Pour qui est branché sur la tragédie humaine, l’affaire Barbara Butch, du moins le souvenir qu’on en a car elle n’est déjà plus, est un non-événement. Pour qui a une âme, j’entends. Il suffit de penser à cet afflux désespéré de dizaines de milliers de Marocains, grands et petits, bravant la mer au péril de leur vie, pour s’en convaincre. Littéralement, dans le monde réel – celui d’un capitalisme mondial enragé et d’une violence étatique déchainée – des huées contre une artiste et des jets de bouteilles en plastique vides sur lesquelles enquête le vaillant journalisme de préfecture, ce n’est rien. Rien du tout. Mais ces évidences n’en sont plus lorsque les faiseurs d’opinion sont vent debout pour maintenir les émotions populaires fermement alignées sur l’intérêt particulier du bloc au pouvoir mobilisant ainsi toute leur énergie pour briser une dynamique de rupture. On l’aura compris, toutes les occasions sont bonnes pour faire rendre gorge à la FI. Soit.
Mais tout cela ne doit pas nous dispenser de nous interroger d’abord sur la nature de cette étrange coalition convertie à la lutte contre la…grossophobie, ensuite sur l’opportunité de cette mobilisation de boycott en contexte explosif de campagne présidentielle et enfin sur le « que faire ? »
Sur une coalition soudée par la crainte du délitement racial
Aucune insulte antisémite, grossophobe ou homophobe n’a été émise par les initiateurs de la mobilisation contre le concert de BB[1] parmi lesquels l’OST (Organisation Solidarité Trans) dont on a délibérément tu la participation. Dans leur tract, « BB censure les voix palestiniennes », ils justifient leur action par le fait que l’ « artiste s’est produite à Tel Aviv en plein génocide » et qu’elle « a signé la tribune en faveur de la loi Yadan qui vise à amalgamer les juifs-ves à la politique israélienne et à considérer comme antisémite les soutiens à la cause palestinienne ». Leur opposition à cette artiste qui participe à la normalisation d’un État colonial et génocidaire est limpidement politique.
La clarté et l’intention des auteurs n’ont cependant pas empêché Saint Plenel de tweeter : « Pour toutes les discriminations et tous les racismes, le juste critère c’est ce que ressentent les premiers concernés. Et ce que l’artiste a vécu, c’est bien de l’antisémitisme ». Mais je n’apprends à personne que Plenel n’est pas que l’ancien patron de Mediapart, il est aussi et surtout l’incarnation christique du « camp du bien ». Pour ceux qui en doutaient encore, on voit ici l’aboutissement réactionnaire du « wokisme », ou pour le dire avec nos mots, du progressisme libéral[2], dont Mediapart est l’expression la plus chimiquement pure. Cela consiste à faire passer pour respectable des positions politiques inavouables dont le soutien à Israël n’est qu’une dimension et pas forcément la plus déterminante. Plus justement, il s’agit de préserver un ordre libéral dont le pacte racial est le nœud gordien.
En effet, quel est le rapport entre l’extrême droite, BFM, le procureur de la république, la mairie de Grenoble, les frères Dardenne, Clémentine Autain, François Ruffin, les JJR, Mediapart et le PCF ? Si tout ce petit monde, que tout oppose, communie si spontanément dans la défense d’une artiste indéfendable et dont il faut maquiller l’engagement par la multiplication des outrages ad hominem dont elle serait victime : juive, femme, lesbienne et…grosse (le grand chelem intersectionnel !) c’est que l’affaire BB refait, le temps de la polémique, ce que la FI tente de défaire le reste du temps : le pacte racial. En effet, quand on y regarde de plus près, que voit-on précisément ? Une reconstitution éclair du champ politique blanc que la FI fissure par son engagement contre le consensus racial, policier et impérialiste, dont le suprémacisme blanc est la face hideuse et le progressisme libéral la face humaine. Bref, l’unité blanche ébranlée par la FI doit se régénérer fissa et si pour cela il faut alimenter l’homonationalisme et la confusion entre juifs et sionistes qu’à cela ne tienne. Nous savons depuis longtemps, que le « camp du bien » n’est rien d’autre que le liquidateur des traditions homosexuelles et juives révolutionnaires et qu’il a enterré depuis longtemps ces communistes juifs qui avaient pour slogan « les sionistes avant les patrons ! ». Le « camp du bien » est résolument l’ennemi des Juifs, des homosexuels, des femmes, des pauvres. Des Noirs et des Arabes, cela va sans dire. Mais aussi des grosses ! J’allais en effet oublier de saluer avec les honneurs qui lui sont dus, l’entrée en fanfare de la « grossophobie » dans la famille des stigmates bankables. Gageons que si ce drôle d’attelage à jugé pertinent d’ajouter cette « phobie » à la panoplie des oppressions en quête de reconnaissance, c’est indéniablement le signe de la démonétisation des autres qu’un excès de manipulations réactionnaires aura évidé de leur sens. En somme, le « camp du bien », aussi puissant soit-il, est aussi affaibli. C’est une bonne nouvelle. Je crains cependant que cette poussée grossophile ne change en rien la vie des « grosses » pas plus que le philosémitisme la vie des Juifs. Fondamentalement, ce qui fait ciment entre l’extrême droite et les socio-démocrates, entre Marine et Edwy, c’est la haine du communisme sous couvert d’anti-totalitarisme et in fine l’amour de l’Occident. Qu’on se le dise une fois pour toute, la frange progressiste de cette unité préférera toujours pleurer la victoire du fascisme que se réjouir de la ruine de la démocratie libérale, pourtant antichambre du premier. C’est là sa vérité ultime.
La leçon à retenir de cette séquence, c’est que le programme des chefferies médiatiques et politiques n’a plus aucun secret pour nous. Au fond, il n’est pas tant d’exclure la FI de l’arc républicain (synonyme de champ politique blanc) que la faire revenir au bercail. Pour cela, il faut la faire plier sur l’antiracisme et l’anti-impérialisme qui sont, il est vrai, ses talons d’Achille. Non pas que la FI, bien qu’insatisfaisante sur ces sujets, soit hypocrite. C’est plutôt que le plus vaste électorat à convaincre est celui des électeurs blancs indécis qui vont des abstentionnistes des campagnes aux progressistes moraux des villes dont l’anti-impérialisme et l’islamophobie ne sont pas la priorité voire plutôt un motif de suspicion…La leçon à retenir donc c’est que le journalisme de meute et sa puissance de feu, conscient de cette faiblesse, n’aura de cesse de provoquer des paniques identitaires/raciales en faisant passer la FI pour le « parti des Arabes » et pas de tous les Français.
C’est à cette stratégie qu’il faut opposer la nôtre.
Sur la dialectique de la victoire
Le Figaro himself le reconnait : « La France Insoumise a dû faire face ces derniers jours à plusieurs polémiques. Pour autant, aucune secousse ne semble perturber la dynamique du mouvement dans l’opinion[3] ». Quant au nouvel Obs, il rapporte que si l’on prend en considération les dynamiques électorales, la stagnation du RN et la progression de la FI, l’issue d’un second tour est plus qu’incertaine même si en cas de duel les sondages annoncent une victoire du RN sur la FI[4]. En d’autres termes, la victoire de la FI est possible au premier comme au second car la barre de qualification pour ce dernier a baissé. Mais cela ne doit pas nous faire oublier la puissante hostilité des forces du capital dont il faut craindre le pire, le jeu des acteurs politiques concurrents à la droite comme à la gauche de la FI ou encore le fort taux d’abstention qui sont autant d’obstacles à la qualification. Pour résumer, la victoire est possible à condition de réduire au maximum les facteurs de nuisance. Nous ne pouvons rien contre l’hostilité des médias, rien contre les concurrents de la FI. Il reste l’opinion générale et celles des abstentionnistes en particulier. Il faut croire le Figaro et le Nouvel Obs. La base acquise reste fidèle. Mais l’enjeu dans la campagne n’est pas tant de convaincre les convaincus que d’élargir. Question : quel est l’effet de ces polémiques à répétitions sur les indécis, qui seront qu’on se le dise, la clef de la victoire ou de la défaite ? Ma question est plus précise qu’il n’y parait : quel est l’effet des paniques morales à caractère racial sur les nombreux abstentionnistes blancs ?
Une stratégie « populaire » de victoire ne doit pas éluder cette question. A ce titre, la responsabilité du mouvement social est immense. Dans le camp du soutien critique à la FI, je pense en particulier à l’antiracisme politique et à l’extrême gauche écologique et antifasciste. Aussi, à la question : l’annulation d’un DJ set de Barbara Butch est-elle absolument indispensable dans un contexte de campagne chauffé à blanc ? Ma réponse est une question : que veut-on vraiment ? L’annulation d’un concert au prix d’une polémique qui ternit l’image de la FI et éloigne un électorat à convertir ou le basculement d’une France, au cœur du dispositif impérialiste européen, sur les positions de l’Espagne et de l’Irlande ? Si la question est posée dans ces termes, c’est qu’elle appelle au moins une réponse tactique.
Mais d’abord, faisons un détour. Prenons la pétition lancée récemment par l’UDMF, Union des Démocrates Musulmans de France, pour l’abrogation de la loi islamophobe de mars 2004[5]. L’intention est transparente : Soit la FI cède, soit elle refuse. Dans les urnes, elle sera récompensée ou punie en fonction de ce choix. Pourtant, si cette loi doit effectivement finir abrogée car raciste et au fondement de toute la législation islamophobe des deux dernières décennies, est-elle la priorité du court terme ?
Non, parce que nous, Musulmans, vivons sous le régime de cette loi depuis 20 ans. Nous avons le cuir épais. Une demande d’abrogation cette année ou l’année prochaine, ne changera pas fondamentalement notre quotidien.
Non, parce qu’elle n’est pas à l’ordre du jour de l’agenda des organisations musulmanes représentatives ou des mosquées dans leur ensemble. Rares sont celles qui la combattent frontalement. On peinerait à organiser aujourd’hui une manifestation de masse sur la question. La raison en est que la communauté musulmane est résignée et qu’elle s’est fait, à tort, une raison. C’est ainsi qu’elle contourne la loi soit en inscrivant ses enfants dans des écoles catholiques, soit en soutenant la création d’écoles musulmanes. Sinon, la plupart des jeunes filles se soumettent à la loi. Pour le dire autrement, le suffrage des Musulmans dans leur ensemble ne sera pas conditionné par la promesse de l’abrogation de la loi. Ils sont déjà heureux d’avoir une offre politique islam friendly.
Non, parce que la surenchère puriste accentuerait les divisions de la gauche. Que la FI prenne le chemin de l’antiracisme politique n’en fait pas une organisation non blanche. Son électorat blanc, composant de l’Etat racial intégral[6], est à la fois largement sécularisé, hostile à la religion et peu ou prou travaillé par des affects islamophobes. Quant aux abstentionnistes vers lesquels il faut élargir, on peinera à les convaincre si le programme de la FI, pourtant tourné vers leurs intérêts, est constamment couvert par des polémiques liées à l’immigration post-coloniale.
Non, parce que les ennemis de la FI s’en empareraient pour creuser encore plus la division et taper là où le bât blesse, c’est à dire le point le plus fragile mais le plus révolutionnaire du programme de la FI : la rupture du consensus raciste.
Première conclusion : pour sécuriser les avancées de l’antiracisme politique et de l’antisionisme jusqu’aux échéances présidentielles, il faut désapprendre à prioriser l’urgent sur l’important. Car sans vision et sans stratégie, la lutte ne produit que de l’activisme et de l’agitation. De ce point de vue, l’exemple des municipales est riche d’enseignements.
En effet, quelques mois avant les municipales, je défendais devant le public d’une association musulmane encore suspicieuse vis à vis de la FI que notre problème était moins de confier notre destin à la FI que de gagner des mairies dans lesquelles nous puissions reconquérir notre puissance d’agir. En d’autres termes, qu’il ne fallait pas viser la lune mais …la bourse du travail de Saint Denis. De fait, les conditions matérielles de la lutte ne sont plus réunies. Comment résister dans un contexte de répression tous azimuts ? Comment résister quand la moindre de nos colères est criminalisée ? C’est ainsi que la victoire de Bally Bagayoko nous est apparue pour ce qu’elle était : la reconquête d’un territoire politique perdu, nouvelle base de résistance à partir de laquelle la lutte redevenait possible. Cette victoire nous a permis de retrouver des moyens concrets de lutte. Depuis son accession au pouvoir municipal, nous avons effectivement récupéré la bourse du travail de Saint Denis dont la mairie PS nous avait privés durant tout son mandat. C’est ainsi que deux meetings, l’un antifasciste et l’autre anti-impérialiste, ont pu avoir lieu avec la bénédiction du maire.
Deuxième conclusion : Il faut donner tort à ce mot d’ordre de Mao « oser lutter, oser vaincre ». Cette citation célèbre, devenue slogan révolutionnaire en Mai 68, dit une chose simple et peu contestable : la lutte précède la victoire. En d’autres termes, c’est notre détermination à exiger l’abrogation de la loi de 2004 quel que soit le contexte qui mettra fin à l’islamophobie, c’est notre inflexibilité de tous les instants vis-à-vis de la normalisation avec Israël qui fera reculer le sionisme. La lutte précède la victoire donc. C’est incontestable en général. Mais à quelques mois des présidentielles dans un contexte d’accélération du fascisme, je le conteste.
Ici, « oser lutter, oser vaincre » c’est clairement mettre la charrue avant les bœufs. Pour pouvoir lutter, ce qu’un régime fasciste s’attèlera à empêcher une fois la prise du pouvoir, notre priorité doit être de reconstituer les conditions matérielles dont on a été dépossédés pour redonner une chance à la lutte. Croire en effet que l’intensification du danger croît les capacités de résistance populaire est une erreur doublée d’une naïveté. Au contraire, le durcissement étatique désorganise les conditions même de la résistance, la conscience collective et les solidarités. Par conséquent, s’il faut se battre c’est moins pour un objectif d’émancipation immédiat que pour protéger ou élargir les conditions matérielles de la lutte. Si nous comprenons qu’il n’est pas responsable de fragiliser les chances qu’a la FI d’accéder au pouvoir au nom d’intérêts supérieurs : le basculement dans un processus de désoccidentalisation, l’abrogation différée de la loi islamophobe de 2004, les coordonnées de la lutte s’en trouvent changées. Faut-il sécuriser une victoire potentielle et se donner les moyens de lutter après ou la mettre en danger au nom d’objectifs nobles mais à courte vue qui non seulement contribueraient à reconduire le pouvoir des pires islamophobes et des pires sionistes mais surtout leur donneraient accès à tous les leviers de l’Etat pour accentuer leur autoritarisme et par conséquent menaceraient notre puissance d’agir déjà dans un sale état. Bref, l’objectif d’étape – vaincre – précède l’objectif à moyen terme – la possibilité future de lutter.
Qu’on ne se méprenne pas. Le mot d’ordre de Mao garde toute sa force. La lutte précède nécessairement la victoire. C’est l’étape dans laquelle nous nous trouvons qui détermine sa pertinence ou au contraire son inopportunité. Celle-ci, depuis 2005, a été précédée de vingt ans de luttes sociales, syndicales, écologiques, féministes, antiracistes, anti-impérialistes dont la gauche s’est nourrie pour prospérer et dont le programme de la FI est la synthèse. Autrement dit, nous bénéficions aujourd’hui d’un capital en partie investi dans la FI et géré par elle. C’est ce qui en fait une direction politique (celle qui a tant manqué aux Gilets Jaunes, aux émeutes de 2005 ou, à l’échelle internationale, aux révolutions arabes, et que nous avons la chance d’avoir en France). Ainsi pour « oser » obtenir ce résultat, il a d’abord fallu « oser lutter ». Un point pour Mao. Mais ça, c’est déjà du passé. Nous sommes à l’étape d’après. Celle de prendre le pouvoir pour offrir un destin à nos résistances. Le temps du « oser vaincre pour oser lutter » a sonné.
Sur le sens du sacrifice
Suis-je en train de prôner la suspension de nos luttes pour ne pas gêner la FI ? Ce serait en effet contradictoire avec la ligne défendue par le collectif Faire Bloc, Faire Peuple et encore récemment par nos universités d’été[7]. Nous avons depuis trop longtemps expliqué que la FI ne suffirait pas à affronter le bloc au pouvoir et qu’il fallait la déborder. Mais cette position de principe n’épuise pas la question du comment si on comprend qu’il faut concilier l’impératif des luttes de terrain avec la nécessaire protection d’une gauche de rupture attaquée de toute part et qu’il faut pourtant hisser au pouvoir ? Comment s’y prend-on concrètement ? Comment la déborder sans l’acculer et l’affaiblir ?
Force est de constater que ces questions concernent d’abord et avant tous les « radicaux », à savoir les mouvances de l’antiracisme politique et les mouvances d’extrême gauche, les plus susceptibles d’embarrasser la FI. Les premières car « l’islamo-gauchisme » est facilement stigmatisable comme « anti-France », les secondes car facilement accusables de « violences » (on pense au Black Block, aux antifascistes, aux Soulèvements de la Terre…) ce qu’une gauche institutionnelle à ambition élyséenne ne peut assumer quand on sait à quel point le caractère « colérique », « brutal » de Mélenchon effraie les franges le plus molles de l’électorat. C’est à ces groupes à mon sens que s’impose un devoir de responsabilité supérieur. C’est parce que nous avons un dilemme à résoudre – ne pas suspendre nos luttes pour obliger la gauche de rupture à maintenir son cap tout en la protégeant de la fureur ennemie – qu’il faut redonner ses titres de noblesse à l’idée d’autonomie. J’entends le mot « autonomie » en son sens classique : autonomie vis à vis de la gauche institutionnelle et parlementaire. Si tel est le cas, la stratégie et le partage des tâches doivent se clarifier. Il me semble que le rôle de l’autonomie n’est pas tant d‘interpeller la FI et encore moins de la déborder pendant la campagne que de préparer l’après : le débordement en cas de victoire, la résistance en cas de défaite. Dès lors, la tâche de l’autonomie est de poursuivre la construction dès maintenant d’un mouvement pro-palestinien fort, d’un mouvement anti-répression fort, d’un mouvement antiraciste fort, d’un mouvement antifasciste fort, d’un mouvement écologique fort…Autant de forces qui nous seront utiles après, soit pour résister à un pouvoir fasciste, soit pour déborder un gouvernement FI.
En bref, les autonomes mènent leurs luttes sans impliquer la FI, la FI dirige sa stratégie indépendamment des regroupements autonomes, sans avoir à rendre de comptes sur les agissements des uns et des autres, assumant ce qui la renforce, mettant à distance ce qui nuit à l’élargissement. L’autonome doit en fin de compte pouvoir être à la hauteur de ses prétentions : rester un contre-pouvoir capable selon les contextes d’agir avec, contre et séparément de la gauche de rupture.
Ça c’est le premier point.
Le deuxième, c’est que ce sera aux indigènes de faire les plus gros efforts d’abnégation. C’est injuste mais c’est comme ça. « Nous ne sommes pas chez nous » diraient les anciens. Du moins tant que le consensus racial n’est pas rompu définitivement. Or, du programme de la FI, l’aspect le plus révolutionnaire et le plus explosif est précisément la rupture du pacte racial. C’est pourtant bien avec ce projet qu’il faut atteindre l’Elysée. C’est pourquoi c’est cet objectif qui doit déterminer si une mobilisation vaut la peine ou s’il faut la suspendre le temps qu’il faut pour garantir le franchissement de l’étape en cours. Car plus la FI sera identifiée comme « indigéniste », plus on fera oublier à l’opinion son programme d’éco-régions en faveur de la ruralité ou de l’état social indispensable pour l’ensemble des couches populaires. Plus on assénera que la FI est le parti des quartiers, plus les « petits blancs » s’éloigneront du projet de rupture.
Dès lors, s’il reste impératif de poursuivre nos luttes, il nous revient d’en maitriser les effets et le périmètre. Déjà, des rendez-vous sont annoncés. La Marche contre le permis de tuer du 19 septembre prochain[8] doit tous nous mobiliser à condition de l’élargir au mouvement social visé par ce type de lois et aux populations qui se sentent représentées par les Gilets Jaunes. Pour ce qui concerne la Palestine ou l’antisionisme, il faudra mesurer, savoir estimer au plus juste ce qui met en péril les équilibres précaires ou au contraire favorise l’élargissement. En revanche, il faut oublier pour l’instant l’abrogation de loi de 2004. Ça s’appelle reculer pour mieux sauter ou suspendre un principe pour un gain pragmatique. Mais quel gain ! L’enjeu d’une victoire historique au cœur de l’empire nous oblige. Le temps est à la broderie.
Houria Bouteldja
- https://www.arretsurimages.net/articles/concert-interrompu-de-barbara-butch-la-parole-aux-personnes-presentes-3-3 ↑
- https://www.youtube.com/watch?v=g06aUXYfQyMhttps://www.youtube.com/watch?v=IKptSo6Co6o ↑
- https://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/jean-luc-melenchon-la-radicalite-et-l-outrance-pour-seul-chemin-vers-2027-20260724 ↑
- https://www.nouvelobs.com/tribunes/20260728.OBS117023/melenchon-contre-le-pen-un-duel-loin-d-etre-gagne-d-avance-pour-l-extreme-droite.html ↑
- https://www.change.org/p/pour-l-abrogation-de-la-loi-du-15-mars-2004-sur-les-signes-religieux-%C3%A0-l-%C3%A9cole ↑
- https://lafabrique.fr/beaufs-et-barbares/ ↑
- https://www.youtube.com/watch?v=noP–BuV0RM (voir l’intervention de Stathis Kouvelakis) ↑
- https://lafranceinsoumise.fr/2026/07/22/permis-de-tuer-19-septembre/ ↑