guillard

Luc Guillebert

Patrice Guillemoto, Citoyen retraité

Corine Guillerault

Jacques Guillermet, Cadre supérieur retraité

Paul Guillibert, Chargé de recherche CNRS, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Claude Guilbaud, Enseignant retraité

Nicolas Guivarc’h, Professeur d’Histoire

Pascal Grisoni, Citoyen

Georges Günther, Militant associatif

Pascale Gustin, Paysanne

Patrick Guyot Bitchatch, Ancien administrateur de l’État dans les ministères sociaux

 

H

 

Emilie Hache, Maîtresse de conférences HDR 

Olivier Hache

Gérard Haddad, Psychiatre, Psychanalyste, Écrivain

Rachid Hadjij, Consultant

Gabriel Hagai, Rabbin

Jean-Louis Haguenauer, Pianiste, Professor Emeritus, Indiana University Jacobs School of Music

Guillaume Halb, Président du Comité Palestine Rodez, Aveyron

Christelle Hamel, Sociologue, Chargée de recherches à l’Institut national d’études démographiques.

Anne-Marie Hamon, retraitée

Ouassim Hamzaoui, MCF Science politique, Avignon Université

Sari Hanafi, Professeure de Sociologie, American University of Beirut 

Odile Hanquez Passavant, Enseignante

Tarek Haoudy, Scénariste

Agnès Harrault

Colette Hasne, Doctorante

Fabrice Hauet, Masseur bien-être

Jérôme Hayez, Chercheur en histoire

Clémence Hébert, Cinéaste

Xavier Hélary, Historien, Professeur, Sorbonne-Université

Frédéric Hélein, Professeur (Mathématiques), Université Paris Cité

Aubin Hellot, Cinéaste 

Annick Hemon, Chanteuse Comédienne 

Antoine Hennion, École des Mines, Paris

Amadéi Henri

Iris Henry, Professeure d’allemand, SNFOLC17

Odile Henry, Sociologue, Professeure à Paris 8

Louis Henrot, travailleur social

Nicolas Hensel, Assistant d’enseignement artistique

Denis Hermann, Historien, Chargé de recherche au CNRS

Sylvie Hérold, Retraitée Fonction publique européenne 

Marie Hesse, Enseignante
François Hillion Philosophe, Président d’association accès à la culture pour tous

Jeanne Hillion, Assistante de service social et victimologue

Thomas Hippler, Professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de Caen Normandie

Sophie Hite-Prat, Enseignante à la retraite

Frédéric Hoarau

Paoline Hogrel, étudiante en Histoire et Géographie à l’université Lumière Lyon 2

Catherine Hollard, ancienne institutrice, militante altermondialiste

Géraldine Hornberg, Membre de l’Union juive française pour la paix

Sevan Hotier, Médecin

François Houbart, Psychologue

Jean-Claude Houdry, Artiste auteur

Raphaël Houillon, Agriculteur, ouvrier, musicien 

Arnaud Houte, Professeur d’histoire contemporaine, Sorbonne université

Etienne Hubert, Historien, Directeur d’études retraité de l’EHESS

Anne Huck, Enseignante

Regine Hugnet-Palucci, Prof agrégée  de lettres en retraite

Denis Humbert, Écrivain

Benoit Huou, Enseignant à TSE, Université Toulouse Capitole

Patricia Huray, Retraitée

Cassandre Hypeau, Étudiante

 

I

 

Dominique Iattoni, Retraitée

Sébastien Ibanez, Enseignant-chercheur, Université Savoie Mont Blanc

Warda Ichir, Syndicaliste

Mouloud Idir, Politologue, Montréal 

Jean Imbaut Enseignant retraité

Nicole Ion, Éducatrice retraitée

 

J

 

Georges Jablonski-Sidéris, MCF, histoire médiévale, Sorbonne Université

Laure Jabrane, Enseignante de philosophie, retraitée, membre de la CAALAP

Richard Jacquemond, Professeur émérite, Aix-Marseille Université

Christine Jacquet, Professeure de sociologie à l’univerité fédérale de sergipe (Brésil)

Ronan Jacquin, Chercheur, Institut de hautes études intern. et du développement, Genève

Evelyne Jaguin, Professeure de lettres retraitée

Armand Jamme, Historien, Directeur de recherches au CNRS

Pascal Janots, Ingénieur de recherche retraité

Antoine Janvier, Philosophe, chercheur à l’Université de Liège

Ghislaine Jarrige, LFI, Saint Étienne 

Jacques Jaudon, Enseignant

Anbreen Javid, lectrice-correctrice

Sylvain Jay

Hubert Jean, Cadre retraité d’Envie.

Sylvain Jean, Enseignant

Pierre Jego

Anne Jollet, Maîtresse de conférences émérite en Histoire moderne

Florent Joly, Ingénieur

Sylvie Joncour, Militante LFI

Philippe Josserand, Historien, Professeur, Université de Nantes

Pierre Yves Joubaud, Directeur d’usine 

Jean-Michel Jouhanneau

Ivan Joumard

Robert Joumard, ex-DR émérite

Philippe Joundi

Maïwenn Jouquand 

Emmanuelle Jourdan-Chartier, Enseignante en histoire, Université de Lille 

Nolwenn Joyaut, enseignante et scénographe

Dorine Julien, directrice de production

Eliane Juquel, enseignante retraitée, docteur en Lettres (Université de Montpellier)

Alain Jugnon, Philosophe 

Cathy Jurado, Autrice, enseignante

 

K

 

Abel Kabach

Hamid KACIMI, Enseignant

Nicole Kahn, Membre de l’Union juive française pour la paix

Aurélia Kalisky, Chercheuse au centre Marc Bloch, Berlin.

Stevan Kanban, Syndicaliste dans la fonction publique territoriale

Jocelyne Kantemir

Yannis Karakos, Auteur et parolier

Stéphane Karcher, Antifasciste et antisioniste

Christine Kaufmann

Yohann Keraval

Sylvain Kerspern, Historien d’art, professeur d’histoire-géographie-emc en lycée professionnel

Razmig Keucheyan, Professeur de Sociologie, Université Paris Cité

Pierre Khalfa, Économiste, Fondation Copernic, Collectif Juives et juifs pour les droits du peuple palestinien

Khalil Khalsi, Chercheur

Nadia Khitri, Médecin urgentiste

Yasmina Khitri, Praticien Hospitalier 

Anna Knight, Traductrice

Edmond Kober, Retraité

Renée Koch Piettre, Helléniste, Retraitée de l’EPHE

Aurore Koechlin, MCF de Sociologie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Laurent Kondratuk

Marianne VL Koplewicz, Éditions du Souffle

Jean-Louis Kotula, Enseignant retraité, militant SUD Education 41

Théophile Kouamouo, Journaliste

Stathis Kouvelakis, Philosophe

Jérôme Kraft, simple citoyen/membre de la société civile 

François Kramp, Pharmacien des armées

Abir Kréfa, Maîtresse de Conférences en Sociologie, Université Lyon 2

Naïm Ksibi, Docteur en philosophie

 

L

 

Arlette Labadou, citoyenne

Claire Labarbe, enseignante, chercheuse, Université Paris Nanterre 

Nathalie Labbé, assistante sociale 

Thierry Labica, MCF Civilisation britannique

* Abdelkader Lahmar, Député du Rhône

* Bastien Lachaud, Député de la Seine-Saint-Denis

Annie Lacroix-Riz, Professeur émérite d’hist. contemporaine, Paris-Cité, petite-fille de Benjamin Arbessman, déporté et assassiné à Auschwitz

Annie Lafarge, Militante LFI 

Jean-Paul Lafaye, sympathisant LFI

Katia Laffaille, plasticienne 

Michel Laffaille, photographe

Joëlle Laffont

Laure Lafond-Puyet, Citoyenne

Danielle Lafont

Gérard Laforest

Adrian Lagasse, Étudiant, Université de Rennes

Claire Lagraula 

Julien Lagoutte, MCF HDR en droit privé et sciences criminelles à l’université de Bordeaux

* Maxime Laisney, Député LFI de Seine-et-Marne

Zohra Lakrache, Professeur d’allemand à Rennes

Éric Lalanne, Citoyen

Elisabeth Lalou, Professeur d’Histoire médiévale, Université de Rouen

Clovis Lallement, masseur-kinésithérapeute diplômé d’état

Laurence Lamblin, professeure d’histoire-géo retraitée

Claire Lamy, MCF Histoire du Moyen âge, Sorbonne Université 

Baptiste Lanaspeze, Éditeur

Emilie Lanciano, Professeur des Universités, Sciences de gestion, Université Lyon 2

Frédéric Landenberg comédien

Diego Landivar, Enseignant – Chercheur, HDR, Origens Media Lab et Esc Clermont

Fatima Landreau

Hervé Langlois, militant à l’AFPS

David Lanos, militant décolonial

Jean-Claude Lanzalavi

Jacques Laparra, Médecin Retraité

David Lapoujade, Professeur des universités, Paris-1 Panthéon-Sorbonne

Simon Lapuyade, enseignant retraité

Yann Lardeau, cinéaste.

Eliane de Larminat, historienne de la photographie, MCF, Université Paris Cité

Galatée de Larminat, Chercheuse indépendante en Philosophie et Journaliste

Christine Laroche, Citoyenne

Alain Larose, ex secrétaire général adjoint de la FGMM-CFDT

Nicolas Larue, professeur d’espagnol en lycée (Éducation Nationale) 

Ramdane Lasheb, membre associé LIAgE

Hocine Lasri, Libre penseur

Christina Lasserre

Maurice Latapie

Michel Latifa, fonctionnaire

Cécile Laumonnier, formatrice pour adultes

Jean-François Launay, Principal honoraire

* Pierre Laurent, Sénateur Honoraire

Sabine Laurent, Enseignante retraitée 

Michel Lauwers, Historien, Professeur, Université de Nice

Christian Lavault, Professeur de Universités

Charles Lavaud, Musicien

Vincenzo Lavenia, Historien, Professeur d’hist. moderne, Univ. de Bologne, Italie

Clément Lavis, étudiant

Isabella Lazzarini, Professeure d’Histoire médiévale, Université de Turin

Anne Le Berre, retraitée de l’Éducation Nationale

Christiane Le Bihan

Judith le Blanc, Maîtresse de conférences, Université de Rouen Normandie

Brigitte Le Bras, Retraitée, membre de la LDH et du collectif Palestine

Olivier Le Cour Grandmaison, Historien, politiste, universitaire

*Arnaud Le Gall, député du Val d’Oise

Maud Le Guellec, Enseignant chercheur, Paris Nanterre

Anne Le Guennec, Libraire 

Thomas Le Guigner, Ouvrier Plaquiste 

Quentin Le Maguer, citoyen.

Joëlle Le Marec, Professeure, Muséum National d’Histoire Naturelle

Katia Le Mentec, Anthropologue, chargée de recherche au CNRS

Frédéric Le Roux, Mathématicien, Professeur à Sorbonne Université

Brigitte Le Pagne, citoyenne libre et retraitée

Joséane Le Pavec, retraitée de l’Education Nationale

Philippe Le Roy, docteur en Économie, Retraité

Odile Le Solleuz

Vincent Le Texier, Artiste lyrique

* Alain Le Vot, maire honoraire de Magny Les Hameaux

Jean-Pierre Leblanc, Proviseur de Lycée honoraire, Commandeur dans l’Ordre des Palmes Académiques 

Sébastien Lebonnois, Planétologue, Directeur de Recherche CNRS

Agnès Lecarpentier 

Jean-Jacques Lecercle, Philosophe, Linguiste, Ancien Prof. à l’Univ. Nanterre 

Agnès Lechat

Michelle Lecolle

Arnaud Lecompte, Professeur de philosophie en lycée public

Xavier Lecoq, Enseignant

Thierry Lécuru, retraité

Julien Leers, BIATPSS Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne

Jérémie Lefebvre, Écrivain et Musicien 

Catherine Lefèvre, citoyenne indignée et très inquiète

Julien Lefevre, Photographe

Laurent Lefeuvre, auteur de bandes dessinées

Marie-Claire Legeard 

* Sarah Legrain, députée de Paris

Michel Legrand

* Jérôme Legrave, député de Seine-Saint-Denis

Joël Legrel

Arlette Lelaidier-Charcot, retraitée

Jean-Marc Lelièvre, CR INRAE

Yves Lemarié, Maître de conférences à l’Université de Bretagne Occidentale

Claire Lemercier, Directrice de recherche en histoire, CNRS

Jacques Lemerle, Enseignant retraité de l’Education Nationale

Benjamin Lemoine, Chercheur, CNRS

Jean-Michel Lemoine, ingénieur CNES

Clément Lenoble, Historien

Huberte Lenormand 

Dominique Lepage, Professeure de Lettres à la retraite, militante antiraciste et antifasciste (Nancy), ex de Ras l’Front

Stéphane Lepage

Philippe Lerouvillois, Retraité 

Véronique Leroux

Jonathan Lerouxel, Enseignant

François Lescure, ancien Professeur à l’Université de Lille

Didier Lestrade, co-fondateur d’Act Up-Paris

Laurent Lévy, Avocat à la retraite

Jean-Marc Lévy-Leblond, Professeur émérite de l’université de Nice

Thomas Lienhard, MCF en histoire, Université Panthéon-Sorbonne

Cathy Liminana-Dembélé

Jérôme Limorté, enseignant et docteur (Sorbonne-Université)

Pierre Linguanotto, Cinéaste

Jean Lions, Ingénieur Economiste, docteur-ingénieur Mines de Paris

Viviana Lipuma, Postdoctorante à UFF Brésil, Docteure en philosophie de l’Univ. Paris Nanterre 

Khalid Litoussi

Chantal Locatelli

Thierry Lochard

Hervé Loichemol, Metteur en scène

Henri Lombardi, MC en Mathématiques, retraité, à l’Université Marie et Louis Pasteur

Claudie Lombardo

Élisabeth Longuenesse, Sociologue arabisante, CNRS (retraitée)

Frédérique Longuet Marx, Anthropologue, Cetobac, Ehess

Christophe LOPEZ, retraité, enseignant BTS, Nîmes 

Jean-Pierre Lopez

Helios Lopez

Isabelle Lorand, Chirurgienne

Jean Lorant, professeur des universités, retraité

Françoise Lorcerie, DRE science politique, Aix-Marseille Université

Frédéric Lordon, Philosophe

Denis Loubière, secrétaire adjoint FSU 15, membre du collectif Cantal Palestine Solidarité

Yannick Louesdon, Psychanalyste retraité

Jean-Pierre Loustau, Ingénieur

Michael Lowy, Sociologue

Valéry Lozat, Ingénieur d’études Informatique, syndicaliste (CGT)

Olivier Lucas, Artiste numérique et architecte

Sandra Lucbert, écrivaine

Marie-Christine Luparello, membre de la Libre Pensée 79 et du Collectif Palestine 79

 

M

 

Armelle Mabon, Historienne

Abdul Maboul

Martine Mabru, interne en médecine, université Nice Sophia Antipolis

François Macherey, comédien

Elise Maćkowiak, citoyenne

Vincent Maclos, Professeur de philosophie

Alain de Madaillan

Lise Madec

Marta Madero, Ancien professeur de l’Universidad de Buenos Aires et de l’Universidad Nacional de General Sarmiento

Claude Madrid, artiste 

Jean Louis Maerten, infirmier 

Elisabeth Magnin

Eliana Magnani, Directrice de recherche au CNRS

Olivier Maheo, Enseignant 

Leila Mahjoubi Pharmacienne

Mohammed Mahjoubi

Alain Maire, Retraité humaniste, écologiste et naturaliste

Véronique Maison, monteuse audiovisuelle retraitée

Guilaine Maisse, Professeure d’allemand retraitée

Ziad Majed, écrivain et Professeur, The American University of Paris

Ariane Mak, historienne, Université Paris Cité 

Catherine Malcotti, professeure retraitée

Jean Malifaud, MCF retraité Mathématiques, Paris 7

Kamila Mamadnazarbekova, doctorante, Sorbonne Université 

Brigitte Mancel, Professeure de lettres retraitée

Marianne Mangeney, chercheuse au CNRS

Odile Mangeot, association Alliance pour l’Emancipation Sociale Nord Franche-Comté 

Philippe Mangeot, professeur de littérature 

Patrice Maniglier, Philosophe, Université Paris Nanterre

Danielle Manoukian, psychologue/psychanalyste

Cathy Maquart, Enseignante retraitée 

Mélanie M. Marbach – designer graphique

Olivier Marboeuf, Écrivain, Commissaire d’exposition, Producteur

Audrey Marc, Professeur

Jean-Pierre Marchand, philosophe

Sylvie Maréchal, Professeure retraitée

Joelle Marelli, traductrice, autrice

Ivan Marin, Professeur des Universités, Amiens

Maurizio Marini

Didier Marlier

Micheyle Marlier, formatrice professionnelle, militante associative, féministe 

Jean-Luc Marquer, retraité EN

Laurent Marsan, Maître de conférence

Ginette Martagex

Anne-Marie Marteil-Oudrer Syndicat National des Médecins Hospitaliers FO

Eric Martel, Docteur en sciences de gestion

Céline Martin, Historienne, Maîtresse de conférences à l’Université Bordeaux Montaigne

Christophe Martin, média indépendant Libres Commères

Gilles Martin, médecin retraité

Éric Martineau 

Maria Martinez, retraitée Inserm, chercheuse en génétique humaine

Miguel Martinez, Maître de Conférences en Mathématiques, Université Gustave Eiffel

Joseph Martinod, Professeur

Robert Mascarell, Journaliste en retraite

Geneviève Massard-Guilbaud, historienne, directrice d’études émérite à l’EHESS

Bénédicte Masserot 

Cyril Masset, Ingénieur de recherche CNRS

Martine Massias-Millot, retraitée, ancienne militante syndicaliste SNES/FSU

Arnaud Massin, Doctorant à l’Université de Liège 

Pascal Mathevet

Isabelle Mathieu, MCF Histoire du Moyen Âge – VP Formation et vie universitaire, Université d’Angers

Xavier Mathieu, comédien

Mickaël Matusinski, MCF Maths Université de Bordeaux

Florence Mauger, enseignante 

Léa Maunier

Pascal Maupeu, musicien

Danielle Maurice, doctorante, Université Lyon 2

Jean-Luc Maury, enseignant retraité, syndicaliste

Jean-Yves Maximilien 

Annie Mayar-Poteau, Infirmière scolaire retraitée

Nicolas Mayard, Journaliste

Joël Mazeau, Paris 3 sorbonne

Gérard Médioni

Guillaume Medioni, musicien

Maria-Alice Médioni, formatrice, militante pédagogique

Jean-François Meekel, Journaliste honoraire

Anne-Lise Mege

Miriem Méghaïzerou, Doctorante, Sorbonne Nouvelle

Soria Mehdi

Oraida Méhirès

Didier Méhu, professeur des universités, Université Lyon 2

Eliane Meillier

Hacene Mekhnache

Graziella Melis Roussel

Laurent Mélito, sociologue

Laurent Ménard

Marion Ménard, pair aidante TSA/TDAH

Marie Menaut

Sophie Mendelsohn, Psychanalyste

Lorenzo Menoud, écrivain et philosophe

Franck Mercier, Historien, Professeur, Université de Rennes

François Mérel, Médecin retraité

Sonia Merli, Chercheuse contractuelle, École française de Rome

Daniel Mermet, Journaliste

Jacqueline Mésière

* Marie Mesmeur, Députée d’Ille et Vilaine

Lana Mestdagh, artiste et technicienne du spectacle

Germain Meulemans, Anthropologue, CR CNRS

Frédéric Meux

Chantal Meyer

Gilles Meyer, bibliothécaire

Ursula Meyer, Ancien enseignant-chercheur à l’Université de Provence

Juliette Mézergues, Comédienne, Enseignante

Ali Mezine, Imprimerie

Najoua Mhamedi

Patrick Michaëlis, Comédien

Jean-François Michel, Musicien

Julie Michel, doctorante LISAA

Valérie Michel

Claude Micmacher

Alain Migus, Citoyen retraité

Slavko Mihaljcek, enseignant retraité

Marc Milanini, Ingénieur

Sonia Miled, Traductrice commerciale.

Christophe Mileschi, Professeur, Université Paris Nanterre

Alain Millepied

Claire Milléquant professeure  d’Histoire-Géographie à la retraite

Dominique Millet, professeur émérite, Sorbonne Université

Pierre Millien, Chargé de Recherche en mathématiques, CNRS

Virginie Milliot, Anthropologue, Maitresse de conférences, Université Paris Nanterre

Jean-Luc Mingot, artiste dramatique 

Chantal Mirail

Estelle Miramond, Maîtresse de conférences en sociologie – Institut Humanités Sciences Sociétés, Université Paris Cité

Alain Missoum, Neurologue retraité

Adlene Mohammedi, Chercheur et enseignant en géopolitique

Jacques Moisan, Retraité de l’enseignement

Sylvie Moisan, Hospitalière retraitée 

Jean-François Molino, Chercheur IRD retraité

Olga Moll, Agrégée, MCF musique et musicologie, Université Paris 8, retraitée

Frank Moll, Dirigeant d’entreprise

Sylvie Monchatre, Sociologue, Professeur, Université Lumière Lyon 2

Mathilde Monge, Maître de Conférences en Histoire Moderne 

Philippe Monmousseau

Lucile Mons, Psychanalyste et psychologue

Grégoire Monsaingeon, comédien, metteur en scène

Marina Montesano, Professeure, Université de Messine

*Bénédicte Monville, Élue municipale et communautaire à Melun, ancienne Conseillère Régionale d’île de France 

Yves Monnier

René Monzat, Chercheur indépendant

José-Luis Moragues, Dr en Psychologie, MCF, Université Paul Valéry

Nathalie Morales

Claude MORAND, éducation nationale

Gérard Mordillat

Éric Moreau, Université de Poitiers

Louis Moreau Avila, Artiste auteur, étudiant à la Haute école des arts du Rhin

Pilar Moreigne Ferrer, professeur

Leonardo Moreira, MCF Philosophie, Université de Paris 8

Monique Morellec, psychologue clinicienne

Anne Morelli, Professeure honoraire de l’ULB

Maud Morin

Sophie Morin, professeur d’arts -plastiques

Haude Morvan, MCF Histoire de l’art médiéval

Marc Morvan, humaniste et universaliste

Marianne Morvan, Professeure agrégée d’anglais, UFR Médecine

Pascal Morvan, historien et juriste

Jeremie Mosseray, Musicien

Nacira Moszkowski

Aimée Mouchet retraitée de l’EN, agrégée d’histoire

Damase Mouralis, Professeur des Universités, Université de Rouen-Normandie & CNRS

Guillaume Mouralis, Historien, Directeur de recherche au CNRS, CESSP, Paris

Jean-Noël Moureau

Marie-Hélène Mourgues, Maitre de Conférence, UPEC

Bertrand Müller, Historien, DR émérite, CNRS (historien de Marc Bloch et Lucien Febvre)

Simone Munch, Médecin

Arlette Mussati – Avocate à la retraite 

Serge Muzard

 

N

 

Marwan Naciri, Post-doctorant CNRS

Mustapha Nadi, Professeur Université de Lorraine

Doulfikar Najib

Nadia Nalaya professeure agrégée de Mathématiques

Dominique Natanson, animateur du site Mémoire Juive & Éducation

Philippe Naud, Professeur certifié d’Histoire Géographie

Fabien Navarro, Maître de Conférences, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Ron Naiweld, Chargé de recherches en études juives, CNRS

Marie Neige, retraitée de l’éducation nationale. 

Aurore Nerrinck, Médiatrice culturelle & formatrice indépendante, éditrice (Vues de l’Esprit)

Julien Nesme

Koma Net-Shi

Josselin Neveux, diffusion de supports de communication concerts

Kim Vu Ngoc, étudiant

Pierre Nicodeme, CNRS retraité, LIPN, Université Paris-Sorbonne Nord

Jean-Philippe Nicolas, enseignant

Pierre Nicolas

Brigitte Nicolet, retraitée

Massimiliano Nicoli, Psychanalyste, Philosophe

Delphine Noels cinéaste

Dominique Noly, retraité

Magali Nosaka-Stämpfli, Enseignante

Abderrahim Nour-Eddine, Professeur de philosophie à la retraite, et traducteur

Françoise Nové

Abderrahim Nour-Eddine

Yannick Nué

Norbert Nusbaum, Assistant social retraité à Besançon

 

O

 

Joseph Oesterlé, Professeur émérite, Sorbonne Université

Christophe Oberlin, Chirugien, professeur

Christian Oillic 

Josiane Olff-Nathan, Ingénieur d’Etude retraitée, Université de Strasbourg

Isabelle Olivo-Poindron, Professeure agrégée de philosophie, Université de Caen Normandie

Béatrice Orès, Union Juive Française pour la Paix

Martine Ostorero, Historienne, Professeur, Université de Lausanne

Nilton Ota, Directeur de programme du Collège international de Philosophie

Michel Ouaknine, Ingénieur semiconducteurs, militant MRAP & UJFP

Fouad Ouazzani, retraité

Mohamed Ouerfelli, Maître de conf. en histoire médiévale, Université d’Aix-Marseille

Mohsen Ozlati

 

P

 

Vincent Pace, Enseignant à la retraite

Thomas Pailharey, musicien

Anne-Marie Pailhès, Professeure en Études Germaniques, Univ. Paris Nanterre

Louis-Gilles Pairault, Conservateur en chef du Patrimoine, adhérent du parti Les Républicains

Ugo Palheta, Sociologue, Université de Lille

Julien Pallotta, Philosophe et traducteur

Stefano Palombarini, Économiste, MCF Paris 8

Luca Paltrinieri, Maître de conférences Philosophie, Université de Rennes

Caroline Panis, Maitresse de Conférence, Université Marie et Louis Pasteur

Sylviane Pantigny

Bruno Paoli, Professeur des Universités, Université Lumière Lyon 2

Ilan Pappé, Historien israélien, Professeur à l’Université d’Exeter

Gérard Paquin, cadre de banque retraité

Corentin Parent

Pierre Parent, Maître de conférence, Université de Bordeaux

Lyam Pariaud Theret, étudiant à Lyon 2

Manuelle Paris, retraitée et Conteuse

Gabriel Parnet, Enseignant-chercheur à la retraite

Victor Pascal

Frédéric Pasquet

Olivier Pautonnier, Infirmier anesthésiste, Syndiqué cgt FO, Libre penseur 

Christophe Pébarthe, Historien, Université Bordeaux Montaigne

Christophe Pech, fonction publique hospitalière 

Julien Peccoud, enseignant de SVT en lycée, éducation nationale

Randianina Peccoud, Autrice et vidéaste

Thierry Pécout, Historien, Professeur à l’Université de Saint-Etienne

Michèle Pedinielli, romancière

Francis Peduzzi, directeur de scène nationale

Jean-Pierre Peignier Informaticien

Crémilde Pereira, éducatrice spécialisée en pédopsychiatrie

Éloïse Pereira

Rodny Pélage

Michele Pellegrini, Historien, Professore associato, Université de Sienne (Italie)

Marie-France Pelletan, Enseignante à la retraite

Olivier Pelletier Professeur d’histoire et de géographie en lycée (public)

Willy Pelletier, Sociologue, université de Picardie

Charles Pennequin, écrivain

Yves Péquin, Adhérant de l’Union Juive Française pour la Paix et du Collectif 2024

Catherine Pérard

Valentin Perez, Musicien

Valérie Pérez, Cheffe de projets informatiques

Catherine Perret, Professeure émérite, Université Paris 8

Marie-Pierre Perrette, enseignante, Éducation nationale

Michel Perrier, Retraité

Lucien Perrin, Éditions Amsterdam

Marc Perrin, Écrivain, Éditeur

Jean-François Pétillot, PRCE, Université Paul-Valéry Montpellier, retraité

Fauve Petit, Médiatrice culturelle 

Laurence Petit Lévy

Thomas Petitbon, Union Juive Française pour la Paix & France Insoumise

Nathalie Peyre, Prof de lettres

Roland Pfeffenkorn, Sociologie, Professeur émérite, Strasbourg

Michel Philippo, Coordinateur livret planification écologique

Emmanuelle Picard, Professeure d’histoire contemporaine, ENS de Lyon

Mathias Picot

Philippe Pierard-Lestoille, ancien étudiant de Lyon II

Julien Pieret, Professeur de droit public, Université libre de Bruxelles

Caecilia Pieri, PhD Associate Researcher, Ifpo Institut français du Proche-Orient, Erbil, Kurdistan irakien

Maryse Pierrard, Enseignante retraitée

Alexandre Piettre, Docteur en Sociologie politique et Professeur de Philosophie

Laure Piguet, Historienne, Université de Fribourg/Centre Marc Bloch

Brigitte Pignard

Philippe Pignarre, Éditeur 

Thibaut Pinatel, Syndicat FO

Michel Pinault, Historien, retraité

John Yves Pinder, Professeur

Cathy Pinheiro, Insoumise

Véronique Pinoteau

Jean-Daniel Piquet, Historien

Sandrine Pissard, Fonctionnaire hospitalier

Roger Pissard-Gibollet, Ingénieur de Recherche, INRIA

Marion Pitrat, Musicienne

Olivier Pla, Retraité de l’Éducation Nationale

Marie Plassart, Maîtresse de conférences, Université Lyon 2

Catherine Plouzennec, Citoyenne

Helena Plumet, Enseignante

Michel Pocchiola, Mathématicien, Professeur à Sorbonne Université, retraité

Jacques Pochard, Pédiatre

Mireille Poirier, MCF – HDR en droit privé, retraitée, Bègles

Jean-Michel Poisson, Archéologue, EHESS (hon.)

Morgan Pokée, Programmateur cinéma

Natacha Polin Professeur de Lettres

Christopher Pollmann, Prof. des Univ. agrégé de Droit public, Univ. de Lorraine (Metz)

Hugues Poltier, philosophe

Jean-Pierre Poly, ex-Professeur des Univ., Histoire du droit, Université Paris-Nanterre

Julien Ponceblanc, Prof. de Français et d’Histoire & Géographie

Clément Poncelet-Sanchez

Denis Ponchant

Xavier Pons, Professeur émérite, Université de Toulouse-Jean Jaurès

Alan Popelard, Enseignant

Louis Poquet

Marius Porée, Retraité

François Portefaix, Retraité de l’éducation nationale

Raphaël Porteilla, Professeur de sciences politiques, Université de Bourgogne

* Thomas Portes, Député de Seine-Saint-Denis

Fabrice Portilla, Citoyen

Elio Possoz, Écrivain

Jean Pougnet militant environnemental

Renaud Poulain-Argiolas, auteur

Clément Poullet, Secrétaire général de la FNEC FP-FO Angers

Franck Poupeau, Sociologue, DR CNRS, éditions Raisons d’agir.

* Philippe Poutou, Militant NPA

David Pouvreau, Mathématicien et historien des sciences, professeur en CPGE, La Réunion

Sébastien Poyard, Professeur agrégé d’Histoire-Géographie, Vesoul

Aliette Prabel, Retraitée de l’Éducation nationale

Plínio W. Prado Jr, Professeur émérite de Philosophie, Université de Paris 8

Renée Prangé, Directeur de recherches CNRS retraitée

Peter Prato, Retraité

Damien Préault, Antifasciste

Stefanie Prezioso, Historienne, Suisse

Pascal Priestley, Journaliste à la retraite, ancien réd. en chef adjoint de TV5 Monde

Nathalie Prieto, Musicienne

Edlira Priftuli 

Nicolas Prignot, Enseignant et chercheur en philosophie, ERG/ ESA St-Luc, Bruxelles

Klervi Propice, Doctorante en psychologie

François Provansal

Alain Provost, Historien, Professeur des Universités, Université d’Artois

* Loïc Prud’homme, Député de la Gironde

 

Q

 

Serge Quadruppani, Auteur et traducteur

Raymond Quélennec 

Julien Quentin, Monteur-réalisateur

Malo Quintard, Libraire

 

R

 

Christelle Rabier, MCF EHESS

Pascal Ragouet, Professeur des universités

Pascale Ragues

Said Rahmani, Informaticien

Geneviève Rail, Ph.D., Prof. émérite distinguée, Institut Simone-De Beauvoir, Canada

Marie-Christine Ralison-Yon

François Ralle Andreoli, Conseiller des Français-es d’Espagne (2e circ. d’Espagne)

Anne Ramare, Sociologue, expert démographe, retraitée

Lorenzo Ramero, Professeur de Mathématiques, Université de Lille

Daniele Rannou-guéguein, Citoyenne 

Cyrille Raquin

Martin Rass, Retraité militant

Rozalia Ratkiewicz

* Nordine Raymond, Tête de liste « Faire Mieux pour Bordeaux », La France insoumise

Antoine de Raymond, Sociologue

Sabine Raynaud, enseignante du 1er degré, syndicaliste 

Isabelle Réal, Historienne, MCF, Université de Toulouse Jean-Jaurès

Joaquim Rebecca, Fondateur de l’Université Populaire Pierre Bourdieu

Thierry Reboud, Union Juive Française pour la Paix

Anne Reboul, Retraitée de l’Education nationale

Gianfranco Rebucini, anthropologue, Chargé de recherche au CNRS

Fanny Rebuffat, Psychiatre

Manuel Rebuschi, Enseignant-chercheur en Philosophie, Université de Lorraine

Laurent Regnier, Mathématicien, Professeur, Université d’Aix-Marseille

François de Reilhan, Retraité

Myrto Reiss, Médiatrice culturelle 

Yannick Reix, Directeur du festival de cinéma de Douarnenez 

Victor Rémy

  1. Renaud, Université de Nantes

Mathieu Renault, Philosophe, Professeur à l’Univ. de Toulouse Jean-Jaurès

Jean-Paul Renoux

Marc Renson

Eugenio Renzi, Enseignant

Jordan Rezgui, Pensionnaire de la Comédie-Française

Nassim Rezzoug

Fabrice Riceputi, Historien

Olivier Richard, Historien, professeur à l’université de Fribourg

Mathieu Rigouste, Sociologue

Sophia Riahi, Doctorante

Anne Richard, Militante syndicaliste

Laurent Ripart, Historien, Professeur à l’Univ. de Chambéry

Manu Riquier

Fred Ritter

Michel Rival, Bibliothécaire historien 

Catherine Rivaud, Retraitée 

Nathalie Rivoire

Thierry Robert, Diplomate retraité, ancien conseiller culturel à New Delhi et Copenhague, directeur d’Institut Français

Véronique Robert

Bernard Robin, Psychologue, Éducation nationale, retraité

Caroline Robion-Brunner, Directrice de recherche CNRS au laboratoire TRACES de Toulouse

Agathe Roby, Docteure en histoire médiévale, toulouse

Catherine Roche 

Stéphane Julien Rodet, Militant LFI à Paris et membre de la CGT Paris

Odile Rollet, Pédopsychiatre, Lyon

Claude Rollin, Informaticien retraité

Françoise Romand, Cinéaste

Anne Roos

Joël Ropars, iIngénieur

André Rosevègue, Membre de l’Union juive française pour la paix et de la CAALAP

Jean Louis Rota
Stéphane Roth, directeur du festival Musica (Strasbourg)

Myriam Rougeux, citoyenne

André Rougier, blagueur 

Pascal Rousse, Enseignant certifié à l’Éducation Nationale

Antoine Rousseau, Directeur de Recherche, Inria

Linda Roux, Gilet Jaune

Philippe Rouyer, conservateur de bibliothèque en retraite

Marie-Jeanne Royer enseignante retraitée 

Jérémy Rubenstein, Historien 

Thibaud Ruellan, ATER Université de Lorraine

Yasmina Ruellan

Michel Ruff,militant à l’Union Juive Française pour la Paix

Damien Ruiz, Historien

Thomas Ruiz, traducteur, étudiant à l’Inalco

Catherine Ruph

Jocelyne Ruppert, citoyenne

Alain Ruscio, Historien

Alain Rustenholz, Auteur

 

S

 

Nicolas Sabatier, Fonctionnaire européen

Gabriel Sabbagh, Professeur de logique mathématique (retraité) et Historien en activité, Université Paris Cité

Oreste Sacchelli, Professeur émérite, Université de Lorraine

Jean-Yves Sage, Attac Centre-Essonne

Marie-José Saint-Félix, retraitée

Pierre Saint-Félix, retraité

* Arnaud Saint-Martin, député de la Seine-et-Marne

Lidwine Salembier, adhérente Amnesty International

Marie-Claude Saliceti, psychologue clinicienne en retraite

Grégory Salle, sociologue, Directeur de Recherche CNRS

Christian Salmon, Ancien enseignant d’histoire-géographie, Retraité de l’Education nationale

Marie-Aude Salomon ATER Universite d’Avignon

Jean Salque, Cadre de la Fonction publique retraité

Victoria Saltarelli, retraitée de l’Éducation nationale

Akiko Sameshima, Traductrice pour La fabrique, Japon

Emilia Sanabria, Anthropologue, Directrice de recherche au CNRS

Alexandre Sanchez, éditrice

Carole Sandrel, Journaliste ex-enfant cachée

Jean-Baptiste Sangenito 

Renaud-Selim Sanli, Éditions-librairie Météores

Claude Sans, retraité EDF/GDF

Thibault Sans, salarié du Média

Mirko Santanicchia, Prof. associato di Storia dell’arte medievale, Università di Perugia

Jérôme Santolini, Directeur de Recherche, Biochimie

Jean-Luc Sanvicens, Citoyen, militant de l’éducation populaire et enseignant retraité

Ismahen Saouci 

Joëlle Saunier, retraitée du ministère des Finances

Patrick Saurin, syndicaliste et militant associatif

Catherine Sauvage

Pierre Sauve, Professeur retraité de l’université Paris 12

Pierre Sauvé, retraité

Bruno Savelli, citoyen

Sbeih Sbeih, ATER, Lyon 2, chercheur associé Iremam

Marion Sbriglio, Doctorante en géographie, Université Paris-Nanterre

Dimitris Scarpalezos, retraité M.C de mathematiques et membre du snesup 

Valentin Schaepelynck, MCF, sciences de l’éducation, Univ. Paris 8), Dir. de programme au Collège international de philosophie.

Matthieu Scherman, historien

Jean-Marc Schiappa, Historien, Prix Guizot de l’Académie française (2023)

Nathalie Schlatter-Milon, Psychologue Clinicienne

Philippe Schlienger

Yvonne Schmitt magistrate retraitée 

Matthieu Schmittel, ouvrier

Gérard Schmutz, Professeur Associé, Faculté de Médecine Univ. de Sherbrooke. QC Canada

Alain Schnapp, archéologue, Ancien professeur à l’Univ. Panthéon-Sorbonne

Joël Schnapp, Enseignant, Historien

Christophe Schneider, enseignant

Raphaël Schneider, Co-fondateur de Hors-Série

François Schosseler, Directeur de recherches au CNRS à la retraite

Peter Schöttler, Directeur de recherche honoraire au CNRS (biographe de Marc Bloch) 

Frédéric Schweyer, actuaire

Altiero Scicchitano

Béatrice Sculier, Retraitée

Paule Séité, Professeure,  Université de Poitiers

Leïla Seri Hartel 

Iñaki Serraller Vizcaino, Ingénieur du logiciel

Paula Serraller Vizcaino, éditrice et citoyenne

Michel Serve, Artisan retraité

Liliane Sévenier militante AFPS

Todd Shepard, Historien, Professeur, John Hopkins University

Guillaume Sibertin-Blanc, Philosophe, Professeur à l’Univ. Paris 8

Bernard Sibieude, Retraité, Strasbourg

Michèle Sibony, Union juive française pour la paix

Aude Signoles, MCF Sciences Po, AMU MESOPOLHIS

Antoni Silberstein, Union Juive Française pour la Paix

Jean-Pierre Simard, journaliste

Stéphane Simard-Fernandez, Réseau Salariat

Gilbert Simiand, Union Juive Française pour la Paix

Camille Simonney

Marie Singer

Stéphane Sirot, Historien

Tahar Si Serir, membre du mouvement “Les Humanistes”, co-fondateur du collectif “Libérons l’Algérie’”

Leila Skandrani, Attachée d’administration

Jean-Claude Slyper

Frédéric Smeets

André Smolarz, Enseignant-chercheur à la retraite

Jérôme Soldeville, conseiller municipal délégué Grenoble

Thierry  Solé, comédien

Gabriela Solis, Collectif 69 Palestine

Jon Solomon, Professeur en littérature chinoise, Université Lyon 3

Eloka Som, Architecte

Nathalie Sonmez

Mohammed Soudani

Rémi Sourget, cuisinier 

Martine Soyer, retraitée de la fonction publique

Marco Spagnuolo, Doctorant, Université Paris 8/LLCP

Nicolas Splinder

Pierre Stambul, Professeur retraité, Union Juive Française pour la Paix

Cornelie Statius Muller, Comédienne et metteure en scène, marionnettiste et machiniste

Isabelle Stengers, Philosophe, Professeur émérite de l’Université Libre de Bruxelles

Mélanie Stravato, Editrice, Maison d’édition les bras nus

Hélène Struck, Psy EN

Vincent Suarez, enseignant

Alina Surubaru, Sociologue, Université de Bordeaux

Annick Suzor-Weiner, Professeure émérite Université Paris-Saclay

Julien Syren, Ingénieur 

Léa Szapiro, Retraitée secteur médicosocial

 

T

 

Nadia Taalba, Conseillère Pénitentiaire d’insertion et de Probation

Odile Taconet chargée de recherche CNRS retraitee

Stéphane Tabourin, Professeur des écoles, en REP+, conseiller syndical FSU-SNUipp54, militant LFI, militant associatif

* Aurélien Taché, député du Val-d’Oise 

Alain Tackx

Benoît Tadié, professeur, Université Paris Nanterre

Johann Tajtelbom, Régisseur

Claire Talon, Psychanalyste, Docteure en Sociologie Politique

Vincent Talpaert, Musicien

Julien Talpin, Directeur de recherche au CNRS

Moufida Tamou, Parente d’étudiants

Cécile Tannier, Directrice de recherche CNRS

Fabien Tarrit, MCF en économie, Université de Reims

*Andrée Taurinya, Députée de la Loire

Romain Telliez, MCF histoire, Sorbonne Université

Youenn Tempéreau, Retraité de l’éducation nationale 

Laurence Terk, Historienne

Michele Testu, Retraitée France Travail, syndicaliste

Anne Texier, Professeure de Philosophie

Dominique Texier-Mion, Enseignante en retraite

Yves Théry, Médecin hospitalier

Pierre Thévenin Chargé de recherche au CNRS

ves Thevenon, Retraité 

Claude Thiaudière, sociologue université de Picardie Jules Verne

Daniel Thin, Sociologue, Professeur Honoraire des Universités (Lyon 3)

Catherine Thiriot 

Vincent Thisse, Vétérinaire

Pierre Thivend

Brigitte Thomas, Retraitée

Charlotte Thomas, Politiste, Chercheure indépendante associée au prog. Asie de l’IRIS 

Pascale Thomas, Enseignante retraitée

François Thoreau, Chercheur qualifié et Professeur associé, FNRS – Univ. de Liège (Belgique)

Marguerite Thoumin

Mirabelle Thouvenot, Militante décoloniale 

Hervé Tiberghien, Auteur, réalisateur de films documentaires

Mathieu Tillier, Professeur d’Histoire de l’Islam médiéval, Sorbonne Université

Sylvie Tissot, Professeure au département de science politique, Université Paris 8

John Tolan, Historien, Professeur à l’Université de Nantes

Valentina Toneatto, Historienne

Jean-Luc Tornero, Retraité de l’Education Nationale, syndicaliste 

Armando Torres Fauaz, Historien, Universidad Nacional de Costa Rica

Benamor Toufik, Contrôleur de gestion

Claudette Toulmonde

Rémi Toulouse, Éditeur

Sylvie Touzalin

Fabrive Touzard, Citoyen

Juliette Touzeau

Mireille Touzery Le Chenadec, Professeur émérite d’Histoire moderne, UPEC

Martine Tramoni, Retraitée

Thanh-Van Tran-Nhut, Écrivaine, Ingénieure

Enzo Traverso, Historien, Cornel University (États-Unis)

Brigitte Trincard Tahhan, Retraitée éducation nationale 

Alessia Trivellone, Historienne, Université de Montpellier 3

Yvanne Trouillet

Véronique Troyas

Henri Trubert, Éditeur

Margherita Tuccinardi, Archéologue (Italie)

Françoise de Turckheim, Médecin

Jean-Christophe Turpin

 

U

 

Martine Ullmann, Femmes en Noir Lyon, Union Juive Française pour la Paix

Sébastien Ulrich, Menuisier

 

V

 

Maude Vadot, Maitresse de conf. en sciences du langage, Univ. Savoie Mont Blanc

Robert Valbon, metteur en scène

Stanley Valbrun, Docteur en Sciences de l’éducation, travailleur social

Arnaud Valentin, Citoyen

Jean-Claude Valentini

Jean-Claude Vallecalle, professeur des universités retraité

Massimo Vallerani, Professore ordinario di Storia medievale, Université de Turin (Italie)

Stéphane Valter, Professeur en langues et civ. Arabes, Univ. Lyon 2

Paul Valverde, PLP Education nationale retraité

Marie-Joëlle Vandrand, retraitée de l’éducation nationale 

Bruno Varennes, Enseignant en secondaire, Historien médiéviste accueilli au CERCOR, intervenant à l’Université de Savoie

Yves Vargas, Philosophe

Nicolas Varnet

Hélène Vassal, Professeur de philosophie en CPGE, retraitée

Amandine Vautaret, étudiante

Mélanie Vay, Docteure en Science politique

Jean-Philippe Vaz

Aglawen Vega, infirmière, secrétaire générale de la CGT Cochin

Véronique Veinberg, citoyenne

Graziella Vella, Anthropologue, U Mons

Manolo Vella, Enseignant

Anne Verjus, DR CNRS, laboratoire Triangle

Françoise Vergès, Autrice, militante féministe décoloniale

François de Vergnette, MCF en histoire de l’art contemporain, Lyon 3 Jean-Moulin

Joël Vernet, Écrivain

Jean-Baptiste Vérot, MCF en Histoire moderne, Université Marie & Louis Pasteur

Cathy Verrechia, Enseignante

Thomas Vescovi, Doctorant (EHESS/ULB)

Fabienne Veyser, imprimeuse-éditrice

Baptiste Veyssy, Éditeur

Élisa Vial, Doctorante à l’UQAM 

Camille Viallon

Jean Viau, Médecin retraité

Fabien Vidal

Jérôme Vidal, Éditeur, traducteur

Jean Marie Viguié, Retraité enseignement

Roland Vignis, Membre du collectif Contre attaque anti-raciste 06

Denis Vital Durand, Médecin hospitalier, Professeur des Universités, retraité

Nicolas Vieillescazes, Éditeur

Julio Vieytes, Retraité, Ancien journaliste

Didier Vincendon, Retraité de l’Éducation nationale

Fanny Vincent, MCF à l’Université de Saint-Etienne

Jean-François Vincent, Retraité

Léonard Vincent, Écrivain

Rémi Vincent, Graphiste 

Pierre VINCENT-ROYOL, citoyen

Gilles Vinçon, Chercheur en Entomologie

Daniel Vivas, Enseignant

Christiane Vollaire, Philosophe, Chercheure associée au CNAM et au LCSP de l’Université Paris Cité Fellow de l’Institut Convergences Migrations

Frédéric Volle

Florian Vörös, Maître de conférences, Université de Lille

René de Vis, Sociologue, Retraité, Éducation nationale

Claire Votat, Manipulatrice en radiologie médicale retraitée

Eric Vuoso

 

W

Abdourahman Waberi, écrivain

François Wagner

Astrid Waliszek, Écrivaine

Claudette Wallerand, Professeur d’histoire- géographie, retraitée de l’Éducation nationale

Tim Wandriesse 

Laurent De Wangen, enseignant

Dror Warschawski, Chercheur CNRS, Sorbonne Université, Paris

Jean-Marc Warszawski, musicologue, directeur du magazine musicologie.org

Joachim Wary, Enseignant d’histoire-géographie

Nicole Watterlot Retraitée

Sabrina Waz, militante décoloniale, membre du média Paroles d’Honneur

Benjamin Weber, Enseignant

Laurent Weill, Médecin retraité, LFI, Union Juive Française pour la Paix

Françoise Weill-Ponsin, Médecin retraitée, LFI, Union Juive Française pour la Paix

Martine Weinfeld Alias retraitée de l’EN

Frédérique Werner enseignante REP+

Josiane White

Charles Wolfe, Professeur des Univ., Dép. de Philosophie, Univ. Toulouse Jean-Jaurès 

 

Y

 

Yahya Yachaoui, Professeur retraité, Poète, Écrivain, Traducteur

Hèla Yousfi, Maître de conférences, Université PSL-Dauphine

Louisa Yousfi, Autrice, militante décoloniale

 

Z

 

Alain Zabeth, Psychologue retraité

Armando Zacarías, Docteur en arts et sciences de l’art, chercheur associé Institut ACTE Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne 

Nassera Zaidi, Coordinatrice du CNRCC (collectif national pour la reconnaissance des crimes coloniaux)

Ramo Zaidi

Roger Zandonella

Zachariya Zaoui, enseignant

Zarbo, Dessinateur de BD

Barbara Zauli, Enseignante-chercheuse, Philosophie, Université Paris 8, vice-présidente du Collège International de Philosophie.

Mathilde Zederman, MCF Université Paris-Nanterre

Djamila Zeghbab, Comédienne et militante décoloniale

Caroline Zekri, MCF, Université Paris-Est Créteil

Michèle Zémor, Ex conseillère Région Ile de France 

Afifa Zenati, IGE, ENS de Lyon

Laurick Zerbini, MCF – HDR, Université Lyon 2

Miloud Zerhaoui

Dominique Ziegler, Auteur, Metteur en scène

Alexis Zimmer, Professeur, Histoire environnementale, Université de Liège (Belgique)

Agnès Zissmann, magistrate honoraire

 

Collectifs :

 

Attac Rhône

Arles pour la Palestine

CAALAP (Coordination Antifasciste pour l’Affirmation des Libertés Académiques et Pédagogiques)

Collectif 69 Palestine

Collectif Education Avec Gaza 

Éditions La Fabrique

Éditions Terre de feu

FNEC FP-FO Angers

FO ESR (syndicat FO de l’enseignement supérieur et de la recherche)

Institut La Boétie

La France Insoumise

Libre Pensée 31

Libre Pensée de l’Hérault

Librairie La Gryffe, Lyon

Librairie Les 400 Coups, Bordeaux

Solidarité Palestine Toulouse

Stop Arming Israël 13

Transit Librairie

Union départementale FO 44

Union Juive Française pour la Paix

 

 

 

To combat fascism, the racial pact must be broken

This speech by Houria Bouteldja took place during the closing plenary session of Historical Materialism entitled « Marxist Strategies at the End of Liberal Order » at SOAS University in London on November 9, 2025.

 

I will start by getting straight to the point. In my opinion, there is no way to fight fascism today without challenging the main institution that not only provides all the conditions for the rise of fascism, but also acts as its accelerator. I am referring to the European Union. As Fanon advised us more than 60 years ago, we must leave Europe. To this, I would add that there are two ways to leave: reactionary or revolutionary. Needless to say, Brexit was a reactionary exit and is precisely the example not to follow. I therefore propose to consider a proposal based on the French case, which would be a left-wing, decolonial and, why not, revolutionary exit.

Over the last twenty years or so in France, we have seen the emergence of a new anti-racist political consciousness. We have moved from what is known as moral anti-racism, which is a version of state-promoted or republicananti-racism, to political anti-racism. What defines moral anti-racism is that it designates the far right as the main enemy. And as a secondary enemy, individuals who most often come from white working-class backgrounds because they don’t like black people or Muslims. According to moral anti-racists, these individuals need to be re-educated because they have a false consciousness that undermines their class consciousness. Political anti-racism totally rejects this conception of racism.  For us, racism does not emanate from the far right but from the modern, capitalist, colonial and imperialist state. According to this conception, not only is the far right not the place where racism is produced, but it is itself the product of what I call the integral racial state.

Indeed, as David Theo Goldberg teaches us with his concept of the racial state, all the advanced capitalist states of Western Europe and North America, including Australia, which make up what we know as the West, are all racial states founded on the genocide of so-called inferior peoples, on their despoliation and exploitation. For Goldberg, race is, like class, the foundation of modern states. And as Gramsci teaches us, the capitalist state is integral in the sense that it cannot be reduced to its institutions, its police and its bureaucracy. Political society (including left-wing parties and trade unions) as well as civil society are an integral part of the state. On the basis of these two conceptions of the State, the racial State and the integral State, my idea of the integral racial State allows us to render moral anti-racism obsolete once and for all, because it allows us to better understand the structural and systemic nature of racism. If racism cannot be fought by a moralist method, it is because it is the product of a racial pact between the State, dominated by its bourgeoisie, political society and civil society.

In other words, while it must be acknowledged that there is a class struggle within the capitalist states, it is counter-revolutionary because the left-wing political society which defends the interests of the proletariat is linked to the imperialist order via an organic bond with the capitalist state. By abandoning internationalism in favour of proletarian chauvinism, the communist and trade union organisations in France have largely contributed to the constitution of the integral racial state. By accepting the sharing out of imperialist rents, first for the benefit of the bourgeoisie but also for the benefit of the white proletariat, the organisations which claim to defend the workers have produced a counter-revolutionary class struggle.

This reading applies to anti-fascism. There is a moral anti-fascism that we must fight against. This expression is used to designate a Western political system which limits fascism to the Far right. In these conditions, moral antifascism means support for the current institutions, born out of the victory of 1945, and its ultimate horizon is the elections.

In the wonderful world of moral antifascists, since the end of the Second World War we have been following a constant move towards progress, where the extension of the global market goes hand in hand with hopes for peace and the advancement of minority rights.

The proof, if any were needed, of the absurdity of this discourse is the genocidal war still under way in Gaza, entirely made possible by Western arms supplies, first and foremost from the United States and Germany, but France is also taking part in it. Since October 7, the leaders of most Western liberal democracies have come out to claim Israel’s right to defend itself. Entire sections of the media in these countries, and by far the majority, have put themselves at the service of Israeli propaganda. Perhaps the monstruous nature of moral antifascism in its final stages lies in this: it is in the name of the memory of the genocide of the Jews of Europe that the ongoing genocide of the Palestinians in Gaza is justified. It is in the name of the memory of the Shoah that the capitalist West is once again assuming its genocidal face.

The clash in Gaza signifies the end of moral and republican anti-fascism and lays bare the latent fascism of the French state that has never disappeared since 1945.

This is why we need to replace moral anti-fascism with political anti-fascism. Consequently, to fight fascism, we need to define our main enemy: the agent of fascisation. In other words, the modern state and the bourgeois bloc. Fighting the far-right is a vital duty, but concentrating all our efforts on it is a political and strategic error.

I’ve just explained why it’s a political mistake. The state is the main enemy that not only produces the far right but also exploits it for its own ends. And worse than that, the existence of the far right is in fact the State’s good conscience. It allows it to act as a shield against fascism. As the pace of privatisation accelerates, as the institutions of welfare are dismantled one by one and as the space for compromise with the bourgeoisie shrinks, the place of the far right in French politics is changing. Described as an absolute outsider to the acceptable political game, the far right in reality plays a dual role: as a purveyor of fascist ideas, its rise also justifies the introduction of racist and liberticidal measures. By paving the way for it while constantly dissociating itself from it, the moral anti-fascism of the ruling capitalist bloc helps to ensure the spread of its ideas while giving them a subversive veneer.

The far-right’s electoral successes that follow give the various governments the best possible excuse to implement a whole range of the far right’s agenda. Since the 2004 law on the veil up to the recent one on separatism, we have been experiencing a continuing racist and authoritarian acceleration for nearly two decades, focused on accumulation of Islamophobic, anti-crime and anti-terrorist laws. To this we should add repeated dissolutions of antiracist and Muslim organisations, the incorporation of emergency measures into common law, imperialist interventions around the world and the warmongering of those who want to rearm us. All this is obviously fuelled by far-right ideologues, but we would be fooling ourselves to make them the absolute champions of reaction. The Right had no difficulty in passing the law on the veil, which was supported by a large part of the left. It was in the name of the fight against terrorism that the Socialists promulgated the state of Emergency, which resulted in thousands of arbitrary searches in working-class neighbourhoods before having an impact on the social movement. It is the ruling bloc that promotes racism, not the far right, which has never been in power.

But why is focusing the struggle on the far-right a strategic error?

The elites never cease to justify their racist acceleration by invoking the racism that is allegedly rife among the white working classes. It is not certain that it is as simple as that. One way of reducing the importance of this schematism is to note that there is no mass fascist movement in the country despite the racist outpouring in the media and the political class.

Today’s fascists differ from those of the 1930s in that they are currently incapable of investing in and/or competing with the social movement. We are therefore a long way from mass politics and the fear aroused by black shirts or militias capable of committing pogroms and fomenting coups. The mass nature of fascism today has more to do with a form of a passive wave spread through social networks and the influence exerted by ideological apparatuses.

It is therefore important and even essential to separate fascist political organisations and their activists from their voters. While there is no doubt that fascist organisations are radical enemies, the same cannot be said of their voters, who number in the millions. At the last elections, 10 million of them voted for the far right. I said earlier that racism is a joint-production. The bourgeois bloc produces racism, political society produces racism, civil society produces racism because everyone benefits from it. But just because these three bodies are all interested in the racial order it does not mean that each has an equivalent interest in it. For my part, I think that of the three bodies, the bourgeois bloc has the greatest interest in racial division, in particular because it is a counter-revolutionary guarantee, but also because it is the bourgeoisie which draws the greatest benefit from it. Firstly, material profit: racism is the condition for over-exploitation. Non-white workers are more profitable than white workers. Secondly, political profit: the racial divide and the resulting conflict of interests between white and non-white workers prevents any form of proletarian unity. But if it is true that the white working classes benefit from racism, whiteness being a moral as well as a material wage, their interest is lower. But above all, the interest of whiteness can be replaced by the interest of popular unity, the unity of the proletariat and the white and non-white subaltern classes. In short, the bourgeoisie has a total interest in maintaining the racial order, while the white workers have an important but partial interest in it. Confronted to this contradiction the white proletariat is left with two options:

Fascism or revolution.

It is precisely the possibility of this choice that offers a strategic opportunity. White proletarians may have an immediate interest in fascism and racial preference but we know that they have an interest in revolution in the medium and long term because the ruling bloc and the far right will end up betraying them simply because they will never implement a social solution and because they serve the interests of capital. That’s why we urgently need to politicise anti-fascism and convince ourselves that it’s possible. Indeed, the revolt of the Yellow Vests in France, has shown us that this fraction of the French proletariat, despite being very strongly affected by racism, sexism and homophobia, was not dominated by these affects at the time of this incredible insurrection. On the contrary, during their revolt, they named the government and President Macron as their main enemy. What’s more, because they understood who their enemy was, the French police did not hesitate to brutally repress them. They then understood what they had in common with the Blacks and Muslims of France. In short, to put it another way, this experience showed that some French proletarians were not completely prisoners of the racial state. This is a sign of great hope. That’s why, even though we know the extent to which racism structures social relations in France, we also know that this is not inescapable. That’s why we need an anti-fascist strategy aimed at the white working classes, who it would be foolish to abandon at a time when the fascists are going to such lengths to keep them on their side, particularly by fuelling Islamophobic sentiment in the population. Indeed, the bourgeoisie, which has the most acute class consciousness, has no confidence in the loyalty of the white working classes. This is why Islamophobia is an indispensable tool. It allows a lasting separation between the two most important fractions of the French proletariat.

We have to be clear. Good feelings are not going to save us. The white proletariat will not turn to anti-fascism naturally or simply because fascism and racism are forms of false consciousness. They will go where they consider that their interests are being defended. That’s why the radical and decolonial left must take the lead on what is identified by a large part of this proletariat as a problem. I have named the European Union. Let me explain. All the polls since 2005 show that the French popular classes reject Europe. As it happens, it was the left that politicised the no” vote in the 2005 referendum on the European Constitution. What happened? The no vote won. But the most important lesson is that this victory was made possible by left-wing and far-right voters under the leadership of the left. It’s clear that it’s possible to bring back far-right voters to a left-wing programme. This is the kind of dynamic that needs to be put in place.

But that will not be enough to develop hegemony. Before thinking about a program, we need an idea, one that will cement the unity of the popular bloc. I agree with my friends Panagiotis Sotiris and Stathis Kouvelakis that it is important, even crucial, to reinvest the idea of nation, which should not be abandoned to the bourgeois state and the far right.  We must reinvest it in the form of a “national popular” bloc, as Gramsci suggests, or a “people’s nation,” as Poulantzas suggests, who explains that the nation is not simply a product or a need of the bourgeoisie, but also a product of class struggle. It is also because the nation is a popular asset that the white working classes in particular are attached to it. Admittedly, this has a reactionary dimension, but also a progressive one. Ownership of the nation is therefore a question of the balance of power and also a question of class struggle. Throughout French history, the idea of a revolutionary homeland has been part of the revolutionary tradition.

The bourgeois bloc and the far right ended up turning it into a racist and imperialist reference. But the story is not over. The proposal of France Insoumise, of “New France,” is precisely to recover the revolutionary definition of “people nation” by introducing an anti-racist social program. We must encourage this idea, which is currently only reformist, because the full sovereignty of the “new people” of France will only be achieved if the racial pact, which, I repeat, is an organic link with the bourgeoisie, is broken. Withdrawal from Europe is a decisive step towards this break, but a return to the nation-state will not be an end in itself, because we must never lose sight of the need for internationalism. To achieve this, we must continue to build this nation-people by deepening class contradictions and reducing racial divisions. I don’t have time to elaborate here, but it is clear that the nation-people I have in mind is a “new people” in the sense that it will be multicultural, multiconfessional, and internationalist. For me, there is no contradiction between being a nation-people and internationalism. As everyone knows, there is nation in the word internationalism.

So the real question is: what kind of people are we talking about? I am not naive, and I know that in our context, the possibility of fascism is more than likely because the peoples of Europe are being won over by fascism. I also know that the concepts of people and nation are fictitious. That in a way, they do not exist. But it is precisely because they are human inventions that utopia is possible. It is therefore up to us to invent these new peoples, otherwise what is the point of politics?

 

Houria Bouteldja

Zohran Mamdani ou la percée indigène au cœur de l’Empire

Une victoire improbable dans le ventre de la bête

Inconnu il y a encore un an, Zohran Mamdani vient de réussir ce qu’aucun observateur n’aurait jugé possible : conquérir la mairie de New York, ville-monde par excellence et bastion historique du capitalisme américain. Dans un système politique où seules les candidatures « bankables » — adoubées par les donateurs milliardaires et les lobbies — ont droit de cité, la percée de Mamdani relève du séisme.

Son secret ? Une campagne bâtie par le bas, financée exclusivement par de petits dons individuels — un record historique, autant en nombre de contributeurs qu’en montant total levé — et portée par une mobilisation populaire sans précédent. Quartiers après quartiers, une armée de volontaires a sillonné la ville, frappant à chaque porte, discutant, convainquant. À la clé : une victoire écrasante, avec près de 50 % des suffrages, malgré une campagne de dénigrement orchestrée par les grands médias, les puissances de l’argent, ses adversaires démocrates et républicains, et jusqu’à Donald Trump lui-même, multipliant les attaques et les menaces contre lui et les New-Yorkais.

Le retour du peuple sur la scène politique

Mamdani comble un vide béant. Les classes laborieuses, moyennes et populaires — blanches et racisées, indigènes et immigrées — se sont depuis longtemps détournées d’un système politique vidé de sens. Dégoûtées par l’élite démocrate et ses guerres impérialistes, par les compromissions du parti avec la bourgeoisie capitaliste, et par son silence complice dans le génocide palestinien, elles s’étaient massivement abstenues lors de la présidentielle de 2024.
Mais cette victoire prouve qu’elles n’attendaient qu’une raison d’y croire à nouveau, à condition qu’on leur propose autre chose qu’un énième visage du statu quo.

Rompre avec le « tokenisme »

Et cette alternative, Mamdani l’incarne. Musulman, appartenant à la “socialiste” du parti démocrate, critique du capitalisme, assumant ouvertement son statut d’immigré récemment naturalisé américain, il a refusé de jouer le rôle de « token », ce personnage racisé que le pouvoir exhibe pour se donner bonne conscience. Il rompt ainsi avec la lignée d’élites noires et racisées cooptées par le système pour servir le capital et l’Empire, chez les Républicains comme chez les Démocrates — de Condoleezza Rice à Barack Obama, en passant par Colin Powell et la dernière en date, Kamala Harris, battue à plate couture par Donald Trump à la présidentielle de 2024.


Mamdani, lui, s’assume sans complexe et ne trahit pas les siens. Il revendique son statut d’immigré indigène naturalisé, qu’il partage avec des millions d’autres habitants de New York, et assume la confrontation avec un pouvoir fédéral raciste à l’heure où la traque des “sans papiers” dans les rues du pays atteint des niveaux de violence inouïs. A n’en pas douter, Mamdani incarne une nouvelle figure politique : celle du sujet post-colonial qui ne demande plus la permission d’exister.

Une rupture programmatique dans le cœur du capitalisme

Son projet politique tranche radicalement avec le consensus néolibéral. Dans un pays où le mot « collectif » est presque suspect, ses propositions — crèches municipales gratuites, surtaxation des riches, transports publics gratuits — relèvent d’un véritable crime de lèse-majesté.
Dans le New York de Wall Street, au cœur du système financier mondial, cette plateforme collectiviste a fait l’effet d’une gifle. Ses adversaires, le démocrate Andrew Cuomo (battu à la primaire mais quand même candidat : une leçon instructive pour les fétichistes français de ce sinistre dispositif) et le républicain Curtis Sliwa, ont incarné la résistance acharnée des élites à toute remise en cause de leurs privilèges.

Le tournant palestinien

Mais c’est sur le terrain de la Palestine que Mamdani a véritablement fait exploser le cadre. En plein génocide gazaoui, alors que chaque candidat se voyait sommé de prêter allégeance à Israël, Mamdani a refusé de plier. Lors d’un débat télévisé sur NBC, le 6 juin 2025, à la question du premier déplacement international qu’il effectuerait, il a répondu sobrement :

« Je ne quitterai pas New York. Ma priorité, c’est de répondre aux besoins des New-Yorkais. »

Ce refus de courber l’échine a marqué un point de non-retour. Mamdani a ensuite assumé pleinement ses positions anti-impérialistes, allant jusqu’à promettre d’arrêter Netanyahou s’il devait poser le pied sur le sol new-yorkais.
S’en est suivie une vague de haine raciste et islamophobe : accusations d’antisémitisme, injonctions à condamner le Hamas, insinuations incessantes de complicité avec le djihadisme mondial. Mais il a tenu bon — avec calme, dignité, et humour.

L’amour révolutionnaire comme programme

Dans un contexte mondial saturé de haine raciale, islamophobe et coloniale, le simple fait pour Mamdani d’aimer ce qu’il est, d’aimer ses parents étrangers, de parler l’arabe, de soutenir la Palestine, relève déjà d’un acte révolutionnaire.
Son sourire et sa joie contagieuse rappellent que le véritable moteur de toute révolution, c’est l’amour : l’amour des peuples, l’amour des opprimés, l’amour de la vie.

Leçon d’histoire

New York, ville traumatisée par le 11 septembre, épicentre et point de départ de la « guerre des civilisations » ayant amené à la destruction de larges pans du monde arabo-musulman, élit aujourd’hui un maire incarnant le tant décrié islamo-gauchisme. Ce camouflet infligé à l’internationale fasciste est un événement historique dont on ne peut que se réjouir.

Reste à savoir si Mamdani sera à la hauteur de ses ambitieuses promesses et saura résister aux tentatives d’appropriation déjà à l’œuvre du côté de Sanders ou d’Ocasio-Cortez, figures “socialistes” largement disqualifiées par leur complaisance avec le sionisme et, dans le cas de d’AOC, par sa mue en professionnelle de la politique, tristement centriste. Mamdani reste membre du Parti Démocrate, une redoutable machine de guerre impérialiste dirigée par les pires néoconservateurs (Chuck Schumer, Anthony Blinken, Jake Sullivan, Lloyd Austin, tous proches d’Israël et partisans de l’interventionnisme “humanitaire”) qui ne tolèrent la “rupture” qu’à condition qu’elle reste décorative.

L’habitude des déceptions et des défaites impose la distance critique et la circonspection. Certaines des figures qui gravitent autour de Mamdani, représentantes typiques de cette bourgeoisie libérale spécialisée dans la transformation de tout potentiel subversif en bouillie radical chic inoffensive, ne peuvent qu’inspirer la méfiance. En témoigne par exemple le soutien qui lui a été apporté par le “philanthrope progressiste” Alexander Soros, celui-là même qui avait soutenu activement la sinistre Hillary Clinton il y a moins d’une décennie dans la course à la Maison Blanche.

Et la suspicion est d’autant plus justifiée que certaines inflexions dans le discours de Mamdani, en particulier sur la question policière, ne manquent pas d’inquiéter ses soutiens de la première heure. En 2020, à la suite de meurtre de George Floyd par la police dans le Minnesota, il s’était distingué par un discours très radical, aligné sur celui du mouvement “Defund the police” revendiquant de redéfinir en profondeur la manière dont la sécurité publique est conçue aux Etats-Unis. Il avait aussi mis le doigt sur un sujet sensible, à savoir l’étroite collaboration entre la police new-yorkaise et l’armée israélienne, documentée mais peu connue, avec cette phrase choc : « Lorsque la botte de la police de New York vous serre le cou, c’est sous l’influence de l’armée israélienne ». 

Aujourd’hui, il exprime publiquement son souhait de ne pas se séparer de Jessica Tisch, actuelle commissaire de la New York City Police Department, tenante d’une ligne sécuritaire dure alors même qu’elle est l’architecte d’un des dispositifs de surveillance municipaux les plus étendus et technologiquement intégrés au monde, le Domain Awareness System.

Par ailleurs, au-delà de la nécessaire prudence à l’endroit de Mamdani, le fait est que le rapport de force dans lequel vont l’attirer la Maison Blanche et l’Etat de New York va être déséquilibré et le forcer à des compromis. Donald Trump a déjà annoncé vouloir couper les financement fédéraux à Mamdani, tandis que l’État de New York, incarné par la gouverneure Kathy Hochul, s’oppose à son plan de surtaxation des foyer les plus aisés et a les moyens institutionnels de le faire tomber à l’eau.

Toutefois, en dépit de toutes ces salutaires précautions, une chose est sûre : l’élection de Mamdani marque le retour du possible. Elle prouve que même au cœur de l’Empire, l’étincelle du communisme décolonial peut encore jaillir.

Et peut-être faut-il y voir plus qu’un symbole américain. Car cette flamme est née depuis les marges, depuis les populations indigènes, immigrées, qui redéfinissent l’universel à partir de leur propre expérience d’oppression et de résistance. C’est probablement de ces territoires de lutte — de ces périphéries décoloniales — que surgira demain la proposition politique radicale et enthousiasmante capable de réconcilier les classes populaires avec la politique.

 

Enseignements hexagonaux

En France, les leçons à tirer de l’élection de Mamdani ne manquent pas. La principale est sans doute la suivante : le salut politique du camp “progressiste”, et la conjuration de la barbarie qui vient, viendront aussi des franges indigènes de la population — en mesure d’insuffler une dynamique authentiquement révolutionnaire dans le camp populaire, pour une raison très simple : il en va de leur survie et de celle des leurs, ici et dans le Sud global.

Et pendant que des figures du PS et des Verts — Tondelier, Faure, macronistes qui s’ignorent — saluent avec componction la victoire de Mamdani, elles oublient qu’elles démoliraient sans hésiter un candidat de son acabit s’il avait l’outrecuidance de se présenter à la mairie d’une grande ville française. Imaginons une seule seconde leur réaction si un candidat musulman à la mairie de Paris assumait vouloir arrêter Netanyahou* en cas de visite officielle… Le réflexe d’exclusion, de suspicion et de diabolisation serait immédiat, révélant à quel point cette gauche-là est restée prisonnière de l’ordre impérial qu’elle prétend combattre.

Que ce soit directement à travers des figures issues de ces mondes, comme Mamdani, ou en transformant en profondeur des organisations blanches de rupture, comme la France Insoumise, les populations indigènes ont assurément un rôle à jouer dans le renouveau des ambitions transformatrices du camp émancipateur. L’association entre cette proposition politique et un mouvement social français particulièrement combatif — des Gilets jaunes au mouvement contre la réforme des retraites — est la seule capable de faire naître une dynamique qui érigerait le camp populaire en bloc hégémonique, et donc de changer le cours de l’Histoire.

 

*Cette promesse est sujette à caution, dans la mesure où les Etats-Unis ne sont pas membres de la Cour Pénale Internationale et l’arrestation d’un chef de gouvernement étranger relèverait de toute façon des prérogatives de l’Etat fédéral.

 

Yazid Arifi (membre de Parole d’honneur)

L’État parasite et la Palestine : une écologie de la colonisation

Les 2 ans du génocide des Palestiniens et de leur lutte révolutionnaire n’ont pas été sans conséquence. Israël a en effet pratiqué la politique du tapis de bombes, ravageant chaque coin de la bande de Gaza. Cette stratégie n’est pas une nouveauté impérialiste. Les États-Unis ont pratiqué cette politique en Corée du Nord lors de la guerre de Corée (1950-1953) ou avec l’épandage de plus de 80 millions de litres de pesticides lors de la guerre du Vietnam (1955-1975). Dans les 3 cas, il s’agit pour l’armée impérialiste de transformer l’environnement en une arme mortelle à court et long terme pour ses habitants : par exemple en détruisant les terres et provoquant des éboulements pour atteindre les tunnels. Le KKL (Keren Kayemeth LeIsrael) est une organisation sioniste fondée en 1901 pour coloniser la Palestine via l’achat des terres. C’est le KKL qui a fondé l’Etat d’Israël. Aujourd’hui, Israël au travers le KKL prétend lutter pour la reforestation, la gestion de l’eau, la préservation de l’environnement et l’éducation écologique. Dans les faits, Israël utilise la politique de la terre brulée de manière systématique depuis sa création avec la Nakba de 1948, en Syrie en 1967, au Liban entre 1978 et 2000, jusqu’à la bande de Gaza aujourd’hui/[1].

Surfaces brûlées et/ou détruites en fonction des années. © Philippe Pernot / Reporterre

 

Dans le cas de la Palestine, le sionisme est face à une contradiction. Il doit à la fois génocider, dont la destruction des terres est un des modes opératoires, développer son économie et coloniser les terres à terme, et donc préserver à minima l’environnement pour les colons. Pour résoudre cette contradiction, Israël investit énormément dans les technologies de l’environnement, entre autres avec des dispositifs, comme l’ARO (Agricultur Research Organisation) et le centre Weizmann qui est dans le TOP 10 des universités de biotechnologie, selon le classement Leiden[2]. Afin de comprendre comment Israël mène une guerre pour la terre depuis 2 ans, il faut se pencher sur plusieurs fronts écologiques[3]. Israël ne mène évidemment pas un front l’un après l’autre, mais s’aide des avancées sur l’un pour amplifier les attaques sur l’autre. Par exemple l’eau pillée au Liban permet de maintenir une agriculture hautement technologisée et donc d’offrir des débouchés à son industrie de l’armement, malgré les déperditions d’eau parmi les plus importantes de la planète[4]. Cette guerre s’organise autour d’un système social et technique, qui organise les éléments au service de la puissance conquérante, mais aussi au travers l’idéologie avec par exemple la doctrine Dahiya *: c’est-à-dire un usage disproportionné du feu, d’énergie et de matière afin de maintenir la colonie sur pieds contre le monde arabe. Cette doctrine doit être comprise comme le mode d’existence d’Israël non seulement dans sa manière de faire la guerre, mais aussi d’exister en tant qu’entité « vivante ». De fait son fonctionnement écologique a tout de celui d’un parasite greffé sur le monde arabe. Pour comprendre ce parasitisme, il faudra examiner successivement la question agricole, la gestion et le pillage de l’eau, la pollution et la destruction de l’environnement, puis analyser son fonctionnement énergétique ainsi que les technologies militaires et idéologiques qui en forment l’ossature.

  1. La question agricole

La Palestine a un climat méditerranéen, c’est-à-dire de faible précipitations, plutôt chaud et sec l’été, doux et humide l’hiver. Historiquement les systèmes agraires reposaient sur une activité extensive : transhumance et forêt agronomique, principalement des oliviers et des figuiers, épars, mais aussi la culture de céréales. Ce type de système agricole existe encore dans le sud du Maroc ou de l’Algérie. Il a l’avantage de limiter la dépendance à l’eau, la transhumance permet aux animaux de concentrer sur de grandes surfaces faiblement végétalisées la calorie et la restiuer sous forme de viande. Cette agriculture est incompatible avec l’agriculture moderne dont Israël veut être une vitrine : la colonie est fréquemment citée comme exemple lors des communications d’agronomie. Les zones palestiniennes subissent les mêmes pressions sur la biodiversité florale que d’autres régions (désertification, changement climatique, urbanisation, croissance démographique rapide, développement industriel, etc.), mais elles font face à des menaces supplémentaires, telles que les activités coloniales israéliennes locales (construction d’infrastructures, colonies de peuplement, déplacements de population). Une métanalyse de 2021[5] tire la sonnette d’alarme après avoir identifié 600 espèces préoccupantes en Cisjordanie occupée, dont 187 sont en danger, 171 très rares, 238 rares (présente sur 11 à 30 sites), et 4 déjà éteintes dans cette zone. Pour les auteurs Banan Al-Sheikh et Mazin B Qumsiyeh « Les plantes constituent ainsi un signal d’alarme fort d’un environnement en dégradation nécessitant une libération ». Dans le même temps, la colonisation passe par les semences, elles nécessitent non seulement des brevets, mais toute une infrastructure en eau et pesticides pour qu’elles fonctionnent, ce que n’ont pas la majorité des agriculteurs palestiniens. Le problème c’est que ces semences spécialisées sont cultivées de manière intensive et pollinisent davantage que les variétés paysannes. Au contact de ces pollens se forment des hybrides pas adaptés aux systèmes agricoles palestiniens qui réduisent leurs rendements l’année suivante. Face à cela, les Palestiniens essayent de s’organisent à travers la création d’une banque de semences en Cisjordanie afin de conserver des variétés agricoles adaptées à leurs pratiques. Cependant la banque fut attaquée et détruite en juillet 2025 par les « forces de sécurité » sionistes[6]. Selon l’ONU, 86% des zones agricoles de Gaza ont été détruites après 2 ans de génocide et seul 1,5% sont en état d’être cultivées[7]. Gaza est passé d’un système très relativement suffisant à la famine. Dans le même temps, 83% des végétaux ont été détruits. Derrière la question agricole se cache bien souvent la question de l’eau.

  1. La question de l’eau

En 2017, Israël a rejeté quelques 19 millions de m3 pollués en Cisjordanie. La colonie a consommé 690 millions de m3 d’eau souterraine en 2024[8]. Alors que la capacité de recharge d’approvisionnement et de recharges des nappes d’eau de toute la Palestine ; bande gaza, 1948, et Cisjordanie est de 455 millions m2 / an à la fin des années 1990 selon Israël[9]. Elle a certainement baissé depuis avec le changement climatique. C’est-à-dire qu’Israël pompe au moins 35% plus que ce que peut lui offrir la terre de toute la Palestine et vide les nappes avant qu’elles n’aient pu se recharger. Israël est connu pour voler non seulement l’eau de la mer et celle du Jourdain, mais aussi celle des pays frontaliers. Le Liban a accusé devant l’ONU la colonie d’avoir installé un pipeline pour pomper les eaux de la rivière Wazzani affluent du fleuve Hasbani[10]. À Gaza Israël a visé les stations d’épurations, environ 83% d’entre elles sont touchées. Les Palestiniens doivent se contenter d’une eau de plus en plus polluée quand les canalisations n’ont pas été touchées. Mais c’est aussi le littoral qui est affecté, les eaux usées qui ruissèlent de Gaza finissent en mer et, sans traitement, elle menace les bancs de poissons et donc la pêche dans les prochaines années. La pollution est une arme que Israël use à son avantage.

 

  1. La question de la pollution

À Tulkarem, les Palestiniens meurent 5 fois plus du cancer que d’autres concitoyens. La principale raison est le site industriel sioniste Geshuri en activité depuis 1982. Une entreprise de chimie qui fabrique pesticide, gaz, peinture, etc. Geshuri est elle-même entourée d’autres entreprises. L’entreprise coloniale rejette sans traitement ses déchets dans les eaux de la Palestine et ses fumées ruinent les cultures alentour. Geshuri était initialement à Umm Khalid en Palestine occupée de 1948, elle fut déplacée à Tulkarem en Cisjordanie à la suite des plaintes de colons. Elle est une des 60 zones industrielles coloniales en Cisjordanie. Les lois environnementales d’Israël ne s’y appliquent pas[11]. C’est une forme de guerre coloniale par l’environnement avec le rejet des pollutions qui affaiblissent les corps palestiniens. Après la guerre avec la Jordanie, Israël devait, selon l’accord de paix, assurer un certain débit d’eau au Royaume. Israël ne l’a jamais respecté[12]. Aujourd’hui il demande de l’eau à la Jordanie contre de l’énergie solaire. Comme d’autres pays du Sud, l’extraction des ressources que subissent les Palestiniens ne leur permet pas de développer leur économie de première main, ils doivent se contenter des subsides de l’économie coloniale, c’est-à-dire les déchets pour trouver des ressources. Si bien qu’en Cisjordanie, la déchetterie Beit Awwa n’en finit plus de brûler du matériel électronique qui empoisonne les habitants, mais dont l’activité est une source de revenus pour beaucoup d’entre eux, faisant exploser le nombre de cancers[13]. Un autre problème de taille que constitue la destruction de Gaza est que 90% des bâtiments ont été rasés. Ils forment d’énormes montagnes de déblai, mais aussi une source importante de poussière qui, même après la fin de la guerre, va continuer à empoisonner la vie des Gazaouis, provocants, notamment des infections pulmonaires et d’autres maladies cancérigènes. Se déchainement sur Gaza n’aurait jamais été sans possible sans un déploiement d’énergie fossile, mais aussi musculaire.

  1. La question de l’énergie

En 2023, Israël a importé pour environ 3,23 milliards de dollars de pétrole brut et se classe parmi les 40 plus gros importateurs du monde pour moins de 8 millions d’habitants[14]. En 2025, la consommation civile aurait chuté de 4% par rapport à 2023. Si la consommation en 2024 a diminué à environ 78 millions de barils, les dépenses totales en pétrole brut pour cette année pourraient être estimées à environ 5,5 milliards de dollars, en fonction des fluctuations des prix mondiaux. L’approvisionnement au Kurdistan irakien a cessé à partir d’avril 2023, rapidement remplacé par le pétrole gabonais et kazakh. Depuis 2020 les diesels font partie de l’aide militaire américaine à Israël. Le pétrole gabonais est exploité par une filiale de Total et Shell[15]. Ce que disent ces approvisionnements, c’est que Israël ne pourrait pas maintenir ses activités génocidaires sans la complicité active de la France, des USA et l’Angleterre. Cependant, l’énergie ne se limite pas au seul pétrole. La bande de Gaza dispose également d’un gisement de gaz offshore. Malgré l’opposition du Hamas, qui administre le territoire, l’Autorité palestinienne (AP) avait donné son accord à Israël pour en exploiter les ressources, avant de se tourner vers la Russie en janvier 2014. La même année, des perspectives d’exploitation pétrolière autour de Ramallah, en Cisjordanie, semblaient de plus en plus plausibles, notamment dans le contexte d’un éventuel gouvernement dit « d’unité nationale ». Dix jours plus tard, le 12 juin, trois jeunes colons sont enlevés. Leur décès, découvert le 30 juin, déclenche l’opération militaire « Barrière protectrice ». Mais la succession rapide des faits et le timing parfait de cette tragédie laissent planer un doute sur la version officielle. Cette énergie n’est pas seulement du gaz, mais aussi des bras. Israël s’est affaibli d’abord par la mobilisation de 300 000 travailleurs sionistes. Les travailleurs étrangers ainsi que le contrôle encore plus renforcé sur les travailleurs palestiniens depuis le 7 octobre a réduit la main-d’œuvre disponible et fait augmenter les salaires, ce qui n’est pas du goût des capitalistes en général. Ce génocide crée des tensions à l’intérieur du système sioniste. Israël n’aurait sans doute pas pu mener ce génocide sans l’appui de l’automatisation d’une partie de ses activités et sans la force idéologique du sionisme — une idéologie suicidaire qui, en fragilisant son économie ainsi que les conditions mêmes de sa reproduction, qu’il s’agisse de la main-d’œuvre ou de l’environnement de la Palestine, menace sa propre survie. Le parasite en tuant l’hôte risque de mourir.

  1. La question technologique est idéologique

En 2021 sort le livre « Human-Machine Team : How to Create Synergy Between Human and Artificial intelligence That Will Revolutionize Our Word” écrit sous la plume du Brigadier General Y.S. Il s’avère que l’auteur est le commandant de l’unité 8200 spécialisée dans les renseignements. Le livre parle du traitement informatique et l’automatisation de l’identification des cibles. Ce travail nécessité du temps que l’IA permet de gagner. Depuis 2021 Israël a développé une IA nommée Lavender. Selon 972 mag (journal sioniste) et plusieurs officiers de l’armée coloniale, les décisions de Lavender furent traitées comme des décisions humaines avec un filtre humain qui prenait en moyenne moins de 20s pour confirmer la cible. Le ciblage systématique des domiciles est selon 972 mag une conséquence de l’IA[16]. Il serait plus facile d’atteindre les Palestiniens chez eux la nuit et donc leurs familles. Ce que permet vraiment Lavender est de déresponsabiliser davantage les agents sionistes de la mise à mort collective des Palestiniens et Libanais, sans compter leurs familles afin d’industrialiser les exécutions. D’autres raisons plus pécuniaires rentrent en jeu, la systématisation des bombardements avec des bombes de faible précision, alors que Israël a les moyens technologiques d’éviter ce que les occidentaux appels des « dégâts collatéraux », est dû au fait que les bombes de précisions coûtent davantage que les conventionnelles, tuer des palestiniens devient presque rentable et une obligation envers le contribuable sioniste.

Le mouvement écologiste sioniste à l’image de la société coloniale, semble profondément anti-palestinien. Une lettre de plus de 100 représentants de l’écologie coloniale avait dénoncé les prises de position de Greta Thunberg en octobre 2023[17]. Quelques militants écologistes soutiennent les Palestiniens, mais il est difficile de les quantifier et leur importance politique semble anecdotique. Les Palestiniens ne peuvent compter décidément que sur eux-mêmes et la solidarité internationale.

Conclusion

La guerre menée depuis deux ans ne peut se réduire à des affrontements militaires : elle se déploie comme une guerre pour la terre, l’eau, les semences, l’énergie et la mémoire qui existe depuis la nakba de 1948. La stratégie de « terre brûlée » décrite ici n’est pas seulement destructrice à court terme ; elle vise aussi à priver les populations de leurs conditions de reproduction sociale et écologique, transformant l’environnement en arme et rendant la survie quotidienne toujours plus précaire. Cette logique instrumentale de la nature comme ressource à piller et à anéantir révèle une continuité historique de pratiques impérialistes, mais prend dans ce théâtre un caractère d’autant plus délétère qu’il met en tension la « nécessité » coloniale d’exploiter les terres et, simultanément, de les préserver pour en tirer profit plus tard.

Cette contradiction fondamentale — détruire pour dominer, préserver pour exploiter — explique l’investissement massif dans des technologies et des dispositifs institutionnels qui prétendent compenser la violence environnementale tout en la rendant possible (recherche agronomique, biotech, systèmes hydrauliques, automatisation militaire). Elle révèle aussi la dimension sociotechnique du projet colonial : une alliance entre doctrines militaire, industries énergétiques et agro‑industrielles, et complicités internationales qui rendent la catastrophe systémique et durable. Les conséquences humaines (faim, maladies, déplacement des populations, génocide) sont intimement liées aux atteintes écologiques (perte de biodiversité, nappes vidées, sols et semences détruits) — et la reconstruction ne saurait se résumer à la réparation d’infrastructures si les conditions écologiques et sociales de reproduction ne sont pas rétablies. La Palestine, même meurtrie soignera ses blessures et ça restera une victoire.

 

Hicham Mouaniss

 

[1] Reporterre, ‘Comment Israël manie la stratégie de la terre brûlée’, Reporterre, le média de l’écologie – Indépendant et en accès libre, 9 October 2025 <https://reporterre.net/Comment-Israel-manie-la-strategie-de-la-terre-brulee> [accessed 9 October 2025].

[2] https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-scientifique-et-universitaire/veille-scientifique-et-technologique/israel/article/reconnaissance-mondiale-de-l-institut-weizmann-pour-sa-performance-scientifique/

[3] Sylvain Guyot and Frédéric Richard, ‘Les fronts écologiques – Une clef de lecture socio-territoriale des enjeux environnementaux ?’, L’Espace Politique. Revue en ligne de géographie politique et de géopolitique, no. 9 (January 2010), doi:10.4000/espacepolitique.1422.

[4] Plus une agriculture perd de l’eau plus son efficacité énergétique est basse et peu pérenne. Ce type d’agriculture n’optimise le rapport énergie investie/énergie retirée  repose sur d’autres logiques que les questions agronomiques : financière, idéologique, etc.

[5] Banan Al-Sheikh and Mazin B. Qumsiyeh, ‘Imperiled Ecosystems in Palestine: Rare Plants as Indicators’, Dominic DiPaolo & John Villella Imperiled: The Encyclopedia of Conservation”, Reference Module in Earth Systems and Environmental Sciences, Elsevier, 2021, pp. 1–7.

[6] Reporterre, ‘Israël attaque une banque de semences paysannes en Cisjordanie occupée’, Reporterre, le média de l’écologie – Indépendant et en accès libre, 2 August 2025 <https://reporterre.net/Israel-attaque-une-banque-de-semences-paysannes-en-Cisjordanie-occupee> [accessed 9 October 2025].

[7] ‘Just 1.5 per Cent of Gaza’s Agricultural Land Remains Accessible and Undamaged | UN News’, 6 August 2025 <https://news.un.org/en/story/2025/08/1165587> [accessed 9 October 2025].

[8] Erez Cohen, ‘The Israeli Water Policy and Its Challenges During Times of Emergency’, Water, 16.20 (2024), p. 2995, doi:10.3390/w16202995.

[9] Israel Academy of Sciences and Humanities and others, ‘The Study Area and Patterns of Water Use’, in Water for the Future: The West Bank and Gaza Strip, Israel, and Jordan (National Academies Press (US), 1999) <https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK230245/> [accessed 9 October 2025].

[10] Xinhua, Lebanon’s Border Communities Grapple with Water Crisis amid Israeli Destruction of Pumping Projects – Dailynewsegypt, 25 February 2024 <https://www.dailynewsegypt.com/2024/02/25/lebanons-border-communities-grapple-with-water-crisis-amid-israeli-destruction-of-pumping-projects/> [accessed 9 October 2025].

[11] https://reporterre.net/Comment-Israel-a-delocalise-ses-activites-polluantes-en-Palestine

[12] ‘ANALYSIS: Israel’s Most Powerful Tool in Persuading Jordan: “Water Problem”’, n.d. <https://www.aa.com.tr/en/analysis/analysis-israel-s-most-powerful-tool-in-persuading-jordan-water-problem-/2267024> [accessed 9 October 2025].

[13] Reporterre, ‘Frigos et ordinateurs cassés : ces déchets qui empoisonnent la Cisjordanie’, Reporterre, le média de l’écologie – Indépendant et en accès libre, 27 February 2024 <https://reporterre.net/Frigos-et-ordinateurs-casses-ces-dechets-qui-empoisonnent-la-Cisjordanie> [accessed 9 October 2025].

[14] ‘Crude Petroleum in Israel Trade’, The Observatory of Economic Complexity, n.d. <https://oec.world/en/profile/bilateral-product/crude-petroleum/reporter/isr> [accessed 9 October 2025].

[15] ‘Israeli Crude and Fuel Supply Chains’, n.d. <https://docs.datadesk.eco/public/976ce7dcf00743dc/> [accessed 9 October 2025].

[16] https://www.972mag.com/lavender-ai-israeli-army-gaza/

[17] ‘100 Environmental Activists in Israel to Greta Thunberg after Gaza Posts: “Appallingly One-Sided, Ill-Informed”’, The Times of Israel, 22 October 2023 <https://www.timesofisrael.com/liveblog_entry/100-environmental-activists-in-israel-to-greta-thunberg-after-gaza-posts-appallingly-one-sided-ill-informed/> [accessed 9 October 2025].

Le jeune Walter Benjamin et la question du sionisme

Ce texte tente d’appréhender, à travers ses échanges avec Gershom Scholem et les prémices de sa conversion marxiste de 1924 (à laquelle une certaine bolchévique lettone ne sera pas étrangère), un devenir antisioniste du jeune Walter Benjamin. Si son projet d’une installation en Palestine fut bien réel, non seulement rien ne permet de parier sur une potentielle adhésion de ce dernier au sionisme, mais nous verrons, au regard de ses exigences à la fois méthodologiques et éthiques, qu’il ne pouvait que nourrir un scepticisme grandissant à l’égard du nationalisme juif, quand bien même celui-ci aurait intégré des éléments dits utopiques1.

En 1915, lorsque Scholem et Benjamin se rencontrent2, ce dernier a déjà rompu avec le Mouvement de jeunesse, coupable, à ses yeux, d’avoir vendu ses idéaux au nationalisme allemand en justifiant et encourageant la Grande Guerre. Quant à Scholem, il est engagé depuis peu sur la voie de ce qu’il nomme lui-même « sionisme radical » afin d’affirmer une démarcation, non seulement vis-à-vis du bellicisme de nombreux sionistes, mais également vis-à-vis de l’intégrationnisme auquel ont succombé de nombreux juifs de la petite et grande bourgeoisie allemande.

Si le désengagement de Benjamin semble le livrer à une ambition relativement ordinaire parmi les enfants de la bourgeoisie juive intégrée, celle de faire œuvre de pensée et d’écriture, l’intérêt de Scholem pour l’étude talmudique et son apprentissage de l’hébreu revêtiraient, selon ses propres mots, un caractère plus « exceptionnel3 ». Notons que ce dernier se dit également proche du « socialisme » de son temps. Ce qui pourrait laisser supposer que Scholem réalise en les synthétisant les deux voies de rupture de la petite et grande bourgeoisie juive assimilée.

En vérité, s’il fréquente et lit de nombreux sociaux-démocrates ou communistes, ses affinités théoriques et politiques le rapprochent surtout de penseurs et de militants anarchistes. Dans la catégorie de « socialisme », il faut entendre dans la bouche ou sous la plume de Scholem tout ce qui s’apparente à une critique de la bourgeoisie occidentale et de la modernité capitaliste. Mais c’est l’expression d’anarcho-nihiliste qui définit sans doute le mieux sa pensée et son engagement politique — une expression qui caractérise également le positionnement idéologique de Benjamin, même tardif, lorsque celui-ci maintient sa loyauté à un certain esprit de leur jeunesse.

Il faut donc commencer par insister sur le fait que le jeune Scholem n’était pas réellement socialiste, et, s’il a pu rejoindre des sociaux-démocrates (sa minorité non belliciste) et des communistes sur des positions anti-guerre, que c’est bien depuis l’anarchie et la critique radicale de l’État qu’il pense et agit. Soulignons également son refus, contrairement à Benjamin4, d’identifier dans l’histoire un « élément objectif connaissable5 » — désamorçant ainsi toute possibilité de se rallier à une conception matérialiste de l’histoire.

On pourrait alors penser, en raison précisément de cette inspiration anarchiste, que son sionisme singulier ne saurait déboucher sur la volonté d’établissement d’un « État juif » en Palestine. Nous verrons qu’il n’en est rien. S’il est vrai, comme de nombreux « socialistes » juifs d’inspiration libertaire, qu’il s’intéresse surtout à une forme de sionisme dite utopique, celle-ci partage bien, avec des formes de saint-simonisme du siècle précédent, la tragique négation de la réalité autochtone et un déni du fait colonial.

Mais il serait paresseux de ranger unilatéralement Scholem dans le courant du sionisme utopique. À vrai dire — et quand il évoque l’« exceptionnalité » de son sionisme il s’agit surtout de cela —, celui-ci conçoit son engagement comme essentiellement religieux et apolitique, ayant pour finalité ultime de se rendre à Jérusalem afin d’y étudier le judaïsme au sein d’une université juive qui, en 1915, n’est encore qu’un projet (la première pierre en sera posée en 1918 et son inauguration n’interviendra qu’en 1925). Mais peut-on dissocier à ce point le sionisme strictement religieux et anarchique de Scholem d’un sionisme plus directement politique ? Mieux : peut-on admettre la légitimité d’un sionisme aux prétentions non hégémoniques dans le cadre d’un mouvement sioniste plus général ayant une ambition explicitement coloniale ?

Par ailleurs, Scholem, en faisant régulièrement allusion aux milieux sionistes, comme si ces derniers étaient particulièrement étendus au sein de la communauté juive allemande, nous semble commettre une falsification de la réalité juive de son temps. En effet, tous les spécialistes de la question estiment que le sionisme, dont l’origine est chrétienne et anglo-saxonne, fut très majoritairement rejeté par les Juifs allemands, comme il le fut par les Juifs anglais ou français, et ce en raison du fait que les Juifs luttant pour leur droit en Europe ne nourrissaient généralement aucune aspiration à s’installer sur une terre qui n’était pas la leur.

Pour revenir à Benjamin, avec lequel il discutera souvent, bien que de façon assez vague, du sionisme, Scholem ne cesse de lui prêter des convictions sionistes à l’endroit de simples curiosités ou d’intérêts sincères pour le judaïsme. Ainsi, dès 1913, lors d’un rassemblement regroupant des membres du Mouvement de jeunesse dont Benjamin est un des principaux représentants et de jeunes sionistes du groupe « Jung-Juda » auquel il appartient lui-même : « … le débat devait porter sur notre attitude vis-à-vis de l’héritage à la fois juif et allemand. Chacune des deux parties était représentée par deux ou trois orateurs. Du côté des disciples de Wyneken, l’orateur principal était Walter Benjamin, dont on disait qu’il était le plus doué d’entre eux sur le plan intellectuel. Il fit un exposé assez tortueux, ne rejetant pas le sionisme a priori, mais l’évacuant en quelque sorte ; à vrai dire, j’ai oublié la teneur précise et les détails de son discours6. »

Il est regrettable que sa mémoire fasse ici défaut. Scholem revendique dans son « Avant-propos » l’honnêteté et même la relative objectivité de son témoignage. Précisons quand même qu’en 1975, lorsqu’il publie ce témoignage de son amitié avec Benjamin, cela fait maintenant de nombreuses décennies, non seulement qu’il est engagé en tant que sioniste, mais qu’il est installé en Palestine sous occupation coloniale israélienne. Et si ce dernier n’approuve pas la droite nationaliste qui s’apprête à prendre le pouvoir, il adhère désormais pleinement à l’établissement de fait d’un « État juif » en Palestine.

Pour revenir à l’époque de leur rencontre, et c’est le principal motif de sa rupture avec Wyneken et le Mouvement de jeunesse, Benjamin ne cesse de marteler sa répulsion à l’égard de toute forme de nationalisme. Il est donc peu probable, sachant que le sionisme repose, y compris sous sa forme intellectuelle et sophistiquée, sur un nationalisme juif, qu’il puisse constituer à ses yeux un antidote au nationalisme allemand. Quant à savoir ce que fut chez lui la part de curiosité intellectuelle ou de rejet politique, l’acrobatie rhétorique de Scholem à ce propos nous semble avoir valeur, non de confusion fugace, mais, au mieux, d’aveugle obstination, au pire, de manipulation délibérée.

Ainsi, lorsque Benjamin manifeste un intérêt pour le texte d’un ouvrier agricole pionnier du mouvement des kibboutsim7 (en été 1916) tout en rejetant dans le mouvement sioniste son « idéologie raciale » en même temps que sa « manie agricole » et son culte du « vécu juif8 » (quelques semaines ou mois plus tard), Scholem, bout à bout, relativise la critique de Benjamin et transforme son intérêt bien réel pour le texte d’un sioniste utopiste en potentielle adhésion au sionisme en soi. Pourtant, entre la manifestation d’un intérêt pour le texte de A. D. Gordon et ce rejet du caractère racial du sionisme, n’y aurait-il pas, plutôt que les prémisses d’une adhésion au sionisme en soi, ainsi que le laisse supposer Scholem, la courte maturation d’une critique implacable du sionisme en général ?

Les suppositions de Scholem sont d’autant plus saugrenues que celui-ci n’hésite pas à désigner Benjamin comme « non-sioniste9 » ni à évoquer le milieu sioniste au sein duquel Dora Pollack, l’amante et future épouse de Benjamin, a grandi (son père étant, comme il le relève d’ailleurs, un ami très proche de Théodore Herzl dont il sera même l’exécuteur testamentaire) et avec lequel elle a explicitement rompu10. La critique de Benjamin, soulignons-le, intervient tandis que Scholem vient de faire part de son souhait de s’installer en Palestine (rappelons que nous sommes en 1916, l’année des fameux accords Sykes-Picot).

Tout ce que Scholem trouve à répondre à cette critique d’une « manie agricole » au sein du sionisme (essentiellement sa frange utopique) est qu’il devrait être tout à fait possible de ne pas s’y établir comme paysan, mais comme instituteur. Passons pour le « vécu juif », qui est essentiellement une critique à l’adresse de Martin Buber, mais insistons ici sur la dénégation du fait racial : Scholem mentionne cet aspect de la critique de Benjamin, mais refuse d’y répondre, même a posteriori. Ce n’est pas seulement un oubli ou une négligence, mais un choix qui revêt, au moment de la rédaction de l’ouvrage (le début des années 1970), un caractère hautement politique.

Avant de revenir sur ce qui est souvent présenté comme une longue hésitation de Benjamin entre l’engagement communiste et l’adhésion au sionisme, et qui se cristalliserait autour d’un projet de départ en Palestine, arrêtons-nous un peu sur deux aspects théoriques fondamentaux de sa méthode en devenir, et que Scholem soit ne comprend pas soit feint d’ignorer. Ces deux aspects trouveront dans un texte futur, « Critique de la violence » (1921), une première formulation et une rigoureuse articulation.

Le premier est une conception d’inspiration judaïque de la justice ; l’une de ses sources, si l’on en croit Scholem, pouvant être identifiée chez Ahad Haam11 et sa conception de la justice dans le judaïsme en tant que « volonté de faire du monde le bien suprême ». C’est au cours de la même discussion, qui verra Benjamin formuler ses premières critiques à l’égard du sionisme, que Scholem lui parle de Haam et que son ami semble alors, écrit-il, « [manifester] beaucoup de compréhension12 ». Il est évident que cette conception de la justice, telle qu’il la comprend alors, s’affranchit de toute dimension ethno-nationaliste et que son enthousiasme, s’il atteste bien d’un attrait pour une conception de la justice héritée du judaïsme, ne saurait avoir valeur d’adhésion au sionisme. Précisément : une telle conception de la justice, du point de vue de Benjamin, est appelée à s’étendre au-delà du monde juif. Allons même plus loin : c’est une telle conception de la justice qui aimante chez lui cet attrait pour le judaïsme et nourrit conjointement son scepticisme à l’égard du sionisme.

Second aspect théorique, qui s’articule donc au premier : la critique du mythe. Ici, Scholem commet, dans le meilleur des cas, un grave contresens en postulant que le mythe serait, pour Benjamin, l’objet d’une « pénétration philosophique13 » qu’il appellerait de ses vœux. C’est ne pas comprendre que, dès son texte de jeunesse sur Hölderlin, Benjamin salue la liquidation dans le poème de l’élément mythologique14. Ou encore, lorsqu’il dit de Socrate qu’il est « l’argument et le rempart de Platon contre le mythe15 », qu’il signifie que Socrate a précisément la fonction d’arracher l’œuvre platonicienne à ses sources et tendances mythologisantes16. De façon générale, la représentation mythologique du monde — que se disputent également les philosophes bourgeois ne faisant qu’interpréter le monde — est au service d’un ordre que Benjamin appelle à briser. C’est en tout cas le sens de sa « Critique de la violence » : seule la justice échappe au mythe, en arrache les tentacules étatiques et juridiques, ces formes sociales fondées sur la violence originaire que le mythe, non seulement justifie, mais appelle à se déployer afin de préserver un ordre qu’il institue.

Ainsi, quand Benjamin déclare que « le jour où [il aura sa] philosophie, ce sera d’une certaine façon une philosophie du judaïsme17 », il faut entendre l’importance que revêt à ses yeux une conception de la justice en tant que potentialité insurgée contre l’ordre établi, une conception qui appelle, d’une façon sans doute anarchique, à la destruction de tous les ordres et de leur armature mythologique. Ceci est crucial pour la compréhension de sa critique du mythe et son renouvellement à venir d’un concept d’histoire. Ceci est crucial au point que le principe constructif que Benjamin associera au communisme radical (auquel il se ralliera explicitement dès 1924) devra faire l’épreuve d’une telle conception de la justice et corrélativement d’une telle critique de l’élément mythologique tel qu’il se manifeste dans une conception matérialiste appauvrie de l’histoire.

En tout cas : ni la mobilisation d’une conception d’inspiration judaïque ni son prétendu recours au mythe ne sauraient justifier une quelconque adhésion (même strictement religieuse, même simplement intellectuelle) au sionisme. Bien au contraire : la justice conçue comme extension du bien au monde lui-même peut constituer une arme contre les mythes justificateurs de la violence instituante. Dès lors, comment ne pas associer l’établissement d’un État juif en Palestine à une telle violence ?

Mais, plus encore, la question que nous devons nous poser est celle-ci : pourquoi Benjamin a-t-il tant hésité à rejoindre Scholem en Palestine ? Et c’est là qu’il nous faut, afin d’évaluer la sincérité de cette hésitation, suivre ce que Scholem, mais également Benjamin lui-même, nous en disent.

Commençons par relever les nuances que Scholem est bien obligé d’apporter concernant le rapport de son ami à la question sioniste. C’est d’ailleurs dans le chapitre relatant leur séjour commun en Suisse, à la fin de la guerre, que ce dernier est bien forcé de reconnaître que, si Benjamin entretient un intérêt constant pour le judaïsme entre 1915 et 192718, cet intérêt sera amené à muer en intérêt essentiellement dirigé vers une approche philosophique et théologique de celui-ci19. Encore faut-il démêler, et depuis leur rencontre en 1915, ce que fut réellement la part de sa foi juive, de son intérêt pour le judaïsme en tant que religion ou forme culturelle spécifique et de son intérêt théologique ou philosophique pour celui-ci. En soi, rien de ces trois types de rapport au judaïsme n’implique de facto un rapprochement avec l’idéologie sioniste.

À vrai dire, nous croyons qu’il n’y a pas non plus de lien de causalité entre l’éventualité d’un tel rapprochement et la volonté de Benjamin de se ménager une possibilité d’installation en Palestine, perspective qui, pour un intellectuel juif de plus en plus lucide quant à l’exacerbation des structures raciales étatiques et sociales de l’Allemagne de son temps, a sans doute constitué essentiellement une issue de secours.

Durant les premières années de leur amitié, Scholem oriente bien Benjamin vers la lecture de textes considérés comme fondateurs du sionisme (sous sa forme contemporaine et d’inspiration juive), dont notamment ceux de Moïse Hess20. Une fois encore, cependant, et malgré l’intérêt que Benjamin porte à de tels textes, rien ne permet d’identifier les traces ou les prémisses d’une quelconque adhésion au sionisme entendu comme captation politique du judaïsme à des fins coloniales.

Non seulement rien ne permet d’identifier de telles traces ou prémisses, mais le rapport de Benjamin au judaïsme semble échapper à toute instrumentalisation politique et même à toute forme de réduction strictement religieuse. Ce qui pourrait attester d’un intérêt philosophique et théologique, plus que directement religieux, pour le judaïsme, c’est notamment son admiration pour les recherches de Joseph Molitor sur la Kabbale dont il convient de noter, indique Scholem lui-même, que celui-ci lui « [attribua], sans motivation sérieuse, une orientation christologique21 ».

En 1918, lorsqu’ils se retrouvent dans la région de Berne, Scholem fait état d’une véritable déception amicale : non seulement car la nouvelle proximité avec Benjamin lui en révèle certains traits cyniques et autoritaires (essentiellement à propos de ses parents dont il méprise le caractère bourgeois), mais également car semble se confirmer la détermination « abstraite » de son « penchant pour le judaïsme22 ». Le témoignage de Scholem ne cesse d’osciller, ici, quasiment d’une page à l’autre, entre l’affirmation selon laquelle, de 1915 à 1927, « le domaine religieux occupait dans la pensée de Benjamin une place tout à fait centrale qui n’entamait nullement un doute fondamental23 » et la reconnaissance qu’il ne s’agit pas tant de quelque chose de central que d’un « penchant qui conservera toutefois plutôt un caractère abstrait24 ».

Il ne s’agit aucunement de relativiser l’importance du rapport de Benjamin au judaïsme, mais plutôt de souligner la torsion continuelle, sous l’impulsion de sa propre idéologie sioniste, que Scholem fait subir à son témoignage, et qui le conduira notamment à de lourds aveuglements quant à l’interprétation des textes plus tardifs de son ami25. En termes psychanalytiques, on pourrait concevoir un tel aveuglement comme le produit d’une projection inversée de ses propres déterminations idéologiques sur l’œuvre et la vie de Benjamin. En atteste, au fil des années, le fait qu’il ne cesse de surévaluer son rapport strictement religieux au judaïsme, qu’il distingue lui-même d’un simple intérêt philosophique ou théologique, tout en minorant les implications du ralliement de son ami au marxisme.

Quant au projet, moins engageant que celui d’un départ en Palestine, d’apprendre l’hébreu, Benjamin initiera bien un bref apprentissage après la guerre, qu’il abandonnera assez vite. Une fois encore, cela ne saurait relativiser l’importance du judaïsme en général dans sa vie et son œuvre, mais attester que cette importance, non seulement ne saurait se traduire par une forme de nationalisme juif, mais que son étude de la langue hébraïque et des textes talmudiques n’est pas même au centre de ses priorités intellectuelles et politiques, contrairement au communisme radical à partir de 1924.

De façon générale, la grande erreur politique et morale de Scholem, à savoir son adhésion au sionisme et sa subordination de la judéité à celui-ci, explique son refus d’entendre et d’accepter, non seulement les critiques précoces (et encore insuffisantes) que Benjamin adresse au sionisme, mais l’intérêt de son ami pour une certaine idée de la justice qui entre en collision avec toute forme de nationalisme juif, même utopique. C’est d’ailleurs une telle erreur qui altèrera le plus souvent son jugement sur les amitiés (Bloch, Lacis, Brecht) et les positionnements stratégiques (notamment son programme d’une politisation de l’art à l’ère de la nouvelle reproductibilité technique) de Benjamin et le conduira à guetter sans cesse les traces ou les prémisses d’une conversion sioniste de son ami.

Entendons bien qu’une telle conversion justifierait, à tout point de vue, excédant d’ailleurs la précarité et l’isolement qui vont s’abattre sur Benjamin à partir des années 1920, le choix d’un départ à Jérusalem. Ainsi, entre 1918 et 1924, et malgré la désagrégation de cette image de « savant de l’Écriture26, égaré dans un autre univers et qui serait à la recherche de son ‘‘écriture27’’ », Scholem continue d’espérer que Benjamin se ralliera au projet d’une installation en Palestine et qu’il trouvera dans le sionisme un motif pour le faire. Il faut pourtant insister sur l’usage non orthodoxe que Benjamin ne cesse de faire des concepts hérités de la tradition judaïque — ce que relève d’ailleurs une nouvelle fois son ami : « En fait, il y a chez Walter une foule de théories illégitimes28 » — tout en s’efforçant de croire à une orientation plus strictement religieuse de celui-ci : « À cette époque, j’avais nettement l’impression que Benjamin allait incessamment s’orienter activement, lui aussi, vers l’étude du judaïsme29. »

Tandis que Benjamin est sans cesse attiré par des formes marginales du judaïsme, ou concurrentes, que son approche est donc profane (quand elle n’est pas ésotérique), Scholem voudrait le pousser à une rigueur et à une orthodoxie plus grandes, et lier une telle orientation à un engagement sioniste. C’est peine perdue : non seulement Benjamin conservera et développera un intérêt pour des formes occultes de croyance (nous pensons par exemple à l’astrologie, ou encore à son rapprochement avec l’un des membres de la secte de Goldberg ayant une approche farfelue du judaïsme et farouche opposant au sionisme), mais fera de certains concepts hérités de la tradition judaïque un usage qui, dans le cadre de son ralliement au matérialisme historique et de sa réélaboration d’un concept d’histoire du point de vue des vaincus, contreviendra à la perspective de l’institution d’un « État juif » en Palestine.

Ainsi, et alors que la dimension essentiellement philosophique et théologique de son intérêt pour le judaïsme est confirmé par Scholem lui-même : « nos discussions, écrit-il à propos de leur période suisse, portaient souvent sur la théologie juive et les notions fondamentales de l’éthique juive, mais bien plus rarement sur les problèmes juifs concrets30 », le projet d’une installation en Palestine ne cessera, jusqu’en 1929, d’apparaître à ses yeux comme une simple issue de secours. Et pour cause : non seulement sa conversion marxiste ne cesse d’apparaître aux yeux de Scholem comme à la fois désespérante et inéluctable31, mais Benjamin n’entrevoit aucune « nécessité théorique d’y aller32 ».

À vrai dire, nous ne croyons pas qu’il ait été véritablement attentif ni en capacité matérielle de saisir les enjeux réels de la question sioniste et des conflits internes ayant traversé le mouvement sioniste. Contrairement à Hannah Arendt qui, elle, ne cessera de s’y intéresser et d’affuter ses positions à l’endroit d’une telle question. L’intérêt ici d’un détour par leur amie commune nous semble éclairer l’obstination aveugle de Scholem.

En 1944, quatre ans après la mort de Benjamin, elle évoquera dans son « Réexamen du sionisme » le « raz de marée révisionniste dans l’Organisation sioniste33 » ayant conduit les principaux dirigeants et intellectuels sionistes, même les plus utopistes, à refouler la question arabe et à viser l’établissement d’un État ethno-religieux en Palestine. Mais, selon Arendt, le sionisme historique (celui de Herzl) était déjà porteur d’un tel projet, tout en faisant fi d’ignorer la réalité autochtone et de synthétiser d’autres tendances, qu’elles soient dites générales (projetant l’établissement d’un foyer juif sous tutelle britannique) ou utopiques (sur le modèle déjà évoqué des kibboutsim). Avant de se confronter à la possibilité concrète d’un « État juif » en Palestine, précise-t-elle, et donc en « méconnaissant délibérément les problèmes politiques qui étaient en jeu34 », le sionisme a même pu conquérir une jeunesse juive européenne séduite par ses éléments les plus utopiques.

Arendt accuse les sionistes d’avoir renoncé à se battre contre l’antisémitisme et même d’avoir capitalisé sur celui-ci afin de se renforcer auprès des masses juives opprimées en Europe. Et va même plus loin en pointant les compromissions de la direction du mouvement sioniste, qu’il s’agisse de ses éléments révisionnistes ou de ses éléments généraux, ayant pactisé ou continuant à pactiser avec les ennemis du peuple juif : « Ici aussi il s’est révélé difficile de déceler la différence entre les révisionnistes et les sionistes généraux. Si les révisionnistes de l’époque ont été violemment critiqués par d’autres sionistes pour avoir entamé des négociations avec le gouvernement antisémite polonais d’avant-guerre en vue de l’évacuation d’un million de Juifs polonais — et ce afin d’obtenir que les Polonais soutiennent les exigences sionistes extrémistes devant la Société des Nations et d’exercer ainsi des pressions sur le gouvernement anglais —, les sionistes généraux eux-mêmes sont constamment restés en contact avec le gouvernement de Hitler en Allemagne au sujet des opérations de transfert35. »

Dans une lettre datée du 28 janvier 1946, Scholem réagira avec virulence à l’article d’Arendt, se faisant solidaire du sionisme en général tout en reconnaissant la légitimité d’une critique de celui-ci dans la mesure seulement où elle lui resterait solidaire. Ce que ne fait pas Arendt qui s’appuierait, selon lui, sur des « justifications qui ne sont pas sionistes, mais expressément trotskystes et antisionistes36 ». Évidemment, c’est très exagéré : non seulement Arendt pense depuis la double critique du nationalisme et du socialisme, mais une connaissance même approximative de ses travaux permet de connaître ses positions souvent antimarxistes. Pour autant, Scholem n’y va pas de main morte, accusant sa « chère amie », pêle-mêle, de folie, de bolchévisme et d’antijudaïsme (dans la mesure où il subordonne le judaïsme au sionisme, et donc que l’antisionisme serait de facto un antijudaïsme).

Son « sionisme radical », affirme-t-il, serait quant à lui porté par un souffle utopique et mu par une conviction anarchiste, et ne viserait donc pas l’établissement d’un « État juif », à proprement parler, mais simplement une nation pour un peuple enfin libéré d’une histoire éternelle d’oppression et de massacre — il croit, dit-il, à la « durée éternelle37 » de l’antisémitisme — et renouant avec les sources spirituelles de sa tradition. À ce titre, il assume le choix d’une politique du fait accompli, et donc celui d’un établissement par la force d’un foyer national juif (bref d’un État, que ce soit sous tutelle britannique ou non), et va même jusqu’à regretter que leurs « adversaires arabes » ne soient pas « d’abord intéressés par [leurs] opinions morales ou politiques, mais par la simple question de savoir s’[ils sont] présents ou pas38 ».

Remarquons que ce regret d’une absence de compréhension des Palestiniens vis-à-vis de leurs propres colonisateurs (en acte et en puissance) est assez surprenant de la part d’un homme qui revendique ici son « sectarisme39 ». À vrai dire, il est un peu difficile de comprendre comment, au sein du « sionisme radical » de Scholem, cohabitent à présent son héritage anarcho-nihiliste et ce nationalisme juif assumé. De toute évidence, ce qui fut un sionisme mâtiné d’utopisme anarchisant et religieux, campant au bord du politique, révèle désormais toute sa profonde vérité réactionnaire.

Pour Arendt, qui dit ignorer dans sa réponse aux accusations de Scholem40 qu’il succomba aux attraits du sionisme en tant que tel, sachant que selon elle une idéologie nationaliste ne saurait être considérée comme apolitique, c’est précisément son anarchisme qui expliquerait cet aveuglement, soit, peut-être, une forme de dénégation de la question de l’État couvant de facto une défense implicite de celui-ci.

Dans un autre texte publié également en 1946, elle évoque d’ailleurs l’intégration au socle idéologique sioniste d’éléments plus utopistes (visant explicitement Scholem ?) — et annonce déjà la catastrophe à venir : « Certains dirigeants sionistes feignent de croire que les Juifs peuvent se maintenir en Palestine contre le monde entier, et qu’eux-mêmes peuvent poursuivre une politique du tout ou rien envers et contre tous, et contre tout. Cependant, sous cet optimisme fallacieux se dissimulent un désespoir complet et un authentique empressement au suicide qui pourraient devenir extrêmement dangereux si d’aventure ils parvenaient à dominer la tonalité et l’atmosphère de la politique en Palestine. Rien dans le sionisme de Herzl ne peut faire échec à cela ; au contraire, les éléments utopiques et idéologiques qu’il a introduits dans la nouvelle aspiration des Juifs à l’action politique risquent de conduire une fois de plus les Juifs hors de la réalité — et de la sphère de l’action politique. Je ne sais pas — et je ne veux pas savoir — ce qui arriverait aux Juifs dans le monde entier et à l’histoire juive dans l’avenir si se produisait une catastrophe en Palestine41. »

En s’accrochant à l’exceptionnalité de son sionisme, Scholem ne se contente pas de fermer les yeux sur la catastrophe annoncée, il ferme aussi les yeux sur ses propres compromissions morales et religieuses — à moins qu’il n’ait réellement, dès les années 1930, ainsi qu’il l’écrit dans une confession sous forme de poème, « perdu la foi qu’il avait en arrivant ici ». Car, en effet, lorsque celui-ci émigre en Palestine, en 1923, c’est bien pour travailler au sein de la Bibliothèque nationale juive, puis pour occuper une chaire de professeur au sein de la future université de Jérusalem, composante centrale du futur État hébreu ; il occupera ainsi une position institutionnelle forte au sein d’un État en devenir, puis d’un jeune État en quête de reconnaissance et de légitimité. Tandis que son propre frère, faisant le choix d’un engagement communiste, tout comme celui de Benjamin, va mourir dans un camp d’extermination, Scholem s’établit donc sur le dos des futurs peuples colonisés de Palestine.

Par ailleurs : n’y a-t-il pas une contradiction farouche à se décréter « nationaliste juif », tel qu’il le fait dans sa lettre, et à prétendre s’extraire du champ politique ? Scholem a choisi le camp des vainqueurs, s’est établi en Palestine, non comme modeste religieux ou simple savant, mais comme fonctionnaire d’un futur État colonial prospérant sur les causes du génocide d’un peuple dont il se réclame. Et quand Arendt évoque une telle instrumentalisation politique de la souffrance d’un peuple, Scholem lui rétorque qu’elle n’aime pas le peuple juif. Ou encore qu’elle refuse de comprendre les motifs profonds de son « sionisme radical ». Ainsi faisant il déplace la discorde d’un terrain politique vers un terrain affectif ou mystique. Une discorde qui se conclura, en 1963, par une rupture définitive — en raison sans doute de la publication d’Eichmann à Jérusalem dont le propos sur la banalité du mal lui semble porter atteinte à la justification d’Israël en tant que fondée sur la « durée éternelle » de l’antisémitisme.

Tout ceci est à prendre en considération quand Scholem reproche à Arendt d’avoir réduit, dans son petit opuscule sur Benjamin42, l’intérêt de celui-ci pour le judaïsme à un pur attrait théologique ou philosophique43. Et ce, nous l’avons vu, alors même qu’il ne cesse de reconnaître lui-même tous les « obstacles » s’opposant à une orientation de son ami vers l’étude stricte du judaïsme44. Mais le cœur de la question, et du différend entre Scholem et Arendt, excède un intérêt plus ou moins religieux, plus ou moins théologique ou plus ou moins philosophique de Benjamin pour le judaïsme : c’est l’organicité que conçoit Scholem entre sionisme et judaïsme qui est éminemment problématique, tant celle-ci enclôt le judaïsme dans un projet colonial fondé sur le principe implicite d’un nettoyage ethnique.

Aux yeux d’une certaine orthodoxie, Benjamin ne sera peut-être jamais un bon Juif, mais il aura le mérite de ne pas trahir l’essence d’une conception judaïque de la justice qui trouvera toute son actualité à l’épreuve du matérialisme historique. Tandis que Scholem sera incapable de se retourner sur l’histoire, la sienne, celle de son engagement sioniste, et plus généralement celle à laquelle il participera activement, celle de la création de l’État d’Israël. Que sa foi demeure intacte ou non, sa faillite morale et politique est sans commune mesure avec les illusions de ces jeunes Juifs européens ayant rêvé, sur le modèle des kibboutsim, de réaliser une forme concrète et communautaire de socialisme utopique, mais s’étend par-delà l’institution du fait colonial, solidaire avec les compromissions et les crimes d’une nouvelle bourgeoisie juive à la tête d’un jeune État-nation s’instituant sur l’invisibilisation et l’éradication d’un peuple. À ce titre, le destin de Scholem s’éloigne radicalement de celui de Benjamin et nous livre une image inversée de la rédemption communiste fondée sur la justice des peuples.

Contrairement à Arendt (dont nous connaissons les réticences à l’égard de toute forme de radicalité), nous nuancerions cependant le lien qu’elle établit un peu facilement entre les convictions anarchistes de Scholem et son engagement sioniste. Nous les nuancerions d’autant plus que Benjamin, nous l’avons dit, revendique la continuité pour lui-même de telles convictions. Ce qui nous semble plus déterminant, c’est la façon dont le premier se replie de façon sectaire (ce qu’il assume) sur des positions qu’il n’est plus en mesure de défendre et de soutenir, alors qu’il aurait pu, précisément au nom de ses convictions anarchistes, mais également, allons plus loin, au nom de la sincérité avec laquelle il épousa un certain « rêve sioniste », prendre conscience des implications politiques et historiques de ce rêve, comprendre que ce rêve se tissait sur le dos des peuples de Palestine et avoir le courage d’y renoncer.

Tandis que Benjamin, qui lors de leur période suisse pouvait même observer assez dédaigneusement ce qui se passait en Hongrie ou en Allemagne, va demeurer loyal, au sein de son processus de politisation et après sa conversation marxiste, à ce qu’il nomme son « anarcho-nihilisme » et qui l’oblige à se soustraire à toute forme de pétrification idéologique.

Si le jeune Benjamin, qui vient à peine de rencontrer Ernst Bloch et s’apprête tout juste à découvrir Georg Lukács, assume déjà un attrait pour une méthode d’inspiration matérialiste, ce n’est pas encore au sens de son actualité marxiste (à laquelle il donnera une forme et une signification toute particulière à partir de 1924), mais dans le sens où toute connaissance se fonde sur une expérience concrète des choses, des êtres et des situations. Il ne s’agit aucunement de se cantonner à une dimension morcelée de la réalité socio-historique, mais de soumettre sa pensée à un plan d’immanence où se mêlent une multitude de strates de perceptions entremêlées au sein de l’actualité la plus vive. C’est une telle méthode qui offre à sa pensée (et bientôt à sa pensée de l’histoire) de se tenir dans l’escarcelle d’un temps réellement présent. Ainsi, même les idées en apparence les plus déliées de toute production matérielle, même les médiations les plus abstraites sont amenées, pour accéder à la dignité d’une forme ou d’un langage vivants, à faire l’épreuve de la réalité la plus prosaïque. La totalité, à laquelle depuis ses vingt ans aspire Benjamin, d’une façon d’abord anhistorique et naïve, puis de plus en plus ancrée dans les enjeux politiques de son temps, n’est nullement contrainte par son attrait pour le minuscule, seulement elle doit en partir et, calibrée sur une certaine optique dialectique, s’ouvrir sur une dimension intégrale de la vie et de la pensée.

Cette interpénétration de différentes inspirations, aspirations ou nécessités, chez Benjamin, contrairement à Scholem qui se replie dogmatiquement à l’endroit de sa défense du sionisme (nous pensons notamment aux échanges évoqués avec Arendt), peut être illustrée par un désaccord de jeunesse aux contours tout à fait anodins : « Dans l’hôtel de Berne où nous passions la nuit, nous eûmes une discussion sur l’intuition. Je notais la définition de Benjamin, sur laquelle je n’étais pas d’accord : ‘‘L’objet de l’intuition est la nécessité, pour un contenu qui est pressenti comme étant pur, de devenir perceptible.’’ Il ne put admettre ma protestation contre ce transfert théologique de l’intuition vers le domaine acoustique. Il m’expliqua que là était précisément le point important : les divers domaines ne peuvent pas être séparés entre eux ; il n’y a pas d’intuition pure qui ne soit une perception, non certes la perception d’une voix, mais celle d’une nécessité45. »

C’est précisément ce lien postulé d’un lien organique entre intuition intellectuelle, spirituelle ou divine et la perception sensible qui permettra à Jean Genet d’établir la justesse de la cause palestinienne à partir d’une perception acoustique46. A contrario, c’est la surdité de Scholem qui le condamne à d’irréparables errances idéologiques et au balbutiement le plus coupable dès lors qu’il est sommé par Arendt de justifier son engagement sioniste sur un terrain plus théorique. Entendons bien qu’il ne s’agit aucunement de dénier aux puissances de la raison leur légitimité et leur efficacité, mais d’affirmer qu’il ne saurait y avoir d’engagement révolutionnaire, de philosophie émancipatrice ou de littérature vivante sans une appréhension sensible des causes de l’injustice.

Qu’importe que le jeune Benjamin n’ait pas bénéficié de toutes les données historiques lui permettant de comprendre la situation en Palestine. Dans la mesure où ce dernier n’eut de cesse de placer l’expérience concrète au cœur de toutes les médiations abstraites, on ne saurait lui inventer un destin d’idéologue et encore moins de défenseur acharné d’un quelconque nationalisme juif. Il est donc tout à la fois opportuniste et inopportun de chercher à le rallier au projet sioniste. Tout indique même que son acuité sensible, ferment de sa lucidité historique, non contente de se plier aux contours d’un rêve coupable, aurait ressaisi la situation en Palestine depuis le point de vue de ceux qui en sont les opprimés et désigné Israël, au cœur des processus historiques, de leurs développements à la fois capitalistes et impérialistes, comme l’expression maudite de leur condensation.

 

Pierre-Aurélien Delabre

 


1 Pour une meilleure saisie des courants majoritaires et des tendances plus marginales du sionisme nous
renvoyons aux textes de Pierre Stambul publiés notamment chez Syllepse.

2 Ainsi que le relate Scholem, ils se sont croisés deux années auparavant, mais sans s’adresser la parole (nous y
reviendrons plus loin) : « Avant de faire la connaissance personnelle de Benjamin, je le vis pour la première fois
un jour de l’automne 1913, au cours d’une réunion de jeunes qui se tenait dans une salle du café Tiergarten à
Berlin. » (Gershom Scholem, Walter Benjamin. Histoire d’une amitié, traduction de Paul Kessler, Les Belles Lettres,
2022, p. 11.)

3 Ibid., p. 23.

4 L’intérêt du renouvellement de la conception matérialiste de l’histoire chez Benjamin tenant précisément, nous
y reviendrons ailleurs, au fait que cette conception demeure matérialiste tout opérant une critique des « informes
tendances progressistes » (« La vie des étudiants » (1915), traduction de Maurice de Gandillac revue par Rainer
Rochlitz, in OEuvres, I, Gallimard, Folio, 2000, p. 125) qui en altèrent le plus souvent les potentialités réellement
révolutionnaires.

5 Gershom Scholem, Walter Benjamin. Histoire d’une amitié, op. cit., p. 28.

6 Ibid., p. 12.

7 Ibid., p. 51-52.

8 Ibid., p. 56.

9 Ibid., p. 41.

10 Ibid., p. 42.

11 Partisan d’un centre culturel en Palestine, mais non d’un État juif, il s’oppose ainsi au sionisme politique de
Herzl. Meurt en 1927 à Tel Aviv, non sans avoir relevé et combattu les dérives du nationalisme juif.

12 Ibid., p. 57.

13 Ibid., p. 59.

14 « Le poème, au lieu de s’appuyer sur la mythologie, instaure la cohésion de son propre mythe. » (Walter
Benjamin, « Deux poèmes de Friedrich Hölderlin », op. cit., p. 107.)

15 Gershom Scholem, Walter Benjamin. Histoire d’une amitié, op. cit., p. 58.

16 Il insiste quelques années plus tard : « C’est pourquoi, en Grèce, l’art véritable et la véritable philosophie — à la
différence de leur phase théurgique qui n’était art et philosophie qu’au sens impropre de ces mots — ne naissent
qu’à la fin du mythe, car l’un et l’autre se fondent la vérité, exactement au même degré, ni plus ni moins. » (Walter
Benjamin, « Les Affinités électives de Goethe », in OEuvre, I, op. cit., p. 334.)

17 Gershom Scholem, Walter Benjamin. Histoire d’une amitié, op. cit., p.61.

18 Année, sans doute, et aux yeux de Scholem, qui marque de l’effondrement chez Benjamin à la fois de son
projet d’établissement en Palestine, mais également de celui d’apprendre l’Hébreu et de se rapprocher, par l’étude
et le culte, du judaïsme. C’est également l’année de son départ pour Moscou.

19 À ce propos, ne déclare-t-il pas, dès 1916, comme évoqué plus haut, que sa philosophie sera une philosophie
du judaïsme ? Mais cela signifie-t-il qu’il s’agira d’une forme philosophique inspirée du judaïsme ou d’une forme
philosophique du judaïsme lui-même ? À ce stade, nous refusons de trancher la question.

20 Ibid., p. 67.

21 Ibid., p. 71.

22 Ibid., p. 101.

23 Ibid., p. 99.

24 Ibid., p. 101.

25 C’est ainsi, par exemple, qu’il identifie un fond métaphysique sous une forme matérialiste dans le fameux texte
de 1936 sur « L’oeuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique » (Cf. Ibid., p. 81), texte qui nous semble
pourtant, sur le fond comme sur la forme, être sans doute l’un des plus strictement matérialistes de Benjamin.

26 Entendons ici ce qui porte à confusion dans l’usage de la majuscule, ou, en tout cas, cette espérance mystique
projetée sur les recherches d’un philosophe non encore marxiste, certes, mais déjà aux prises avec une forte
exigence de matérialité.

27 Ibid., p. 95.

28 Ibid., p. 125.

29 Ibid., p. 158.

30 Ibid., p. 126.

31 Ibid., p. 195.

32 Ibid., p. 196.

33 Hannah Arendt, « Réexamen du sionisme » (1944), in Écrits juifs, traduction de Sylvie Courtine-Denamy,
Fayard, Ouvertures, 2011, p. 512.

34 Ibid., p. 513.

35 Ibid., p. 514.

36 Gershom Scholem, « Lettre à Hannah Arendt du 28 janvier 1946 », in Correspondance. Hannah Arendt-Gershom
Sholem, traduction d’Olivier Mannoni, Seuil, édition numérique.

37 Ibid.

38 Ibid.

39 « Je suis ‘‘sectaire’’. Et je n’ai jamais eu honte d’affirmer ma conviction en public : le sectarisme peut constituer
quelque chose de très décisif et de très positif. » (Ibid.)

40 « Honnêtement, je n’ai jamais eu l’idée, même en rêve, d’admettre que vous auriez pour autant une ‘‘idéologie’’
sioniste, ne serait-ce que parce que j’espérais à vrai dire que vous n’aviez pas d’idéologie du tout. » (Hannah
Arendt « Lettre à Gershom Scholem du 21 avril 1946 », in Correspondance. Hannah Arendt-Gershom Sholem, op. cit.,
édition numérique.)

41 Hannah Arendt, « L’État des Juifs : cinquante ans après, où la politique de Herzl a-t-elle conduit ? » (1946), in
Écrits juifs, op. cit., p. 556-557.

42 Cf. Hannah Arendt, « Walter Benjamin », in Vies politiques, traduction d’Éric Adda, Jacques Bontemps, Barbara
Cassin, Didier Don, Albert Kohn, Patrick Lévy et Agnès Oppenheimer-Faure, Gallimard, Les Essais, 1974.

43 Gershom Scholem, Walter Benjamin. Histoire d’une amitié, op. cit., p. 99-100.

44 Ibid., p. 158.

45 Ibid., p. 146.

46 Cf. Jean Genet, Le Captif amoureux, Gallimard, 1986.