Municipales : La FI comme ligne stratégique ou l’usage contre-révolutionnaire de l’autonomie et de la radicalité

Déclaration du QG décolonial.

 

Si le choix de la FI était déjà très clair pour nous avant le guet-apens d’extrême droite tendu aux antifas lyonnais le 12 février 2026, il l’est encore plus après la fièvre fasciste qui s’est emparée du personnel politico-médiatique au lendemain de la mort d’un jeune néo-nazi et de la minute de silence observée par l’Assemblée Nationale pour lui rendre hommage.

Nous appelons à soutenir la FI et toute coalition avec la FI, quelle que soit sa composition, tant que celle-ci se fait sous la direction d’une FI plus puissante que ses alliés. Si les municipales nous placent nous les décoloniaux devant un dilemme : soit les coalitions avec La France Insoumise soit le soutien à des listes autonomes, notre choix est ferme : ce sera la FI. Soyons lucides : aujourd’hui, il n’y a aucune option satisfaisante d’un point de vue décolonial mais certaines sont politiquement et stratégiquement plus pertinentes que d’autres. Cette échéance électorale constitue le premier moment électoral d’une séquence antifasciste plus large. Notre choix ne relève donc pas de l’adhésion pleine et entière, mais d’un calcul politique dans un contexte donné.

D’abord, ne cachons pas ce qui nous oppose à la FI. Ses positions sur l’Iran qui jurent avec ses positions sur le Vénézuela, ses reculades sur l’opposition à l’Union européenne et le fameux plan B, le flou sur les TPE-PME, le soutien inconsistant d’une solution à deux États en Palestine, le prisme colonial d’une France « présente sur tous les continents » (même si le soutien aux indépendantistes kanaks est apprécié) etc., et le rapport jamais clarifié de Mélenchon à l’héritage mitterrandien : tout cela pose problème. Il serait hypocrite de jeter un voile pudique sur ces désaccords.

Mais notre ligne n’est ni conditionnée ni close par le jeu électoral. Il nous faut penser stratégiquement, dans un temps long, tout en agissant dans des temporalités contraintes. Or, dans le contexte actuel, nous ne pouvons nous permettre des caprices de marquise.

Quel est le contexte ?

À l’issue des législatives anticipées de 2024, de la victoire de la gauche et du hold-up anti-démocratique qui a suivi, nous pouvions espérer une reprise massive du mouvement social, mais force est de constater que la rue n’existe pas, ou très peu. Le demi-échec de la rentrée sociale, comme celui des 10 et 18 septembre 2025, en témoignent. Pendant ce temps, les lois les plus dégueulasses continuent d’être votées. On ne peut donc pas raisonnablement miser uniquement sur une hypothétique irruption populaire.

Cela fait longtemps que nous franchissons des caps dans la fascisation du pays, mais le week-end de la Saint Valentin 2026 peut d’ores et déjà être considéré comme un tournant. La macronie est aux abois et contrairement à ses voisins européens, elle fait face à une vraie colère sociale et à une gauche de rupture de masse. Toute occasion sera bonne à prendre pour faire rendre gorge à cette FI arrogante qui, il faut bien le dire, est à la hauteur de l’histoire, ce dont – nous, QG Décolonial – lui sommes reconnaissants. Et nous le disons avec force. Le spectacle de chasse à courre auquel nous assistons n’est que le énième épisode de cette curée qui n’en finit pas.

L’heure est trop grave pour tergiverser. Il faut faire bloc autour de la FI.

Pourquoi ? Parce que nous avons toujours dit que nous n’attendions pas de Mélenchon une offre révolutionnaire, mais que la gauche de rupture constituait a minima une digue. Aujourd’hui, il s’agit de préparer, de construire et de renforcer cette digue contre le fascisme. Plus nous aurons de mairies LFI ou associées, plus nous disposerons de bastions antifascistes, et donc de moyens matériels et politiques pour résister. L’idée de communalisme qui permet aux habitants de participer à la décision et donc de reprendre du pouvoir est à prendre au sérieux.  Une gauche de rupture renforcée reste un appui même en cas de défaite électorale, car la FI permettrait la subsistance d’une gauche organisée, structurée dans une dynamique d’opposition. Or nous avons besoin de cette gauche pour la suite, notamment en vue des présidentielles mais aussi et surtout après les présidentielles. C’est ici qu’il importe de prendre conscience de l’usage contre-révolutionnaire de certaines conceptions de l’autonomie d’une part et de la radicalité d’autre part.

 

De l’usage contre-révolutionnaire de l’autonomie

 

« Exister, c’est exister politiquement ». Sans autonomie pas d’existence politique pour quelque groupe opprimé que ce soit. Le luttes des travailleurs arabes, des sans-papiers ou l’antiracisme politique n’auraient jamais prouvé leur efficacité sans leur indépendance et leur insubordination à l’agenda des syndicats ou des partis politiques de gauche. Ce fait est préalable à tout projet politique minoritaire. C’est indiscutable. Mais l’autonomie des non blancs est un moyen, pas un objectif en soi et comme tout moyen, il est à utiliser de manière politique. Il existe en effet des temporalités où l’autonomie est prioritaire, et d’autres où elle doit faire un pas de côté et où ce sont les alliances qui prennent le dessus. Dans le contexte actuel, la constitution de listes autonomes témoins – dites de « quartiers » – pour lesquelles les élections ne sont qu’une opportunité pour construire une autonomie locale, affaiblissent les listes FI et nous rendent collectivement perdants (sauf si bien sûr ces listes sont en position de gagner). On aurait certes beaucoup à dire sur les méthodes de la FI : Oui, il y a du parachutage, des investitures incompréhensibles où des candidats indigènes très implantés se voient rétrogradés au profit de figures nationales ou complètement inconnues des habitants, certes il y a du cafouillage et même parfois du mépris de la part des instances nationales qui distribuent les investitures mais, il faut être honnête, il n’y a jamais eu, de mémoire d’indigène, autant de candidats issus des colonies qui ne soient pas de simples figures décoratives. On y trouve aujourd’hui des candidats non blancs non tokenisés, formés directement ou indirectement par le mouvement décolonial, de véritables militants politiques que la FI accepte d’investir. Ceci est d’autant plus important à souligner que le programme de la FI a objectivement avancé sur l’agenda décolonial, soit sur la dimension anticapitaliste, anti impérialiste, antiraciste et anti-autoritaire. C’est là qu’il faut impérativement savoir faire la distinction entre, d’une part, des candidats indigènes FI des candidats indigènes PS, droite ou extrême droite. Les premiers sont adossés à un programme « indigène friendly » auquel les luttes de l’immigration ont contribué, les autres à un programme islamophobe et impérialiste. Et d’autre part, savoir faire le distinguo entre les candidats indigènes FI (blancs ou non blancs) des « gratteurs » des quartiers qui sous couvert de « quartierisme » se soumettent au clientélisme et reproduisent les vieilles logiques d’une gauche (ou d’une droite) tokenisante, derniers avatars d’une autonomie façon Tom et Jerry, où l’indigène Jerry fait semblant de s’opposer à Tom le Maire qui lui-même fait semblant de croire qu’il a affaire à une opposition jusque’à ce que les deux parties s’entendent sur quelques subsides. Il faut que cette agitation cesse et avec elle la dispersion des forces. Nous avons besoin d’une boussole et d’une stratégie collective, d’abord à moyen terme, les élections municipales puis présidentielles où le mot d’ordre doit être l’unité derrière la FI, puis d’une stratégie à long terme qui rediscutera la nécessité et les conditions de l’autonomie.

 

De l’usage contre-révolutionnaire de la « révolution »

 

De ce point de vue, le cas Révolution Permanente, comme hier le NPA, est éclairant. Nous n’avons pas grand-chose à reprocher à sa ligne politique. Sa radicalité est réelle et salutaire : Ses positions sont plus justes que celles de la FI sur la Palestine, la défense de la collectivisation des moyens de production, l’internationalisme et notamment les DOM-TOM. Nous saluons sa position ferme en soutien à la FI depuis la tempête fascisante du week-end dernier, largement plus digne que celle des Communistes ou des Verts. Tout cela est vrai et important. Mais la radicalité aujourd’hui ne consiste pas à avoir les slogans les plus purs, elle consiste à faire les meilleurs choix stratégiques. Or, RP présente des listes aux municipales notamment à St Denis où Bally Bagayoko de la FI, malgré ses faiblesses induites par son alliance avec le PCF – mais qui sont aussi celles des Insoumis – a de vraies chances de ravir la mairie aux socialistes. Cela nous apparaît d’une grande irresponsabilité. En effet, au moment où l’ensemble du camp réactionnaire est vent debout contre la FI, où le premier flic de France classe le mouvement à l’extrême gauche, au moment où ce même camp n’espère que la division de la gauche ou sa défaite – alors que le bloc au pouvoir se réjouirait même des listes autonomes et des listes RP qui ne menacent aucunement l’ordre des choses, – présenter des listes en concurrence avec la FI n’a comme effet que le risque de perdre des mairies et donc de nuire à la construction de la digue antifasciste, vitale aujourd’hui. Présenter des listes de gauche – aujourd’hui dans ce contexte de bascule – concurrentes à la FI est une faute politique fatale. En cas de défaite à Saint Denis ou ailleurs, RP devra en assumer sa part de responsabilité.

Mais soyons clair une deuxième fois : cette digue ne tiendra pas sans un mouvement populaire fort. C’est là que RP, le NPA, les Gilets Jaunes, l’antiracisme, les quartiers, les syndicats étudiants, les syndicats ouvriers doivent jouer leur rôle. Celui du soutien, non pas à la FI mais à une hypothèse révolutionnaire ou du moins de résistance populaire. La chape de plomb qui s’abat sur nous exige, dans tous les cas, un mouvement social autonome, structuré et puissant. Celui-ci doit rester stratège. A l’intérieur de la temporalité électorale, que nous soyons de fervents citoyens démocrates ou d’affreux gauchistes anti-éléctoralistes, saisissons le moment électoral, instrumentalisons-le, faisons-de lui ce qu’il est : un moyen et pas une fin. Quant à la rue, elle est à nous, prenons-la !

 

QG Décolonial

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